En quelques jours, l’armée américaine a changé de partenaire dans la course à l’iIA militaire, sur fond de bras de fer éthique inédit. Derrière cette décision politique se joue un affrontement entre vision stratégique, principes démocratiques et contrôle des technologies capables d’influencer la conduite des guerres.
L’IA militaire américaine connaît un changement stratégique rapide et spectaculaire. Désormais, OpenAI devient le partenaire officiel du ministère de la Défense américain. Cette décision intervient après l’arrêt immédiat des collaborations avec Anthropic. Donald Trump a exigé cette rupture à la suite d’un différend éthique public.
Sam Altman a annoncé sur X la conclusion d’un accord important. « Afin de déployer leurs modèles dans leur réseau classifié », a-t-il précisé publiquement. Ainsi donc, OpenAI remplace Anthropic dans la course à l’IA militaire.
Un contrat de 200 millions de dollars remis en question
Pourtant, Anthropic collaborait déjà étroitement avec le gouvernement américain. En juin, un contrat de 200 millions de dollars encadrait cette coopération stratégique. Par ailleurs, ses modèles d’IA étaient largement utilisés par le Pentagone.
Cependant, la start-up californienne revendiquait une ligne éthique stricte. Elle refusait que ses systèmes servent à la surveillance de masse domestique. Elle rejetait également l’automatisation d’attaques mortelles sans supervision humaine.
Dario Amodei défendait publiquement cette position ferme et argumentée. « Utiliser ces systèmes à des fins de surveillance de masse domestique est incompatible avec les valeurs démocratiques », affirmait-il. Il ajoutait que certains usages pouvaient nuire aux valeurs démocratiques.
En outre, il estimait que les systèmes actuels restent insuffisamment fiables. Les armes entièrement autonomes, selon lui, nécessitent des garde-fous inexistants aujourd’hui. « Nous ne fournirons pas sciemment un produit qui met militaires et civils américains en danger », insistait-il.
Donald Trump tranche et bannit Anthropic
Face à ce refus, Donald Trump a réagi fermement vendredi. Il a ordonné de cesser immédiatement toute utilisation de l’IA d’Anthropic. Sur Truth Social, il a qualifié l’entreprise de « gauche radicale et woke ». Il l’a accusée de vouloir dicter à l’armée comment combattre.
Le président a annoncé une transition de six mois progressive. Pendant cette période, le ministère de la Défense abandonnera les outils d’Anthropic. De son côté, Pete Hegseth a dénoncé une « trahison » et des « caprices idéologiques ». Il a interdit toute collaboration directe ou indirecte avec l’entreprise.
OpenAI accepte des lignes rouges similaires
Un nouvel accord a alors été conclu avec OpenAI. Il inclut pourtant l’interdiction de la surveillance de masse nationale. Il prévoit aussi une responsabilité humaine dans l’usage de la force. Autrement dit, les lignes rouges ressemblent à celles défendues par Anthropic.
Sam Altman a confirmé l’existence de garanties techniques supplémentaires. « Nous mettrons également en place des garanties techniques pour nous assurer que nos modèles se comportent comme ils le devraient », a-t-il déclaré. Le ministère souhaitait précisément ces assurances opérationnelles.
Soutien interne et tensions persistantes
Anthropic considère cette éviction comme juridiquement infondée et prépare une action judiciaire. Par ailleurs, environ 400 employés de Google et OpenAI ont exprimé leur soutien. Dans une lettre ouverte, ils appellent à refuser certaines demandes gouvernementales.
« Le Pentagone négocie avec Google et OpenAI pour leur faire accepter ce qu’Anthropic a refusé », écrivent-ils. Malgré sa victoire contractuelle, Sam Altman souhaite un apaisement durable. Il a demandé au ministère d’appliquer ces conditions à toutes les entreprises d’IA. Ainsi, la bataille éthique autour de l’intelligence artificielle militaire reste ouverte.
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