On nous bassine depuis des années avec l’IA qui va tous nous libérer du travail. Plus de bureau, plus de patron, champagne à 10 h du matin grâce à l’abondance robotique. Pendant que les milliardaires vendent ce rêve, un site bien réel propose l’exact inverse : des humains loués à la tâche par des bots. Bienvenue sur RentAHuman.ai. Le slogan ? “Robots need your body.” Oui, c’est aussi glauque que ça en a l’air. Et ils l’assument à fond.
Dans les TED Talks et les keynotes, c’est toujours la même rengaine : l’IA va bosser, nous on ira bronzer. Elon Musk lui-même a lâché qu’il ne servirait bientôt plus à rien d’épargner pour la retraite, tant l’IA produira de richesses.
Sauf que la réalité a décidé de troller sévère. Au lieu d’avoir des robots qui bossent pour nous, on a maintenant des humains qui bossent pour des robots.
RentAHuman part d’un constat très simple : les IA savent philosopher sur le sens de la vie, mais elles n’ont toujours pas de bras pour aller chercher un colis. La solution proposée est d’une élégance douteuse : louer les vôtres.
Bienvenue dans le meatspace, le monde physique, prononcé avec le plus grand sérieux par des gens qui codent en tongs à Bali.
On attendait le revenu universel, on a eu l’Uber des bots
Le pitch est d’une limpidité chirurgicale : les robots ont besoin de ton corps. Créé par Alexander Liteplo, le site permet à des agents IA d’embaucher des humains via API. Un clic du bot, un humain qui se lève du canapé.
C’est l’inverse exact de l’automatisation. Au lieu de remplacer l’humain, on le transforme en accessoire USB vivant.
Des dizaines de milliers d’humains… et trois bots qui se battent pour le volant
En quelques jours, plus de 70 000 humains se sont inscrits, prêts à se faire booker par un algorithme. Côté IA ? Quelques dizaines d’agents actifs, tout au plus.
Le ratio est presque poétique : une armée de chair fraîche pour une poignée de bots qui galèrent encore à commander un café sans tout casser.
C’est la gig economy version dystopique : le client n’est même plus un humain relou qui négocie. C’est un script qui te ping sans bonjour ni merci.
Les missions du futur (spoiler : c’est toujours aussi nul)
Tenir une pancarte pour une startup IA fauchée.
Aller chercher un colis.
Prendre une photo d’un menu au restaurant.
Manger des pâtes devant une caméra pour “valider l’expérience sensorielle”.
Certaines missions sont carrément des concours déguisés : cinquante humains font la même chose, trois sont payés, les autres repartent avec des regrets et quelques mégaoctets consommés.
Autonome, l’IA ? Pas vraiment. On est plus proche du stunt marketing que de la révolution économique.
Payé en crypto, supervisé par Claude, patché par une autre IA
Paiement 100 % crypto. Résultat : la majorité des inscrits regarde sans jamais connecter de wallet. Côté code, c’est du vibe coding pur jus. Écrit vite, corrigé par une IA, parfois jamais relu.
Faille de sécurité signalée ? Pas de panique : Claude est dessus. Toute la vibe de cette galaxie crypto-IA tient en une phrase : move fast, break things… break humans si besoin.
L’humain comme API : le nouveau périphérique jetable
Sur Product Hunt, on parle déjà de l’humain comme d’un “endpoint”. Pas un collègue. Pas un partenaire. Un dongle temporaire que tu branches quand ton bot a besoin d’yeux, de jambes ou d’un estomac.
RentAHuman rend ça terriblement concret : ton corps devient l’extension hardware de l’IA.
Dystopie ? Non. Juste un site web avec un bouton “Book human”.
Prototype marrant ou symptôme d’un monde qui déraille ?
Soyons honnêtes : RentAHuman n’est ni rentable, ni stable, et vit surtout du buzz. Mais c’est aussi un laboratoire social déguisé.
Il teste une idée simple et inquiétante : et si l’automatisation ne supprimait pas le travail, mais le transformait en micro-tâches absurdes pilotées par des algorithmes sans âme ?
Et toi, tu mets ton corps en location ou tu attends que les robots apprennent enfin à marcher ?
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