Alors que les crimes ont déjà fait sa sinistre réputation, on vient de découvrir que Jeffrey Epstein nourrissait une autre obsession, plus discrète, sur l’ADN humain modifié pour créer des individus améliorés. Des courriels et documents récemment révélés montrent qu’il échangeait avec des scientifiques. Et il finançait des projets liés à la génétique, aux embryons et à la sélection de traits humains.
Au fil des révélations, un portrait plus complexe et de plus en plus inquiétant se dessine. Ainsi, Epstein ne s’intéressait pas seulement au pouvoir ou à l’influence. Il poursuivait une vision très personnelle de l’avenir de l’humanité. Ce qui mêle transhumanisme, sélection génétique et fantasmes de contrôle biologique. Cette fascination d’Epstein pour l’ADN modifié dévoile aujourd’hui les dérives possibles de la biotechnologie. Et aussi le rôle de l’argent privé dans la recherche et les limites éthiques d’une science capable, désormais, de défaire le vivant.
Epstein et le fantasme de l’ADN d’humain modifié
Les nouveaux documents rendus publics par le ministère de la Justice révèlent une facette moins connue du financier et pédocriminel américain. Au-delà des crimes, Epstein nourrissait une fascination profonde pour l’ADN modifié et l’idée d’améliorer l’espèce humaine. Pendant des années, il a échangé avec des scientifiques et financé des recherches. Il a tenté de promouvoir une vision radicale du futur, celle d’un humain optimisé par la technologie.
Cette obsession d’Epstein pour l’ADN modifié s’inscrit dans le courant du transhumanisme. Il s’agit d’un mouvement qui imagine l’augmentation des capacités humaines grâce à la science. Mais dans le cas de l’homme d’affaires, les idées flirtent ouvertement avec l’eugénisme. Notamment, d’identifier les bons traits, les reproduire, et corriger les autres. Personnellement, ce qui frappe ici, ce n’est pas seulement l’idéologie, mais les moyens mobilisés pour tenter de la concrétiser.
New DOJ records show Jeffrey Epstein pushed racist, eugenics‑driven fantasies about “improving” human DNA while emailing top scientists and offering funding, including discussions with Joscha Bach and Noam Chomsky. #Epstein #Genetics #Transhumanism pic.twitter.com/bMCOk6c9CE
— NextGen Signals (@nextgen_signals) February 8, 2026
Argent, influence et réseau scientifique d’Epstein
Alors, pour attirer des chercheurs de premier plan, Epstein utilisait le financement, une stratégie simple. Conférences privées, dons importants, événements luxueux… Il s’est construit un réseau d’intellectuels et de scientifiques avec lesquels il échangeait régulièrement. Parfois même après sa condamnation en 2008.
Par exemple, Epstein a fait un don de 30 millions de dollars à Harvard pour soutenir les travaux du biologiste et mathématicien Martin Nowak. D’autres chercheurs ont également bénéficié de financements. Certains ont même été approchés pour des projets liés à la génétique, à l’évolution ou au comportement humain.
L’influence passait aussi par des idées très concrètes. Epstein s’intéressait notamment à la modification génétique d’embryons afin de produire des enfants dotés de caractéristiques sélectionnées. Ce qu’il appelait, sans détour, des « bébés sur mesure ». Dans un échange de 2018 avec un entrepreneur, il affirmait être prêt à investir sans hésiter dans ce type de projet.
Selon plusieurs témoignages, l’ambition d’Epstein allait encore plus loin. Apparemment, il aurait envisagé de féconder simultanément plusieurs femmes dans son ranch au Nouveau-Mexique. Et cela dans le but de diffuser son propre patrimoine génétique à grande échelle. À mon avis, cette idée résume parfaitement le mélange de fantasme de contrôle et de vision pseudo-scientifique qui traversait ses projets.
It turned out that Epstein planned to reproduce the human race with his own DNA.
— 1880 News (@1880News) February 10, 2026
It was learned that he planned to have many children by impregnating women on his farm in New Mexico and thus spread his genetic heritage.
He runs his farm with women getting pregnant with their… pic.twitter.com/KNX7SO6uc4
La science rencontre l’idéologie
Les courriels récemment publiés montrent aussi des positions profondément problématiques. Dans celui qui date de 2016, Epstein évoquait des théories racistes sur l’intelligence. Il affirmait qu’il serait possible d’identifier puis de modifier les gènes responsables des performances cognitives. Il discutait même de la modification génétique de certaines populations pour les rendre « plus intelligentes ».
Or, la science actuelle est très loin de ces simplifications. L’intelligence, la mémoire ou le comportement sont des traits complexes, influencés par des centaines (voire des milliers) de facteurs génétiques et environnementaux. Imaginer une amélioration ciblée c’est davantage de la spéculation que de la réalité scientifique. Je pense que ce décalage entre la complexité du vivant et la vision programmable de l’humain est l’un des points importants de cette affaire.
Une autre exemple, comme l’a révélé Stanford daily, parle des échanges avec un biologiste autour d’un projet qui influencera la libido féminine, voire à développer un équivalent d’un « viagra féminin » basé sur des mécanismes biologiques ou microbiens.
La génétique privée, un pouvoir sensible
Que se passe-t-il lorsque des fortunes privées comme Epstein tentent d’orienter la recherche vers des objectifs idéologiques ou personnels ?
L’histoire récente montre que la modification génétique humaine n’est plus un sujet vague. L’outil CRISPR permet déjà d’éditer l’ADN, et l’annonce de bébés génétiquement modifiés en Chine en 2018 a déclenché un choc mondial. Les capacités techniques progressent vite, mais les cadres éthiques, eux, restent fragiles et inégaux selon les pays.
Le cas Epstein illustre aussi le risque de la légitimation par proximité. Lorsque des chercheurs ou des institutions acceptent des financements, même pour des travaux sérieux, ils peuvent involontairement contribuer à crédibiliser des visions contestables ou dangereuses.
According to documents and witness testimonies leaked to the US press, Jeffrey Epstein aimed to create a "superior human race" using his own DNA.
— The Daily News (@DailyNewsJustIn) February 10, 2026
• It was stated that Epstein planned to multiply his genetic legacy by impregnating 20 women simultaneously.
• Records indicate… pic.twitter.com/yhoUlyFx7C
Au fond, cette affaire montre à quel point les technologies liées au vivant attirent les fantasmes de contrôle, de sélection et d’optimisation. Selon moi, les prochaines années seront décisives. Avec l’édition génétique par ci, médecine personnalisée et reproduction assistée avancée par là, la tentation d’aller vers l’amélioration humaine va grandir.
Les institutions scientifiques devront donc renforcer leurs règles de transparence sur les financements. Les États, eux, devront clarifier ce qui est autorisé ou non en matière de modification du génome.
- Partager l'article :
