Vous souvenez-vous de Trevor Milton ? Non ? Alors permettez-moi de vous rafraîchir la mémoire. Il s’agit du fondateur de Nikola, la startup de camions électriques aujourd’hui en faillite.
Il a été gracié par le président Trump en février 2023, quelques semaines avant la fin de son mandat. Pourquoi ? Pour avoir trompé des investisseurs sur les performances de Nikola.
Ce même Trevor Milton cherche désormais à lever jusqu’à 1 milliard de dollars pour développer des avions intégrant de l’intelligence artificielle.
Que prévoit Trevor Milton avec cette levée exactement ?
D’après une enquête du Wall Street Journal, il s’agit de l’un des premiers aperçus détaillés de cette nouvelle aventure. L’ancien patron de la start-up de camions électriques s’attaque cette fois au secteur aérien.
Il prévoit de développer un système avionique entièrement repensé, conçu dès le départ pour intégrer l’intelligence artificielle. L’ambition affichée est de créer ce qu’il présente comme le premier avion léger pensé pour un pilotage assisté, voire assuré, par l’IA.
Une telle innovation pourrait, selon lui, intéresser le secteur de la défense. Pour y parvenir, Milton et un groupe d’investisseurs ont racheté, fin d’année dernière, SyberJet Aircraft, une entreprise en difficulté.
Depuis, il tente de relancer ses activités en s’appuyant notamment sur d’anciens employés de Nikola. En parallèle, il multiplie les démarches pour attirer des financements, notamment en Arabie saoudite.
Dans le même temps, il continue aussi d’investir ,des sommes importantes dans des actions de lobbying.
Les potentiels obstacles
Ce nouveau projet de Trevor Milton s’annonce semé d’embûches. Tout d’abord, développer un tel système avionique ne sera pas une mince affaire.
Et pourtant, ce n’est que la face visible de l’iceberg, comme on le dit. Car ce projet nécessite une expertise pointue en aéronautique et en IA embarquée. Or, recruter des ingénieurs de ce type n’est pas non plus facile.
Ce, tout simplement, parce qu’il y a trop peu de candidats qualifiés disponibles. Une étude sur le secteur aérospatial en France révèle par exemple que ces postes restent ouverts beaucoup plus longtemps que la moyenne.
Concrètement, il manquerait entre 2 800 et 3 400 techniciens et ingénieurs spécialisés dans la technologie aéronautique et de défense.
Et pour ne rien arranger, les durées de recrutement sont beaucoup plus longues pour ces profils que pour les autres métiers tech. Entre 4,2 et 5,8 mois en moyenne contre 2,1 mois pour les postes tech classiques.
Or, rien ne garantit que l’entreprise de Trevor Milton parvienne à les retenir à long terme une fois en poste.
Mais ce n’est pas encore tout
Le cadre réglementaire représente aussi un obstacle de taille. L’aviation civile et militaire est strictement contrôlée. Et obtenir les certifications nécessaires pour un avion autonome pourrait prendre des années, surtout aux États-Unis et en Europe.
Les agences comme la FAA imposent déjà des standards extrêmement élevés pour la sécurité. Alors, avec l’intégration de l’IA, le niveau de complexité est plus que haut.
Le financement constitue également un défi. Lever un milliard de dollars demande de convaincre des investisseurs sur un marché encore très risqué. D’autant que Milton traîne derrière lui la réputation entachée de Nikola et sa condamnation pour fraude.
D’ailleurs, pour tout vous dire, Trevor Milton lui-même reconnaît que ce projet est bien plus complexe que ses précédentes ambitions. Il estime même que concevoir ces avions serait « dix fois plus difficile » que le développement des technologies de Nikola.
Si Trevor Milton réussit, quels impacts pour la défense ou l’aviation commerciale ?
Si Trevor Milton parvient à concrétiser ce projet, les répercussions pourraient être considérables, tant pour le secteur de la défense que pour l’aviation commerciale. Du côté militaire, par exemple, un avion autonome performant représenterait un atout majeur.
Il pourrait réduire les risques humains lors de missions dangereuses, améliorer la précision des opérations et offrir une flexibilité logistique sans précédent. Les forces armées pourraient ainsi envisager des flottes mixtes combinant avions pilotés et IA, optimisant coûts et efficacité.
Dans l’aviation commerciale, la réussite de Milton bouleverserait les standards actuels. Un avion léger semi-autonome pourrait peut-être ouvrir la voie à des services de transport plus accessibles, à des vols régionaux moins coûteux et à une gestion plus fluide du trafic aérien. Qui sait ?
Cela impliquerait également une transformation des formations des pilotes, désormais orientées vers la supervision de systèmes intelligents plutôt que le pilotage manuel classique.
Cependant, ces avancées soulèveraient des questions réglementaires et éthiques. Notamment, la responsabilité en cas d’accident, la sécurité des systèmes contre le piratage, et l’acceptation du public.
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