Depuis des années, les mastodontes du numérique rêvent de donner aux gens le contrôle de leurs données de santé. Google, Amazon ou Microsoft ont tous essayé, avec des fortunes diverses. Cependant, c’était en partie raté.
Leurs promesses de transparence et d’autonomie se sont souvent heurtées à la réalité. Car voyez-vous très cher lecteur, le système médical et les contraintes liées à la confidentialité sont complexes.
Pour autant, OpenAI pense pouvoir changer la donne. Selon des sources proches de l’entreprise, elle envisage de créer un assistant de santé personnel ou un agrégateur de données médicales.
Pourquoi OpenAI pourrait réussir là où d’autres ont échoué ?
Si les ambitions d’OpenAI attirent autant l’attention, c’est parce que ses moyens sont à la hauteur du défi. Ses récentes embauches parlent d’elles-mêmes. En juin, Nate Gross, cofondateur de Doximity, a rejoint la société pour piloter la stratégie santé. Deux mois plus tard, Ashley Alexander, passée par Instagram, est devenue vice-présidente des produits santé.
Lors de la conférence HLTH en octobre, Gross a rappelé l’ampleur de l’écosystème OpenAI. Près de 800 millions d’utilisateurs actifs chaque semaine, dont une grande partie pose déjà des questions médicales à ChatGPT. Autant dire que la firme dispose déjà d’un public immense, curieux et prêt à s’intéresser à la santé numérique.
Ce potentiel impressionne les investisseurs. Certains estiment qu’OpenAI pourrait enfin réussir à créer le fameux « dossier médical personnel » que tant d’entreprises ont tenté de mettre en place sans succès. Ce dossier unique permettrait à chaque patient de centraliser ses données médicales en un seul endroit, sous son contrôle.
Evidemment, les obstacles sont nombreux. Entre les règles de confidentialité et le cloisonnement des données, l’accès aux informations médicales reste complexe. Cela dit, une récente interdiction du blocage de l’information empêche désormais les hôpitaux de restreindre l’accès des patients à leurs dossiers. Cela ouvre donc la voie à des initiatives plus transparentes.
Une approche prudente
Pour l’instant, OpenAI avance prudemment. L’entreprise ne pousse pas les utilisateurs à télécharger leurs données médicales. Et ses règles d’utilisation rappellent clairement qu’elle ne remplace pas un médecin.
Les utilisateurs peuvent obtenir des informations générales, mais pas de diagnostic ni de traitement. Ce qui est bien fait car les erreurs en matière de santé ne pardonnent pas.
OpenAI privilégie donc une approche inspirée du modèle d’Apple avec HealthKit. Celle de collecter des données provenant de partenaires de confiance plutôt que de tout gérer en interne. L’idée serait de bâtir un écosystème de santé numérique autour de ChatGPT, sans en faire une base médicale brute.
Nate Gross a d’ailleurs insisté sur la valeur des partenariats. Pour lui, les meilleurs résultats viendront d’une collaboration entre OpenAI et des entreprises de santé déjà établies. Des acteurs comme Superpower ou Function Health pourraient devenir des partenaires clés, capables de fournir des données fiables et structurées.
En parallèle, OpenAI travaille déjà avec des géants pharmaceutiques tels qu’Eli Lilly ou Sanofi sur la découverte de médicaments. La firme collabore aussi avec Penda Health pour développer des outils d’aide à la décision clinique basés sur l’IA. La boîte explore donc la santé sous plusieurs angles.
Une révolution ou un énième mirage ?
Les experts restent prudents. Beaucoup rappellent que Microsoft, Google et Apple ont déjà tenté de créer des outils de gestion de dossiers médicaux personnels, avec des résultats mitigés. HealthVault de Microsoft a fermé faute d’utilisateurs. Google Health a disparu après des critiques sur la gestion des données. Et le service de santé d’Apple reste limité aux hôpitaux partenaires.
OpenAI, elle, semble avoir un atout que les autres n’avaient pas : la conversation. Son IA permet un dialogue naturel et personnalisé avec l’utilisateur. Ce qui change la façon d’aborder la santé numérique. Et Sam Altman en est convaincu. Lors du lancement de GPT-5, il a affirmé que la santé figurait parmi les usages les plus prometteurs de ChatGPT.
Les utilisateurs, de leur côté, sont de plus en plus ouverts à l’idée d’utiliser l’IA pour mieux comprendre leur santé. Beaucoup s’imaginent déjà poser leurs questions à un assistant médical virtuel capable d’analyser leurs dossiers, d’expliquer un résultat ou de rappeler un traitement.
Reste à savoir si OpenAI réussira à transformer cette vision en réalité sans tomber dans les pièges qui ont fait trébucher les autres géants.
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