Près de Dublin, le premier campus hyperscale d’AiOnX est déjà intégralement loué avant livraison. Si SWI Group ne nomme pas officiellement son client, plusieurs éléments documentaires pointent vers Amazon. Un signal fort pour un pari engagé dès 2019 sur l’infrastructure numérique européenne.
Un campus entièrement loué avant livraison
Il y a des signaux qui comptent plus qu’une longue démonstration. Lorsqu’un hyperscaler américain s’engage sur la totalité d’un campus européen encore en cours de développement, l’opération dépasse le simple cadre immobilier. Elle valide un emplacement, une capacité électrique et une exécution industrielle devenues rares sur le marché européen des data centers.
C’est ce qui se joue aujourd’hui à Leixlip, près de Dublin, sur le Kildare Innovation Campus, d’après le magazine Entrepreneur. AiOnX, la plateforme data centers de SWI Group, y développe son premier campus hyperscale opérationnel. Selon les informations publiées par DataCenterDynamics, l’intégralité des 179 MW du site a été louée à un grand hyperscaler américain, avec une première phase de 16 MW dont les loyers doivent démarrer fin 2026.
SWI Group n’a pas officiellement nommé le locataire. Mais les documents déposés auprès de l’Environmental Protection Agency irlandaise mentionnent Amazon Data Centres Ireland Limited et Amazon Data Services Limited dans le cadre du site DUB159, au sein du Kildare Innovation Campus. Ces documents font état d’un bail initial de vingt ans, d’un démarrage de loyer projeté au 8 août 2026 et de deux options de prolongation de cinq ans.
Amazon en filigrane, SWI Group en première ligne
Interrogé sur le sujet, SWI Group n’a pas souhaité commenter l’information. Pourtant, pour le groupe, l’enjeu est clair. La société cotée à Amsterdam, née en 2025 du rapprochement entre Stoneweg et Icona Capital, cherche à imposer AiOnX comme une plateforme européenne de référence dans l’infrastructure numérique. Attirer un locataire de rang mondial dès le premier campus irlandais change la perception du projet : AiOnX n’est plus seulement une promesse de capacité future, mais un actif commercialisé avant même sa livraison complète.
Cette montée en puissance s’inscrit aussi dans une stratégie portée par Max-Hervé George, cofondateur et CEO de SWI Group, qui défend depuis plusieurs années l’idée d’un ancrage européen plus fort dans les infrastructures critiques liées au cloud et à l’intelligence artificielle.
De l’ancienne usine HP au nœud de calcul
Le lieu raconte à lui seul une partie de l’histoire. Le site de Leixlip a longtemps été associé à HP, qui y produisait notamment des cartouches d’encre avant d’annoncer la fermeture de l’usine en 2017. Racheté ensuite puis repris par Stoneweg en 2021, le campus a progressivement été repositionné vers l’infrastructure technologique.
La transformation n’était pas évidente. Convertir un ancien site industriel en campus de calcul hyperscale suppose de réunir trois conditions rarement disponibles au même endroit : du foncier, une capacité énergétique sécurisée et un calendrier d’autorisations compatible avec les besoins des grands clients cloud. Dans le contexte irlandais, où la contrainte réseau est devenue centrale dans l’expansion des data centers, cette combinaison donne au site une valeur stratégique très supérieure à celle d’un simple terrain de reconversion.
Le pari de 2019
Derrière cette opération, il y a aussi une lecture de cycle. Max-Hervé George explique depuis plusieurs années avoir pris position sur les data centers avant que l’intelligence artificielle ne devienne le moteur dominant de la demande. En 2019, la vague de l’IA générative n’était pas encore visible du grand public. Le cloud, lui, laissait déjà deviner une augmentation structurelle des besoins en capacité de calcul.
Six ans plus tard, le marché a basculé. Les hyperscalers cherchent des sites capables d’absorber des charges massives, rapidement raccordables et situés dans les grands corridors numériques européens. Ceux qui ont sécurisé le foncier et l’énergie avant la tension actuelle disposent d’un avantage considérable. Le dossier Kildare illustre précisément cette avance.
Kildare n’est toutefois pas un projet autonome. AiOnX présente un portefeuille européen de campus hyperscale incluant l’Irlande, l’Espagne, l’Italie, le Danemark et le Royaume-Uni. Les chiffres publiés autour de la plateforme varient selon les périmètres et les sources, mais ils dessinent tous le même ordre de grandeur : une capacité d’environ 2 GW, avec un programme d’investissement annoncé à plus de 20 milliards d’euros.
Cette échelle change la nature du sujet. AiOnX ne cherche pas seulement à développer un campus irlandais opportuniste ; la plateforme vise à capter une partie de la demande européenne en cloud, intelligence artificielle et calcul haute performance. Dans ce contexte, l’arrivée probable d’Amazon à Kildare joue le rôle de première validation commerciale majeure.
Une première preuve de force
Le prochain enjeu sera l’exécution : livrer la première phase, tenir les calendriers de raccordement, puis convertir les autres campus en actifs signés et opérationnels. Mais la première étape est franchie. En louant la totalité de son campus irlandais avant livraison à un hyperscaler américain de premier plan, SWI Group envoie au marché un message simple : sa plateforme data centers n’est plus seulement une thèse d’investissement, elle commence à produire des preuves.
Dans un secteur européen longtemps dominé par les grands opérateurs américains, cette distinction compte. Le Kildare Innovation Campus ne fait pas encore de SWI Group un leader établi de l’hyperscale. Mais il place le groupe dans la conversation des acteurs capables de réunir les actifs que les hyperscalers recherchent le plus. Pour Max-Hervé George, c’est aussi une première validation visible d’une stratégie engagée bien avant l’explosion actuelle de la demande.
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