La mémoire n’a jamais été aussi stratégique ni aussi rentable. Portée par la frénésie autour de l’IA, la DRAM de Samsung atteint des niveaux de profit qui dépassent ceux des géants du cloud. La chaîne de valeur technologique est-elle en train de basculer ?
57 200 milliards de wons de bénéfice opérationnel en un trimestre, dont la majorité tirée des semi-conducteurs. La seule activité DRAM de Samsung génère désormais plus de revenus que les profits trimestriels d’Amazon ou de Meta. Cette performance exceptionnelle s’appuie sur une combinaison de demandes IA, de pénurie organisée et de discipline industrielle.
Samsung et son trimestre hors norme tiré par le DRAM
57 200 milliards de wons c’est soit près de 37,9 milliards de dollars de bénéfice opérationnel en un seul trimestre. Samsung Electronics démarre 2026 sur un niveau inédit, avec une croissance annuelle de 755 %. Ce chiffre dépasse déjà son bénéfice total sur l’ensemble de 2025.
Le moteur unique derrière cette performance spectaculaire est la division Device Solutions. Dédiée aux semi-conducteurs, elle concentre à elle seule près de 95 % des profits. Ce que je trouve le plus impressionnant, c’est que la seule activité DRAM génère 37 milliards de dollars de revenus. En ajoutant les 13,4 milliards issus de la NAND, la mémoire totalise 50,4 milliards de dollars sur le trimestre.
Samsung announces record breaking Q1 2026 guidance
— Anthony (@TheGalox_) April 7, 2026
• 133 trillion won ($88.27 Billion) in sales
• 57.2 trillion won ($37.96 Billion) in Operating Profit
Sales almost doubled from Q1 2025
Operating profit is over 8 times higher than in Q1 2025, and over double Q4 2025. pic.twitter.com/W6JgyEavHK
À titre de comparaison, Amazon affichait environ 25 milliards de dollars de bénéfice opérationnel au quatrième trimestre 2025, contre 24,7 milliards pour Meta. Ainsi, la mémoire de Samsung, à elle seule, rivalise avec les géants numériques. Et cette anomalie apparente s’explique pourtant par une mécanique industrielle efficace.
L’IA, détonateur d’un supercycle très rentable
Le décollage de la DRAM chez Samsung s’inscrit dans un supercycle alimenté par l’explosion des investissements en IA. Alphabet, Amazon, Meta et Microsoft ont engagé à eux seuls 665 milliards de dollars dans leurs infrastructures IA en 2026, soit une hausse de 75 % en un an.
Cette ruée vers les datacenters a une conséquence directe. Notamment une énorme demande pour la mémoire HBM (High Bandwidth Memory), indispensable aux GPU de NVIDIA et AMD. Or, ces puces reposent sur des lignes de production spécifiques qui mobilisent des capacités au détriment de la DRAM classique.
Ainsi, la DDR5 destinée aux PC devient un produit rare. Samsung l’assumait déjà fin 2025. Le groupe coréen a affirmé privilégier la rentabilité à l’augmentation des volumes. SK Hynix adopte la même stratégie. Micron,lui, se retire petit à petit du marché grand public et veut se recentrer sur les clients professionnels. Ce trio contrôle environ 95 % du marché mondial de la DRAM. Cette concentration leur permet donc d’imposer leur tempo et leurs prix.
Par ailleurs, Samsung a appliqué une augmentation de 100 % dès le premier trimestre 2026. Cela s’est suivi de 30 % supplémentaires au trimestre suivant. Selon les prévisions de TrendForce, les prix pourraient encore grimper de 58 à 63 % dans les mois à venir.
Une puce DRAM passée de 10 000 wons début 2025 s’échange maintenant autour de 26 000 wons. Sur le marché européen, les effets sont déjà visibles. Les kits DDR5 de 32 Go dépassent les 200 euros, alors que les configurations 64 Go approchent les 1 000 euros.
Pour les industriels, cette inflation est une opportunité. Pour les intégrateurs et les consommateurs, elle devient un frein. Certains acteurs vont jusqu’à commercialiser des machines sans mémoire vive. Ils laissent aux clients le soin d’absorber eux-mêmes le surcoût.
Les records de Samsung cachent une dépendance critique
Cette rentabilité exceptionnelle repose toutefois sur un équilibre fragile. Sur le segment stratégique de la HBM, Samsung n’est plus leader. SK Hynix contrôle environ 70 % du marché. Il a même repris la première place mondiale de la DRAM après plus de trois décennies de domination du groupe coréen.
SK HYNIX OVERTAKES SAMSUNG IN DRAM FOR FIRST TIME:
— Wall St Engine (@wallstengine) April 23, 2025
Hynix likely grabbed 36% of the DRAM market in Q1 vs Samsung’s 34%, per Counterpoint. It's the first time Samsung has lost the top spot in 30+ years. AI-driven demand for HBM chips, especially from Nvidia, helped power SK…
Pour compenser, Samsung s’appuie sur les volumes de DRAM conventionnelle et sur une politique tarifaire agressive. Mais ce modèle dépend fortement de la continuité des investissements dans l’IA. Si les hyperscalers ralentissent leurs dépenses, la demande pourrait vite se contracter.
Les données publiées par Counterpoint Research confirment d’ailleurs cette dépendance structurelle. La croissance actuelle est directement corrélée aux cycles d’investissement des géants du cloud. C’est ce qui expose Samsung à un retournement rapide du marché en cas de repli.
A court terme, aucune détente n’est attendue. Les analystes s’accordent sur une stabilisation, au mieux, à l’horizon fin 2027. D’ici là, la stratégie des fabricants restera orientée vers la maximisation des marges, au détriment de l’équilibre offre-demande.
Pour les entreprises, cela implique de repenser les arbitrages budgétaires autour de l’infrastructure et des postes de travail. Pour les particuliers, la réalité est plus simple. Mettre à niveau son PC en 2026 revient à financer, indirectement, le boom de l’intelligence artificielle.
Samsung, de son côté, capitalise sur un marché sous tension, une demande captive et une discipline industrielle parfaite. Cet alignement rare transforme une activité qui a longtemps été cyclique en machine à cash. Au moins pour quelques trimestres encore.
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