Plus d’un Français sur deux utilise désormais des outils d’intelligence artificielle dans ses usages numériques. À mesure que ces interfaces deviennent un point d’entrée vers l’information, les utilisateurs ne naviguent plus entre des liens mais attendent une réponse directement formulée.
Tristan de La Chevasnerie, fondateur de l’Agence Pierrot, analyse cette transition du SEO traditionnel vers le GEO (Generative Engine Optimization). Spécialiste de la visibilité web, il accompagne les entreprises dans la structuration de leur présence au sein de ces nouveaux environnements informationnels.
Le passage du SEO au GEO redéfinit la présence numérique des marques
Selon lui, cette évolution bouleverse la manière de s’informer. L’acte d’achat ne repose plus sur la comparaison manuelle de sites par l’internaute, mais sur la sélection opérée en amont par l’algorithme.
Le Generative Engine Optimization fait référence à la visibilité sur les intelligences artificielles. C’est un enjeu devenu crucial alors que 25 % de la population mondiale utilise régulièrement ChatGPT en 2025.
Tristan de La Chevasnerie précise que le GEO utilise les mêmes bases que le SEO. Ce qui signifie que si une entreprise est bien positionnée sur Google, elle a de fortes chances d’être visible sur les IA. Travailler son référencement classique revient donc à poser les fondations de sa visibilité sur les nouveaux moteurs génératifs.
“Et concrètement le GEO, ça fonctionne, c’est les mêmes bases que le SEO. Donc ça, il faut vraiment l’avoir en tête. C’est-à-dire si vous êtes bien positionné sur Google, il y a de grandes chances que vous soyez visible sur les IA.“
La stratégie de visibilité repose sur deux piliers principaux : les critères onsite et offsite. Sur le site web, il est désormais nécessaire de proposer une information structurée, fiable et sourcée. L’expert recommande notamment d’inclure des encarts résumant le contenu en début de page.
Les IA consultent ces éléments en priorité pour saisir l’essence d’un texte. En dehors du site, la multiplication des citations par des médias tiers devient essentielle. Pour cause : l’IA interroge de nombreux canaux pour valider la légitimité d’une information.
L’erreur fatale du contenu intégralement généré par l’intelligence artificielle
Dans une stratégie de contenu, l’erreur de base consiste à publier des textes produits à 100 % par une intelligence artificielle. En effet, Tristan de La Chevasnerie souligne qu’une IA ne fera alors qu’une synthèse des contenus déjà présents sur le web.
Le nouvel article sera par conséquent redondant et potentiellement invisible pour les algorithmes de citation. Pour être cité, un contenu doit se distinguer en apportant une valeur ajoutée absente des autres sources
C’est ce que les experts appellent le content gap. “Le contenu qui à l’inverse se distingue, c’est le contenu qui dit des choses en plus que ce qu’on trouve sur d’autres contenus.“
Un bon contenu en 2026 doit être hybride. Il utilise l’IA pour assurer l’exhaustivité du sujet, par exemple pour établir un plan. Mais l’IA repose sur l’intervention humaine pour ajouter de la pertinence, des sources chiffrées et des paroles d’experts.
La rédaction doit privilégier des paragraphes courts et des sous-titres sous forme de questions directes. Ils facilitent l’interprétation par les machines. L’objectif est de mêler un socle de connaissances communes à des informations nouvelles ou spécifiques que l’IA n’a pas trouvées ailleurs.
Wikipédia et la presse indépendante, quelle place dans ce nouvel ordre ?
L’arrivée prochaine de fonctionnalités comme AI Overview sur Google va modifier profondément les usages. Cette dernière affiche d’abord une réponse générée par l’IA avant les résultats de recherche classiques.
Dans ce nouveau paradigme, le clic vers le site devient secondaire par rapport au fait d’être cité directement dans la réponse du moteur. Cette tendance devrait engendrer une explosion des requêtes directes sur les noms de marque au détriment des recherches informationnelles traditionnelles.
Un “dinosaure” de l’information regagne en importance dans ce contexte : “Les citations qui vraiment vont faire autorité. Celles qui seront les plus importantes, c’est Wikipédia. Si vous avez une page Wikipédia et vos concurrents n’ont pas de page Wikipédia, bah ça vous êtes sûr que vous apparaîtrez devant.”
Ce changement de modèle ne remet d’ailleurs pas seulement Wikipédia, mais aussi la presse indépendante au centre du jeu informationnel. Wikipédia redevient une source primordiale que les IA citent quasi systématiquement. Ce qui en fait un enjeu de notoriété majeur pour les entreprises.
Tristan de La Chevasnerie note avec satisfaction que ces nouveaux usages valorisent les contenus rédigés par des journalistes et des experts. Ceci offre une nouvelle légitimité aux médias indépendants face à la masse de contenus indifférenciés publiés sur le web.
Cette mutation vers le GEO pose toutefois une question fondamentale sur le modèle économique des créateurs de contenu. Si l’IA restitue l’information sans générer de trafic vers le site source, l’intérêt de publier gratuitement sur le web pourrait être remis en cause à long terme.
Google tente maintenant de remettre les sources en avant : “Aujourd’hui Google met de plus en plus en avant des liens vers des sites web et cetera et je pense qu’il y a une vraie question philosophique à se poser sur ces choses.”
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