À San Francisco, un taxi autonome Waymo a percuté un chat adoré nommé KitKat dans le quartier Mission, provoquant un deuil collectif.
Le 27 octobre, vers minuit, un véhicule Waymo quittant le Roxie Theater percute KitKat, un chat tigré de neuf ans. Le félin est la mascotte du Randa’s Market, une épicerie populaire du quartier. Selon plusieurs témoins, la voiture n’aurait pas tenté de freiner et aurait continué sa route après le choc. Le chat, grièvement blessé, a agonisé quelques mètres plus loin sous les yeux des passants. L’un d’eux a immédiatement déposé une plainte auprès du service municipal 311, accusant la voiture autonome de ne pas avoir réagi.
L’émotion populaire s’est transformée en révolte.
L’animal, surnommé le maire de la 16ᵉ Rue, incarnait l’âme du quartier. Depuis sa mort, des habitants ont installé un autel improvisé à l’endroit du drame, recouvert de bougies, de fleurs et de lettres.
Jackie Fielder, membre du Conseil municipal, a saisi l’occasion pour relancer un combat politique contre la prolifération des véhicules autonomes. Dans une vidéo publiée sur Instagram, elle accuse Waymo de mépriser les habitants :
« Ici, à Mission, nous n’oublierons jamais notre douce KitKat. Nous placerons toujours la communauté avant les oligarques de la tech. »
Fielder dénonce une technologie « imposée » aux citoyens, accusée de provoquer des embouteillages, de collecter des données personnelles et d’affaiblir les transports publics.
S’inspirant d’un projet de loi rejeté au Sénat californien, elle a proposé d’autoriser chaque comté à limiter les taxis autonomes. Cette initiative veut rendre aux collectivités locales le pouvoir de décider de la présence de ces véhicules sur leurs routes.
Son initiative, soutenue par le syndicat des Teamsters, s’attaque directement au pouvoir central de l’État, accusé de favoriser les géants technologiques au détriment des collectivités.
Une contestation plus large
La conseillère municipale a tenu une conférence de presse devant le Randa’s Market, en présence de militants et de syndicalistes. Ensemble, ils ont appelé à « reprendre le contrôle des rues ». Tony Delorio, représentant des Teamsters, a résumé la colère ambiante :
« Waymo suit des règles uniquement parce que des humains l’ont programmé, pas parce qu’il se soucie de nos enfants. »
Depuis des années, l’État de Californie délivre seul les permis autorisant Waymo, Cruise et Zoox à exploiter leurs véhicules autonomes. Cette centralisation limite la capacité des villes à réguler leurs propres routes.
Proche de la Silicon Valley, le gouverneur Gavin Newsom a rejeté toute exigence de présence humaine à bord, malgré les inquiétudes croissantes. Il a également écarté les appels à plus de transparence sur les accidents, alimentant la méfiance autour des véhicules autonomes.
Les défaillances techniques au cœur du drame
Waymo a confirmé, trois jours après les faits, que son véhicule avait bien tué KitKat, notant que le chat « s’était précipité sous la roue » au moment du départ. L’entreprise a présenté ses condoléances et promis un don à une organisation de défense animale, sans en préciser le montant.
Mais deux témoins contestent cette version. Le chat aurait été visible plusieurs secondes devant le véhicule avant de passer dessous. Pour plusieurs experts, cette incohérence révèle une faiblesse structurelle des véhicules autonomes : l’absence de « permanence d’objet ».
Missy Cummings, directrice du Centre d’autonomie et de robotique de l’université George Mason, explique que ces voitures oublient instantanément tout objet disparu de leurs capteurs. « Si un animal se glisse sous le châssis, la voiture cesse simplement de le percevoir. Elle ne sait pas qu’il est encore là. »
Les capteurs latéraux et avant n’analysent pas l’espace sous la voiture, trop vulnérable à l’accumulation de saleté. Une défaillance déjà constatée en 2023, lorsqu’un véhicule Cruise avait traîné une femme sur plusieurs mètres après un accident.
Cette affaire de chat met Waymo en position délicate. Son PDG, Takedra Mawakana, avait récemment déclaré qu’un accident mortel impliquant une voiture autonome « était inévitable » et que la société finirait par « l’accepter ». Ces propos, aujourd’hui jugés arrogants, résonnent douloureusement à San Francisco.
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