Jeff Bezos veut lever 100 milliards de dollars selon le Wall Street Journal. Le fondateur d’Amazon prévoit de créer un fonds d’investissement ciblant les sociétés manufacturières.
Le milliardaire ciblerait des secteurs variés comme la fabrication de puces, la défense ou l’aérospatial. Après les acquisitions, son plan serait d’automatiser et d’accélérer les processus de production, dans l’espoir de booster la productivité et la rentabilité de ces entreprises.
D’après le journal américain, Bezos s’est rendu au Moyen-Orient il y a quelques mois pour présenter son projet à des fonds souverains et négocier le financement. Il est également en discussion avec certains des plus grands gestionnaires d’actifs mondiaux pour sécuriser les capitaux nécessaires.
Qu’est-ce que le patron d’Amazon mijote derrière cette levée ?
Selon plusieurs sources proches du dossier, ce projet serait directement lié à Prometheus. Il s’agit d’une startup, où Bezos occupe le poste de co-PDG.
Elle est centrée sur l’usage de l’IA pour l’ingénierie et la fabrication de matériels informatiques, de véhicules et d’engins spatiaux. Mais attention, pas de scénario catastrophe à base de robots qui remplacent tout le monde du jour au lendemain.
L’ambition serait plus nuancée. L’idée consiste surtout à améliorer les machines existantes et à optimiser les étapes en amont de la production. Notamment le prototypage. L’innovation porterait davantage sur les matériaux et les intrants que sur les chaînes d’assemblage elles-mêmes.
En revanche, de nombreuses zones d’ombre subsistent. La structure exacte de ce futur fonds reste floue. Difficile de savoir s’il sera directement piloté par Prometheus. Ou si l’entreprise deviendra simplement un partenaire technologique. Voire un fournisseur exclusif pour les sociétés acquises.
Evidemment, rien n’indique pour l’instant que Jeff Bezos réussit son coup. Lever 100 milliards de dollars est un exploit rare. À ce jour, seul le Vision Fund de SoftBank a atteint un tel niveau, en s’appuyant largement sur des fonds souverains du Moyen-Orient. Or, ces investisseurs semblent aujourd’hui plus prudents.
Pourquoi maintenant ?
Dans le monde des géants de la tech, rien ne se fait sur un coup de tête. Jamais. Tout relève d’une stratégie bien pensée. Il suffit de voir la situation actuelle pour mettre une image sur celle de Jeff Bezos. L’énorme pression sur les semi-conducteurs.
L’IA dévore littéralement des puces. Aujourd’hui, elle représente déjà près de 35 % de la demande mondiale de semi-conducteurs selon le rapport de la CIA sur l’État de l’industrie américaine des semi-conducteurs en 2025. Et ce chiffre continue de grimper.
Résultat, les tensions sur l’offre persistent. Certains industriels évoquent même une pénurie de mémoire qui pourrait durer jusqu’à 2030, avec un manque structurel de capacité de production d’environ 20 %.
Dans le même temps, les prix s’envolent. Chez certains fabricants, les revenus ont presque triplé grâce à cette rareté. Autrement dit, produire des puces n’a jamais été aussi stratégique… ni aussi rentable.
Ensuite, il y a un basculement industriel mondial. Les États-Unis, l’Europe, la Chine et même l’Inde investissent massivement pour produire localement. L’objectif est de réduire la dépendance à l’Asie, qui domine encore largement le marché.
Par exemple, l’Inde veut couvrir 60 % de ses besoins en semi-conducteurs d’ici 2035 d’après The times of India. Et au cœur de tout ça, il y a l’IA. Le marché des semi-conducteurs devrait même atteindre près de 1 000 milliards de dollars dès 2026, porté par les infrastructures d’IA.
Il faut toutefois comprendre que produire des puces, des équipements militaires ou des technologies critiques est une question de souveraineté. Les États veulent sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement. Et les entreprises veulent reprendre le contrôle.
Dans ce contexte, le projet de Bezos ressemble moins à une simple opportunité financière… et beaucoup plus à une tentative de s’installer au cœur de la nouvelle bataille industrielle mondiale.
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