Depuis quelque temps, les centres de données poussent partout aux États-Unis, plus vite que l’adhésion locale. Cependant, vous devez me croire. Tous les projets ne sont pas réussi.
Il y en a qui ont fini à la poubelle. Deux projets ont par exemple été abandonnés en 2023. Six en 2024. En 2025 en revanche, les annulations ont quadruplé. Selon Heatmap Pro, au moins 25 ont été stoppés net.
Et encore, sur ces 25 projets annulés, 21 l’ont été durant le second semestre, c’est-à-dire après juillet.
Pourquoi autant de projets disparaissent soudainement ?
Eh bien, vous êtes sûrement au courant que les citoyens ont décidé de ne plus se laisser faire. Voyez-vous, les centres de données consomment de grandes quantités d’électricité et d’eau.
Dans plusieurs régions, les habitants signalent déjà des pénuries d’eau et une augmentation marquée des tarifs énergétiques. Un rapport de Bloomberg publié en septembre indique que les factures d’électricité dans les zones proches de ces infrastructures ont augmenté de 267 % en cinq ans.
Les impacts ne sont pas seulement économiques. Une étude de l’Environmental Data & Governance Initiative montre que les populations vivant à moins de 1,6 kilomètre d’un centre réglementé par l’EPA respirent un air plus pollué que la moyenne nationale. Ce qui renforce les inquiétudes sanitaires.
La médiatisation croissante de ces effets a favorisé une prise de conscience collective. L’augmentation du coût de la vie et la pression sur les budgets des ménages rendent ces projets moins acceptables aux yeux de nombreux citoyens.
Selon Heatmap, la consommation d’eau constitue la première source de contestation. Elle est citée dans plus de 40 % des projets litigieux, suivie par la consommation d’énergie et la hausse des prix de l’électricité.
Les experts avertissent d’ailleurs que la pression exercée sur les réseaux locaux peut accroître le risque de coupures hivernales dans les zones à forte concentration de centres de données.
Au Texas par exemple. C’était en 2021. Une pénurie d’électricité y a provoqué environ 246 décès. Malgré une forte concentration de projets, aucun abandon n’y a pourtant été recensé en 2025.
Tout porte à croire que les contestations ne font que commencer.
Au fait, les projets annulés en 2025 représentaient à eux seuls une demande électrique estimée à 4,7 gigawatts. Or, cette valeur reste modeste face aux projections de BloombergNEF.
Ces dernières anticipent une consommation nationale des centres de données atteignant 106 gigawatts d’ici 2035. Je ne sais pas pour vous, mais pour moi, c’est un signal fort d’un rejet croissant.
Le territoire américain compte aujourd’hui près de 3 779 centres de données, incluant les sites en projet, en développement ou déjà actifs. Parmi eux, environ 770 sont encore en phase de planification. Et au moins 99 sont confrontés à une opposition organisée de riverains ou de militants.
Or, Heatmap estime qu’environ 40 % des centres de données confrontés à une opposition persistante finissent par être abandonnés. Peter Freed, ancien responsable de la stratégie énergétique de Meta, juge même que seule une faible part des projets actuels atteindra réellement la phase opérationnelle.
Ai-je omis de vous dire que ces contestations ont déjà des effets politiques ?
En effet. Le Minnesota a par exemple adopté des lois visant à limiter la consommation d’eau et d’énergie de ces infrastructures. À New York, un programme prévoit une augmentation ciblée du coût de l’électricité pour les entreprises du secteur. Et plus de 250 organisations environnementales demandent un moratoire national.
Fait notable, la plupart des annulations ont eu lieu dans des comtés républicains. Y compris des territoires ayant soutenu Donald Trump lors de la présidentielle de 2024. En Virginie, une campagne axée sur le coût des centres de données a même permis à un candidat démocrate de remporter un siège traditionnellement conservateur.
Face à cette pression, Donald Trump a exprimé son inquiétude concernant l’impact des centres de données sur les factures d’électricité. Il a indiqué travailler avec de grandes entreprises technologiques pour réduire cette charge.
Microsoft a déjà réagi en présentant un plan destiné à limiter l’impact local de ses infrastructures d’intelligence artificielle. Ces initiatives montrent que le débat autour des centres de données dépasse désormais la seule sphère technologique.
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