Après douze mois de tests en conditions réelles, la France appuie sur le bouton « déploiement général ». Visio, son outil de visioconférence maison, devient la nouvelle norme dans les administrations.
Le message est clair. Il faut réduire la dépendance aux géants américains comme Google, Microsoft ou consorts. Pour autant, pas question de renoncer aux réunions à distance devenues incontournables. D’où Visio.
Un outil souverain
« On se fait un Zoom pour en discuter ? » La formule est entrée dans le langage courant, au point d’effacer le nom réel des outils utilisés. Google Meet, Microsoft Teams, Slack ou Discord font désormais partie du décor professionnel.
Leur point commun est moins visible, mais bien réel. Ils sont tous pilotés par des entreprises américaines. Une situation que la France juge de plus en plus inconfortable, surtout lorsqu’il s’agit des échanges internes de l’État.
C’est dans ce contexte qu’est née « La Suite numérique », une initiative visant à proposer des alternatives françaises à Docs, Gmail, WeTransfer, WhatsApp et, bien sûr, aux solutions de visioconférence.
Pour cette dernière brique, Visio est chargé de la mission. Disponible en phase d’expérimentation depuis un an, le logiciel franchit désormais un cap avec son déploiement officiel dans l’ensemble des administrations.
Le pilotage du projet est assuré par la Direction interministérielle du numérique, la DINUM, placée sous la tutelle du ministère de la Fonction publique. L’objectif est clair qu’à l’horizon 2027, tous les services de l’État devront passer par Visio pour organiser leurs réunions à distance.
Et notez que derrière ce choix se cache un contexte géopolitique de plus en plus tendu. Inutile de vous informer des tensions récentes entre les États-Unis et l’Europe.
A cela s’ajoute la peur de pressions économiques ou politiques. Ce qui remet la souveraineté numérique au centre des débats. Dans ce climat, dépendre d’outils étrangers est une vulnérabilité que l’État préfère désormais anticiper plutôt que subir.
Que vaut Visio ?
Visio revendique un ADN résolument français, jusque dans ses fondations techniques. Les données sont hébergées chez Outscale, la filiale cloud de Dassault Systèmes, certifiée SecNumCloud par l’ANSSI.
Ce choix est loin d’être symbolique, puisqu’il permet de garder les informations de l’administration à l’abri des lois extraterritoriales américaines. Pour le gouvernement, cet hébergement souverain constitue l’un des piliers de sa stratégie de protection des données sensibles.
Côté usage, Visio ne cherche pas à réinventer la visioconférence. L’interface rappelle fortement Google Meet, ce qui facilite la prise en main. Le service propose déjà la transcription automatique des réunions grâce à l’IA de la startup française Pyannote.
D’ici l’été, le sous-titrage en temps réel viendra compléter l’ensemble. Cette fois avec une intelligence artificielle développée par Kyutai. Là encore, le choix du 100 % français est assumé
En revanche, à la clé, une promesse parle à tous les gestionnaires. L’arrêt progressif des licences payantes actuelles. Ce qui permettrait d’économiser environ un million d’euros par an pour chaque tranche de 100 000 nouveaux utilisateurs.
La France revendique déjà 40 000 utilisateurs réguliers et annonce une montée en charge rapide. Ce, avec 200 000 agents concernés à court terme. Dès le premier trimestre 2026, des institutions majeures comme le CNRS, l’Assurance Maladie, la Direction générale des Finances publiques ou encore le ministère des Armées basculeront sur Visio.
Reste une question en suspens : Visio sortira-t-il un jour du cadre strictement professionnel ? Pour l’instant, l’accès aux outils de « La Suite numérique » passe obligatoirement par ProConnect.
C’est l’équivalent de FranceConnect pour les professionnels. Une contrainte qui limite de facto son adoption par le grand public. Visio s’impose donc comme un outil souverain, pensé avant tout pour l’État. Ce, quitte à rester en marge des usages quotidiens de Monsieur et Madame Tout-le-monde.
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