Après deux semaines d’audiences remplies de témoignages l’accusant de mentir constamment, le jury a finalement entendu Sam Altman lui-même. Et il semblait dominer les débats. Cela dit, cela pourrait ne pas être suffisant. Pourquoi ? Car Elon Musk a peut-être déjà infligé des dégâts bien plus durables à l’image du patron d’OpenAI.
Depuis le début du procès, des témoignages se sont succédé avec leur lot de contradictions et de moments parfois surréalistes. Elon Musk a par exemple affirmé ne jamais se mettre en colère… avant de perdre son sang-froid pendant un contre-interrogatoire.
Shivon Zilis, mère de plusieurs enfants de Musk, a assuré ne pas savoir qu’il préparait xAI à l’époque. Et pourtant, ses SMS semblent raconter l’inverse. Greg Brockman, de son côté, a été accusé de tenir un discours très éloigné de la réalité.
Même si Sam Altman est loin d’être irréprochable, plusieurs documents contemporains soutiennent sa version des faits.
Qu’avance Sam Altman ?
Selon Altman, les tensions ont vraiment commencé après les succès d’OpenAI sur Dota 2. Car c’est à cette période que la question d’une structure commerciale est devenue sérieuse.
D’après lui, Musk voulait absolument contrôler cette future entité. Altman a expliqué au tribunal que Musk ne faisait confiance qu’à lui-même pour prendre les grandes décisions stratégiques.
Cette obsession du contrôle inquiétait profondément Altman. Il a rappelé qu’OpenAI avait justement été créée pour éviter qu’une seule personne domine le développement d’une intelligence artificielle générale.
Pendant son passage chez Y Combinator, il avait déjà observé de nombreuses guerres de pouvoir entre fondateurs refusant de lâcher les commandes. Et c’est là qu’une anecdote a particulièrement marqué l’audience.
Altman a raconté avoir demandé à Musk ce qu’il adviendrait d’OpenAI s’il venait à mourir. Ce dernier aurait déclaré qu’il n’y avait pas vraiment réfléchi, mais que le contrôle pourrait peut-être revenir à ses enfants.
Un ancien courriel de 2017 envoyé par Altman à Shivon Zilis semble renforcer ces dires. Dans ce message, il écrivait craindre qu’une seule personne puisse contrôler la première intelligence artificielle générale du monde.
Il précisait cependant être ouvert à certaines « structures créatives », laissant entendre qu’il envisageait temporairement des compromis pour calmer Musk.
Elon Musk dans toute sa splendeur, dévoilé par Sam Altman
À la barre, Altman a affirmé être persuadé que Musk cherchait un contrôle durable d’OpenAI. Cette version paraît cohérente avec d’autres témoignages.
Un ancien collaborateur, Sam Teller, expliquait, par exemple, dans une déposition vidéo que Musk n’investissait plus dans des projets qu’il ne contrôlait pas directement. Une logique probablement liée à son traumatisme historique après son éviction de PayPal.
Musk aurait aussi tenté d’attirer Altman chez Tesla. Des SMS présentés au tribunal montrent que Sam Teller expliquait à Altman que Musk voulait renforcer l’IA de Tesla coûte que coûte.
Le grand milliardaire espérait donc recruter Altman, Brockman et Ilya Sutskever. Seulement, Altman affirme y avoir vu une menace à peine déguisée. Du genre, Soit OpenAI rejoignait Tesla, soit Musk construirait son propre empire de l’IA sans eux.
Toutefois, pour lui, laisser OpenAI être absorbée par Tesla aurait représenté une trahison de sa mission initiale.
D’autres messages révélés pendant les audiences montrent même qu’après le départ de Musk, OpenAI traversait une période financière extrêmement fragile.
Malgré cela, Altman affirme avoir continué à tenir Musk informé de l’évolution de la branche commerciale d’OpenAI. Y compris des discussions avec Microsoft. Selon lui, Musk n’a jamais officiellement protesté à l’époque.
Salir l’image d’Altman, le véritable objectif de Musk ?
Le contre-interrogatoire mené par l’avocat de Musk, Steven Molo, a pris une tournure assez étrange. Pendant de longues minutes, il a énuméré toutes les personnes ayant accusé Altman d’être un menteur.
Anciens employés, dirigeants d’OpenAI, fondateurs d’Anthropic, journalistes et même auteurs de biographies…
Altman, lui, a gardé son calme. Il semblait surtout blessé de voir sa crédibilité attaquée aussi frontalement. Et paradoxalement, cette attitude mesurée a probablement joué en sa faveur devant le jury.
La défense de Musk a également tenté d’expliquer qu’OpenAI aurait pu rester une organisation à but non lucratif en levant davantage de fonds. A l’image de Stanford. Un argument qui a laissé plusieurs observateurs perplexes.
Stanford dispose d’un immense réseau de donateurs historiques et ne fonctionne absolument pas avec les mêmes besoins financiers qu’une entreprise développant des modèles d’IA géants.
En réalité, même plusieurs milliards de dollars n’auraient probablement pas suffi à financer la croissance actuelle d’OpenAI. Les partenariats commerciaux massifs comme avec Microsoft étaient plus qu’indispensables.
Mais au fond, gagner ce procès n’est peut-être pas l’objectif principal de Musk. Le véritable enjeu semble ailleurs.
Depuis des mois, Musk martèle publiquement l’idée que Sam Altman aurait trahi les valeurs fondatrices d’OpenAI. Et cette stratégie commence déjà à produire des effets.
Des responsables politiques américains souhaitent désormais examiner de plus près les investissements liés à OpenAI et à Altman. Plusieurs médias américains relient directement ces nouvelles enquêtes au procès en cours.
Alors oui, Sam Altman a probablement réussi son audition. Oui, il a semblé crédible devant le jury. Cependant, Elon Musk pourrait déjà avoir obtenu ce qu’il voulait vraiment. Fragiliser durablement l’image du patron d’OpenAI auprès du grand public et des autorités américaines.
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