Amazon renforce ses ambitions en robotique en acquérant Rivr, une start-up suisse spécialisée dans les robots autonomes. Les détails financiers de l’opération n’ont pas été rendus publics.
Avec ce rachat, Amazon vise à étendre ses solutions robotiques au-delà de ses entrepôts. Là où plus d’un million de robots assurent déjà le transport de produits et le déplacement autonome de chariots.
L’entreprise expérimente aussi des robots humanoïdes, fournis par des sociétés comme Unitree pour effectuer les derniers mètres entre les camionnettes et les portes d’entrée. Ce, dans des environnements d’essai reproduisant des obstacles et du mobilier factice, avec des véhicules électriques Rivian.
« Cette acquisition témoigne de notre engagement à investir continuellement dans la recherche. Ce qui, selon nous, peut améliorer la sécurité et l’expérience globale de livraison pour nos partenaires et leurs livreurs », a déclaré un porte-parole d’Amazon à The Information.
En savoir plus sur Rivr
Basée à Zurich, Rivr avait été valorisée à 110 millions de dollars lors d’une levée de fonds de 22 millions en août 2024. Amazon et Bezos Expeditions, la société d’investissement du PDG, avaient d’ailleurs participé.
River développe des robots quadrupèdes montés sur roulettes. Ils sont conçus pour déposer les colis directement devant la porte des clients. Grâce à leur mobilité, ils peuvent franchir des escaliers, éviter des obstacles et évoluer sur des terrains légèrement accidentés.
Une fois arrivé, il ouvre une trappe pour déposer délicatement le colis sur le paillasson. Ce qui le distingue des robots sur trottoir de Coco Robotics, Serve Robotics ou Starship Technologies, ainsi que de la plupart des quadrupèdes utilisés pour l’inspection industrielle.
Rivr a déjà testé ses robots à Zurich et à Milton Keynes, livrant des repas depuis des restaurants en partenariat avec Just Eat. La start-up mène également des projets avec Swiss Post pour la livraison de colis e-commerce.
De même avec Veho aux États-Unis, à Austin dans un premier temps, avec pour objectif que chaque robot réalise jusqu’à 200 livraisons par jour.
Ce qui pourrait compliquer les livraisons d’Amazon avec les robots de Rivr
Il est certain que ce ne sera pas aussi facile car les tests en environnements contrôlés ne reflètent pas totalement la réalité. Les décors simulés permettent d’anticiper certains obstacles, mais ils restent prévisibles.
En conditions réelles, chaque rue réserve son lot de surprises. Entre les enfants curieux, les animaux ou les passants pressés, chaque interaction devient un test grandeur nature. Un robot évoluant seul dans la rue doit ainsi anticiper les comportements humains.
En plus, ces machines sont capables de monter des escaliers et d’éviter des obstacles, certes. Cependant, leur autonomie demeure un point sensible.
La batterie limite encore la durée des tournées, surtout dans des environnements urbains exigeants. La météo complique encore plus les choses. Pluie, boue ou fortes chaleurs peuvent perturber les capteurs et réduire la fiabilité des déplacements.
La question du vol ou du vandalisme n’est pas non plus à exclure. Déposer un colis devant une porte reste simple en théorie, mais beaucoup moins dans la pratique.
À cela s’ajoute la complexité logistique. Pour fonctionner à grande échelle, ces robots doivent s’intégrer parfaitement dans la chaîne de livraison existante. Cela implique une coordination fine avec les livreurs, les véhicules et les systèmes de gestion des commandes.
Pourquoi maintenant ?
Derrière cette acquisition de Rivr, il est difficile de croire qu’Amazon cherche uniquement à accélérer ses livraisons.
Certes, à l’heure actuelle, les attentes des clients explosent. Livraison le jour même, parfois en quelques heures. D’après McKinsey & Company, plus de 60 % des consommateurs sont prêts à changer de marque pour une livraison plus rapide.
Face à cela, automatiser devient presque une évidence. Toutefois, à coup sûr, le véritable but d’Amazon est de réduire ses coûts. Prenons l’exemple du fameux “dernier mètre”, ces allers-retours courts mais répétitifs, souvent les plus fatigants d’une tournée.
Selon une étude de Capgemini, cette étape représente jusqu’à 53 % du coût total logistique. Une énorme dépense que des géants comme Amazon cherchent activement à réduire. Et déployer des robots comme ceux de Rivr pourraient permettre d’optimiser ces tournées.
Mieux encore, l’automatisation permet d’opérer en continu et de limiter les erreurs humaines. Cela signifie aussi moins de main-d’œuvre humaine, et donc moins de salaires.
Bien entendu, ces économies ne sont pas immédiates. Déployer une flotte de robots implique des investissements lourds. Il faut financer la production, la maintenance, les mises à jour logicielles et toute l’infrastructure technique. À court terme, la facture grimpe.
Les potentiels implications sur les livreurs
Du côté des livreurs, l’impact est délicat. Sur le papier, l’automatisation promet moins de déplacements inutiles, de fatigue accumulée, et un rythme de travail potentiellement plus fluide.
Mais derrière ce petit soulagement se cache une transformation plus profonde. Si les robots prennent en charge ces micro-tâches, le métier de livreur pourrait évoluer vers un rôle davantage centré sur la coordination.
Par exemple, gérer les itinéraires, superviser plusieurs livraisons en parallèle, s’assurer que tout fonctionne correctement… Le terrain laisserait progressivement place à l’organisation.
Ce qui est bien beau sauf que c’est justement là que les inquiétudes apparaissent. Car ce sont souvent les tâches les plus simples qui disparaissent en premier. Et avec elles, une partie des emplois les plus accessibles.
Évidemment, on peut aussi voir le bon côté des choses. Qu’en parallèle, de nouveaux besoins émergeront. Notamment pour entretenir, surveiller et piloter ces machines.
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