cryptomonnaies sur le drapeau de Gaza

Le « Conseil de Paix » de Trump veut créer une cryptomonnaie Gaza

Créer une cryptomonnaie pour Gaza en pleine guerre, avec 2G instable et pénurie de cash : voilà l’idée qu’avance le « Conseil de Paix » lancé par Donald Trump. Officiellement, il s’agit de rétablir des paiements quotidiens. Mais, c’est peut-être bien plus qu’un simple outil financier.

Le 19 février, Donald Trump a présidé la première réunion publique de son « Conseil de Paix ». C’est un organe qu’il présente comme la structure chargée de reconstruire Gaza après des années de bombardements. Parmi les priorités affichées, il veut remettre en marche l’économie locale. Et au cœur du plan, nous retrouvons le stablecoin, un outil très XXIe siècle.

D’après le Financial Times, le projet est encore embryonnaire. Il ne s’agirait pas officiellement d’une « pièce de Gaza » ni d’une nouvelle monnaie palestinienne. Mais c’est plutôt un système qui permet aux habitants d’effectuer des transactions numériques. Dit autrement, c’est mettre Gaza sur la blockchain.

Une cryptomonnaie pour remplacer le cash introuvable à Gaza

Aujourd’hui, la monnaie utilisée à Gaza est le shekel israélien. Toutefois, depuis le 7 octobre 2023, Israël interdit l’entrée de nouveaux shekels dans l’enclave. Le cash est donc rare. Les banques ont commencé à rouvrir, mais elles peinent à s’approvisionner. L’Autorité monétaire palestinienne supervise sans pouvoir émettre.

L’idée d’un stablecoin peut sembler pragmatique. Une monnaie numérique, indexée sur le dollar, accessible via smartphone, permettrait théoriquement de contourner la pénurie physique de billets.

Mais je me demande comment déployer des paiements numériques massifs dans un territoire où les télécommunications sont en grande partie détruites ? Les Gazaouis fonctionnent encore avec une 2G lente et instable. Israël justifie ces restrictions par des raisons sécuritaires qui visent le Hamas. Techniquement, ce sera donc difficile de faire tourner une économie numérique sur une infrastructure aussi fragile.

Je me demande aussi quelle cryptomonnaie serait utilisée à Gaza ? Le stablecoin le plus populaire au monde reste Tether. Mais il existe aussi l’USD1, présenté comme le stablecoin de World Liberty Financial, cofondée par Donald Trump Jr. et Eric Trump. L’USD1 est censé être indexé sur le dollar américain. Or, cette semaine encore, il s’est brièvement détaché de sa parité, et a chuté à 0,994 dollar avant de se redresser. La société a évoqué un piratage et des rumeurs malveillantes.

Si le Conseil choisit une cryptomonnaie liée à Donald Trump, on ne saurait plus différencier la reconstruction humanitaire et les intérêts privés. Même si les promoteurs insistent sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une nouvelle monnaie palestinienne, l’outil choisi orientera les flux financiers, les données et potentiellement les profits.

Derrière la blockchain, un projet de « smart Gaza »

Le pilotage du projet serait assuré par Liran Tancman, entrepreneur tech et cofondateur du Cyber Command israélien. Il travaille au sein du Comité national pour l’administration de Gaza (NCAG), structure intégrée au Conseil de Paix.

Liran Tancman évoque la mise en place d’une « infrastructure numérique sécurisée », d’une plateforme ouverte pour les paiements électroniques, les services financiers, l’apprentissage en ligne et les soins de santé. Il promet également une montée en débit du réseau d’ici juillet, avec un accès haut débit gratuit pour les services essentiels.

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Je vois ici que le stablecoin n’est qu’une brique d’un projet plus vaste de transformation numérique. Liran Tancman parle même d’un système logistique comparable à Amazon pour faciliter importations et commerce international. Il aspire à faire baisser les prix, stimuler la croissance et transformer Gaza en zone économique ouverte et transparente.

Mais je vous rappelle que Liran Tancman a aussi participé à la fondation de la Gaza Humanitarian Foundation, critiquée pour son influence américaine et israélienne. Avant sa dissolution, des centaines de Palestiniens seraient morts en tentant d’obtenir de la nourriture que cette organisation distribue. Cela pose problème donc du côté confiance. Car qui contrôle l’infrastructure numérique contrôle aussi les données et les flux économiques.

10 milliards promis, mais quelle légitimité ?

Lors de la réunion inaugurale, Donald Trump a annoncé que les États-Unis verseraient 10 milliards de dollars au Conseil. Le Congrès n’a pourtant alloué aucun budget. Juridiquement, seul ce dernier peut engager des fonds publics.

Ainsi, sans validation parlementaire, la promesse financière reste fragile. Et si elle se concrétise via des mécanismes détournés, elle pourrait être contestée. Donald Trump s’est autoproclamé président du Conseil et conserverait un droit de veto, même après son départ prévu en janvier 2029.

La réunion elle-même a été accueillie avec scepticisme par plusieurs médias européens. France24 a notamment souligné le caractère décousu du discours présidentiel et les ambiguïtés politiques entourant le projet.

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Une cryptomonnaie pourrait donc fluidifier les paiements à Gaza et réduire la dépendance au cash. Mais en pratique, elle pose trois enjeux importants. L’infrastructure technique, la gouvernance des données et la légitimité politique.

Je pense que le vrai sujet n’est pas la technologie en elle-même. La blockchain n’est qu’un outil. Alors, qui en définit les règles ? Si Gaza devient un laboratoire de monnaie numérique sous supervision extérieure, cela changera durablement son architecture économique.

À court terme, le stablecoin peut apparaître comme une solution d’urgence. Mais à moyen terme, il pourrait transformer Gaza en terrain d’expérimentation géopolitique et technologique. Les prochains mois diront si ce projet reste une annonce spectaculaire ou s’il devient le prototype d’une reconstruction pilotée par la blockchain.

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