Moins de deux mois après l’annonce d’un partenariat avec Amazon, OpenAI repositionne ses priorités. L’alliance historique avec Microsoft, longtemps pilier de sa croissance, devient maintenant un frein partiel à son expansion sur le marché des entreprises.
Le créateur de ChatGPT accélère sa bascule vers un modèle plus ouvert et orienté B2B. Portée par un partenariat de 50 milliards de dollars avec Amazon, OpenAI cherche à lever les freins liés à son lien avec Microsoft. Celui-ci a pourtant investi plus de 13 milliards depuis 2019. Ainsi, OpenAI souhaite capter un marché enterprise en forte expansion. Ce qui est déjà à l’origine de 40 % de ses revenus. Par la même occasion, le géant veut reprendre l’avantage face à une concurrence de plus en plus agressive.
Amazon, le nouveau relais de croissance B2B
Le signal est venu de Denise Dresser , directrice des revenus d’OpenAI, dans une note interne adressée aux équipes. Elle y qualifie le partenariat avec Amazon de moteur de croissance important. Notamment pour l’activité enterprise, qui représente déjà 40 % de son chiffre d’affaires.
Le cœur de cette stratégie repose sur Amazon Web Services (AWS) et sa plateforme Bedrock, qui permet aux entreprises d’accéder à plusieurs modèles d’IA, dont ceux d’OpenAI. Tandis que l’écosystème Microsoft est centré sur Azure, Bedrock, lui, est comme une couche d’accès plus ouverte. Elle est alignée avec les usages réels des entreprises.
Dans sa note, Denise Dresser souligne que de nombreux clients évoluent déjà dans l’environnement AWS. Les contraindre à passer par Azure limite donc l’adoption. Depuis l’annonce du partenariat, la demande pour une intégration via Bedrock serait même « stupéfiante ». Cela signe que le marché attendait cette flexibilité. Ainsi, OpenAI semble vouloir se rapprocher des infrastructures là où se trouvent ses clients. Plutôt que d’imposer un canal unique.
Microsoft, le partenaire historique d’OpenAI est devenu contraignant
Ce repositionnement change la relation avec Microsoft, qui a investi plus de 13 milliards de dollars dans OpenAI depuis 2019. Ce soutien a été déterminant dans l’essor de ChatGPT et dans la structuration des capacités techniques de l’entreprise.
Mais aujourd’hui, cette exclusivité partielle devient une limite. Denise Dresser elle-même reconnaît que le partenariat avec Microsoft « a été fondamental ». Toutefois, il restreint la capacité d’OpenAI à répondre aux besoins du marché.
🚨 NEW: OpenAI praises Amazon partnership via memo amid $50B investment plan, says Microsoft has “limited” its client reach, per CNBC. pic.twitter.com/CvNSRImMJA
— Cointelegraph (@Cointelegraph) April 13, 2026
Les tensions ne sont d’ailleurs plus implicites. Depuis mi-2024, Microsoft considère officiellement OpenAI comme un concurrent, aux côtés d’Amazon, Google ou Meta. Son dernier rapport annuel l’indique. Le géant de Redmond développe également ses propres modèles d’IA et renforce Copilot. Cela réduit mécaniquement sa dépendance à OpenAI.
De son côté, OpenAI diversifie déjà ses fournisseurs cloud. L’entreprise se tourne vers des acteurs comme Oracle, Google ou CoreWeave, principalement pour des raisons de capacité de calcul.
Une bataille frontale sur le marché des entreprises
Nous voyons aussi à quel point la concurrence est intense sur le segment B2B. OpenAI fait face à une montée en puissance rapide d’Anthropic, dont le modèle Claude est une référence dans les entreprises. Le phénomène est tel qu’il a été surnommé « Claudemania » lors de la conférence HumanX à San Francisco. Selon Arvind Jain, PDG de Glean, « cette adoption relève presque d’un effet de mode massif ».
Anthropic a annoncé un chiffre d’affaires annualisé supérieur à 30 milliards de dollars. Des données que Denise Dresser conteste. Elle évoque des méthodes comptables qui surestimeraient les revenus, notamment via les partenariats avec Amazon et Google.
Outre la bataille des chiffres, OpenAI attaque également sur le terrain technologique. Dans une note aux investisseurs relayée par Bloomberg, l’entreprise affirme disposer d’un avantage significatif en capacité de calcul. Cela pointe une supposée faiblesse structurelle chez Anthropic.
Leaked memo: OpenAI's Chief Revenue Officer Denise Dresser just dropped a four-page internal memo that reads less like corporate strategy and more like a declaration of war against Anthropic. Leaked memo-highlights screenshotted.
— Chubby♨️ (@kimmonismus) April 14, 2026
The key accusations: Anthropic allegedly inflates… pic.twitter.com/18n7ulVAIH
Cap sur l’introduction en bourse ?
Cette recomposition stratégique s’inscrit dans la préparation d’une introduction en bourse. OpenAI est valorisée à plus de 850 milliards de dollars lors de sa dernière levée de fonds. C’est pourquoi l’entreprise doit démontrer sa capacité à capter durablement le marché des entreprises.
L’objectif est d’atteindre la parité entre revenus B2B et grand public d’ici la fin de l’année. Le partenariat avec Amazon est donc un levier d’accélération immédiat. Puisqu’il facilite l’accès aux clients existants et réduit les frictions techniques.
Denise Dresser insiste d’ailleurs sur la nécessité de « rester concentré sur les clients dans un marché bruyant et volatil ». C’est une manière de recentrer les équipes sur l’exécution commerciale, alors que la concurrence s’intensifie.
Et c’est toute la stratégie d’OpenAI qui évolue vers un modèle multi-cloud. L’entreprise ne veut plus dépendre d’un seul partenaire, mais s’intégrer dans plusieurs écosystèmes pour maximiser sa distribution.
Ce choix prouve que les entreprises recherchent de la flexibilité, de l’interopérabilité et la possibilité de choisir leurs fournisseurs d’infrastructure. En mettant en avant Amazon, OpenAI confirme que le partenariat exclusif avec Microsoft touche à sa fin. Place à une stratégie plus ouverte, orientée clients, et résolument tournée vers la conquête du marché enterprise.
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