L’IA SeeDance peut recréer des scènes dignes des plus gros blockbusters, avec des personnages protégés et des dialogues crédibles en 1080p. Mais Disney contre-attaque. Si une IA peut recréer l’esthétique et les icônes d’Hollywood à la demande, que devient la valeur d’un blockbuster ?
Seedance 2.0 est déjà connu pour générer des vidéos impressionnantes. Le modèle de ByteDance reproduit également des scènes proches des univers Disney, Marvel ou Star Wars. Par conséquent, les extraits viraux cumulent des millions de vues et les personnages sont reconnaissables pixel par pixel. Apparemment, l’industrie du divertissement voit rouge.
En envoyant une mise en demeure officielle, Disney défend ses héros. Le studio protège aussi un modèle économique fondé sur la rareté, l’exclusivité et le contrôle des franchises.
Seedance 2.0 rejoue Hollywood en 1080p
Tom Cruise et Brad Pitt qui se battent sur un toit. Une parodie de Star Wars où Anakin vante l’intelligence artificielle. Des scènes crédibles, fluides, cohérentes, presque impossibles à distinguer d’un vrai extrait de blockbuster. Depuis quelques jours, Seedance 2.0, le nouveau modèle vidéo de ByteDance, inonde X et TikTok de séquences générées en 1080p. Avec plus de dix secondes de cohérence temporelle parfaite.
This video of Brad Pitt fighting Tom Cruise and angry about killing Epstein looks completely real. It’s not. It’s AI. ByteDance’s Seedance 2.0 generates this in minutes. Think about what this means for the next election. [pic.twitter.com/3FKnpfLtv9](http://pic.twitter.com/3FKnpfLtv9)
— Alex Grankin (@grankin) February 11, 2026
Ainsi, Seedance accepte de générer des célébrités et des personnages protégés par le droit d’auteur. Alors que Google Veo ou Sora se montrent beaucoup plus stricts. Les scènes très réalistes contenant Spider-Man, Grogu ou encore Peter Griffin circulent massivement. Certaines sont des parodies, d’autres flirtent dangereusement avec la reproduction fidèle. Et c’est précisément là que le bât blesse.
Selon des informations révélées par Axios, Disney a officiellement envoyé une lettre de mise en demeure à ByteDance. Le géant du divertissement accuse l’entreprise chinoise d’avoir entraîné Seedance en aspirant illégalement l’intégralité de son catalogue. Dans sa lettre, Disney évoque un outil « préchargé avec une bibliothèque piratée des personnages de Disney, Marvel et Star Wars ».
Le mot clé dans cette bataille c’est l’overfitting. Ici, l’IA imite un style et reproduit des personnages identifiables. Pour Disney, une telle précision ne peut pas être le fruit du hasard statistique. Elle suppose un entraînement direct sur ses films.
Disney contre ByteDance : guerre technologique ou guerre économique ?
Présenté comme un combat pour la protection de la création artistique, le conflit est aussi éminemment stratégique. Je me souviens qu’en 2025, Disney a investi 1 milliard de dollars dans OpenAI pour devenir le partenaire exclusif de Sora, le générateur vidéo du créateur de ChatGPT. Or, voir émerger un concurrent plus permissif, qui peut produire des scènes avec des personnages sous copyright, menace directement cet accord.
Si Seedance permet à n’importe quel créateur de générer un nouveau Star Wars crédible depuis son salon, que vaut encore l’exclusivité d’un studio ? La rareté devient donc reproductible. Le monopole narratif se fissure.
Prenons par exemple la vidéo virale montrant Tom Cruise et Brad Pitt débattant de l’affaire Epstein. Des millions de vues, quasiment aucun défaut visuel ou vocal. Nous ne sommes plus face à des deepfakes maladroits. Nous sommes face à des séquences qui ressemblent à des scènes supprimées d’un film jamais tourné.
Seedance 2.0 – So amazing! Need to work on Force choke prompting though [pic.twitter.com/78oCooJczx](http://pic.twitter.com/78oCooJczx)
— Blaine Brown (@blizaine) February 11, 2026
Seedance 2.0 marque peut-être un point de bascule. Il s’agit de la première génération d’IA vidéo capable de produire du contenu cinématographique suffisamment crédible pour troubler la frontière entre hommage, parodie et contrefaçon.
La fin d’Hollywood ou le début d’une nouvelle ère ?
Alors, Hollywood est-il en train de trembler ? Pas encore.Ce que Seedance démontre, ce n’est pas seulement une avancée technique. C’est une mutation du rapport à la propriété intellectuelle. Pendant des décennies, les studios contrôlaient la production, la distribution et les univers narratifs. Désormais, un modèle entraîné à grande échelle comme Seedance 2.0 peut recombiner ces univers à la demande.
Le risque est donc double. D’abord juridique. Si Disney va au bout de sa menace et attaque ByteDance, le procès pourrait redéfinir les règles d’entraînement des modèles d’IA. La question centrale sera : peut-on entraîner une IA sur des œuvres protégées sans autorisation explicite ? La réponse façonnera toute l’industrie.
Ensuite culturel. Si chacun peut générer son propre blockbuster avec Luke Skywalker ou Spider-Man, l’autorité créative des studios disparaît. L’événement cinématographique perd de sa rareté. Le cinéma devient modulable, personnalisable, remixable.
Mais il serait trop simple d’annoncer la fin d’Hollywood. Les studios possèdent toujours les droits, les franchises, les acteurs, ainsi que la capacité de produire des expériences collectives à grande échelle. En revanche, je pense qu’ils devront s’adapter.
Cela signifie investir massivement dans des IA propriétaires, encadrer juridiquement l’entraînement des modèles et redéfinir la valeur ajoutée d’un film officiel face à une version générée par un internaute.
Seedance 2.0 montre alors que la technologie a dorénavant la puissance de reconstituer un univers cinématographique. La bataille qui s’ouvre n’est pas seulement entre Disney et ByteDance. Elle concerne l’équilibre futur entre créativité humaine, modèles génératifs et propriété intellectuelle.
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