Selon les analyses de Bridgewater Associates relayéspar Reuters, Alphabet, Amazon, Meta et Microsoft concentreraient à eux quatre près de 650 milliards de dollars cette année. Cette enveloppe colossale servira principalement à étendre leurs infrastructures dédiées à l’IA.
Difficile de ne pas être impressionnée. Pas vous ? Surtout face aux 410 milliards de dollars anticipés pour 2025. Cela dit, comme l’explique Greg Jensen, codirecteur des investissements chez Bridgewater, la situation est inquiétante.
Pourquoi les hyperscalers misent autant sur l’IA ?
Plusieurs raisons expliquent pourquoi les géants du cloud se positionnent aujourd’hui en force sur l’IA. La première, et la plus évidente, est la concurrence.
Chacun sait que celui qui ne déploie pas massivement ses ressources risque de perdre son avantage stratégique. Car ce pas investir, c’est prendre le risque de rester sur la touche alors que le marché de l’IA explose.
Ensuite, cette rivalité ne se limite pas à l’argent. Elle se joue sur la capacité à développer les modèles et infrastructures d’IA les plus avancés. La demande croissante en puissance de calcul a donc forcé les hyperscalers à construire des centres de données monumentaux.
Ces derniers, souvent qualifiés de « gigawatt », sont capables de gérer des volumes de calcul 20 à 100 fois supérieurs à ceux des data centers traditionnels. Ils représentent des investissements colossaux quoique nécessaires pour rester compétitif.
Enfin, la majorité des dépenses se concentre sur des actifs coûteux et rapidement obsolètes, comme les processeurs graphiques et les puces sur mesure. Mais les hyperscalers ne s’arrêtent pas là. Ils continuent à investir dans tout ce qui peut renforcer leur position, des logiciels aux systèmes d’optimisation.
Toutefois, comme l’avance Bridgewater, ce n’est pas sans risque
Dans une lettre adressée à ses clients, Jensen explique que l’essor de l’IA est entré dans une phase plus risquée. Il décrit une montée rapide des dépenses consacrées aux infrastructures physiques, accompagnée d’un recours accru aux financements extérieurs.
La demande en puissance de calcul dépasse toujours largement les capacités disponibles. Cela pousse les géants du cloud à investir encore plus, dans l’espoir de rattraper un jour l’appétit du marché.
Pour absorber l’envolée des dépenses d’investissement,Alphabet, Amazon, Meta et Microsoft ont déjà réduit plus fortement leurs rachats d’actions. Les liquidités sont redirigées vers les centres de données et les puces spécialisées.
Seulement, d’après Jensen, une telle ampleur de dépenses accroît l’exposition au risque en cas de difficulté. Par exemple, Anthropic et OpenAI devront réaliser des progrès significatifs dans leurs produits.
Leur but est d’attirer les financements nécessaires à leurs importantes levées de fonds finales avant une éventuelle introduction en Bourse. Cependant, sans perspective solide de bénéfices exceptionnels, ces entreprises pourraient peiner à défendre leurs valorisations élevées et leurs besoins financiers conséquents.
Jensen avertit même que ces produits exposent d’autres secteurs, notamment les éditeurs de logiciels et les fournisseurs de données à des risques notables. La récente baisse des actions technologiques en est la preuve.
En d’autres termes, Jensen affirme qu’il devient difficile pour les leaders de l’IA de répondre aux attentes de leurs investisseurs sans faire peser des risques existentiels sur d’autres domaines.
Une bulle technologique en vue ?
Au-delà des marchés financiers, Bridgewater considère que les dépenses d’investissement du secteur technologique soutiennent fortement l’économie américaine. Ils auraient contribué à hauteur d’environ 50 points de base à la croissance du PIB en 2025.
Et ils pourraient encore apporter près de 100 points de base supplémentaires cette année. Il y a toutefois des chances que cela alimente l’inflation dans les technologies et les équipements de communication. Ce, tout en faisant grimper les prix de l’électricité dans certaines zones.
Ceci dit, Jensen avertit qu’une correction boursière marquée pourrait ralentir la croissance. Et pas seulement. Cela risque aussi de réduire la capacité des entreprises à lever des capitaux, comme lors de l’éclatement de la bulle Internet en 2000.
Ce, même s’il précise que l’ampleur des mouvements récents demeure bien inférieure à celle observée à l’époque.
Comment ces géants de la tech doivent réagir ?
Eh bien, il est certain que la stratégie des géants de la tech va devoir changer. Et vite, pour que les investissements colossaux ne finissent pas par leur exploser à la figure.
D’abord, plus question d’investir à la va-vite. Il faut désormais une gestion carrée des dépenses, en priorisant les infrastructures qui apportent un vrai retour économique.
Centres de données, puces, réseaux et systèmes de calcul doivent être calibrés pour générer des revenus réels et justifier ces capex gargantuesques. Parallèlement, les entreprises devront optimiser l’efficacité des data centers et revoir leurs prévisions opérationnelles pour ne pas se retrouver avec des budgets explosés.
Ensuite, ces entreprises doivent réduire leur dépendance aux financements externes. Comme l’insinue Bridgewater, plus elles comptent sur des fonds externes pour supporter cette croissance, plus elles s’exposent à des risques si les bénéfices anticipés tardent à arriver.
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