D’après les informations révélées par Bloomberg, Stripe envisage de mettre la main sur PayPal. Les discussions à propos du rachat n’en sont qu’au stade préliminaire et rien n’indique qu’un accord verra le jour.
Cependant, le simple fait qu’une société encore privée puisse envisager l’acquisition d’un groupe coté en Bourse comme PayPal fait tourner les têtes. Et puis, la révélation coïncide avec la publication de la lettre annuelle de Stripe. L’entreprise y annonce une nouvelle opération de rachat d’actions destinée à ses employés.
Qu’est-ce que le rachat de Paypal par Stripe pourrait changer ?
Pour ceux qui ne le savent pas, Stripe est l’entreprise qui a posé les premières briques du commerce en ligne. Sa valorisation atteint désormais 159 milliards de dollars, soit environ 150 milliards d’euros. En un an, la progression atteint 74 %.
Paypal quant à lui est la société qui a simplifié, accéléré et modernisé chaque étape du paiement numérique. Elle affiche une capitalisation d’environ 40 milliards de dollars.
Et pour elle, la situation est délicate. Malgré des services populaires comme Venmo, l’image de la marque paraît datée. Son intégration technique semble moins fluide que celle de son rival.
Stripe, en revanche, s’est imposé comme l’infrastructure discrète du commerce numérique. Beaucoup l’utilisent au quotidien sans même remarquer son nom.
Si l’opération aboutit, Stripe ne récupérerait pas seulement un logo connu. L’entreprise mettrait la main sur une immense base d’utilisateurs, ainsi que sur des licences bancaires et des réseaux de paiement déployés à l’échelle mondiale.
Certains analystes évoquent déjà un acteur qui contrôlerait près de 60 % des transactions mondiales hors Chine.
Pourquoi maintenant ?
Aujourd’hui, PayPal ne traverse pas sa meilleure période. Selon InvestingPro, son action a glissé de 36,91 % sur les 12 derniers mois, son plus bas niveau depuis 2017.
D’ailleurs, la marque est actuellement en phase de réorganisation. Début février, le groupe a remercié son directeur général Alex Chriss après la publication de prévisions de bénéfices pour 2026 jugées peu convaincantes. Le président Enrique Lores a alors pris les commandes de l’entreprise.
La société fait alors face à une croissance plus lente et à un recul des dépenses de consommation. A cela s’ajoute la pression renforcée d’Apple et de Google sur les paiements mobiles.
Malgré un plan de redressement en cours, PayPal cherche encore à retrouver l’élan spectaculaire enregistré pendant la période de la pandémie. Or, Stripe, lui, est dans une position de force financière.
Le moment est donc propice pour racheter PayPal à un prix plus attractif qu’il y a quelques années. Et puis, il y a aussi une logique d’infrastructure. Voyez-vous, Stripe domine le paiement B2B.
En revanche, sa reconnaissance grand public est faible. Ce, contrairement à PayPal. En combinant les deux donc, Stripe gagnerait immédiatement en présence directe auprès des consommateurs, sans construire cet écosystème depuis zéro.
Est-ce gagné d’avance ? Difficile à dire vu les nombreux défis
Le premier obstacle à ce rachat est sans doute la régulation. Car un ensemble pesant près de 60 % des transactions mondiales hors Chine ne pourrait qu’attirer l’attention des autorités de la concurrence aux États-Unis et en Europe.
La Federal Trade Commission et la Commission européenne examinent déjà de très près les rapprochements dans la tech et la finance. On a déjà connu les batailles autour d’achats comme Activision par Microsoft. Ou encore les multiples enquêtes visant Google.
Alors, un mastodonte des paiements concentrant une telle part de marché aurait droit à une analyse minutieuse. Le risque d’un refus, ou d’exigences très strictes, serait à envisager.
Le deuxième défi pourrait être la fusion elle-même. Les exemples passés montrent qu’elle peut aller jusqu’à ralentir l’innovation pendant des années. Le cas des deux cabinets d’avocats Allen & Overy – Shearman & Sterling partagé par le Financial Times en est la preuve.
Et doutez-vous que la concurrence ne resterait pas immobile non plus. Apple Pay et Google Pay profiteraient sans doute de la période d’intégration pour gagner du terrain. Les marchands, eux, pourraient s’inquiéter d’une dépendance excessive à un acteur unique et chercher des alternatives.
Enfin vient la question financière. Stripe reste une société privée. Racheter un groupe, coté en Bourse, impliquerait soit un financement massif, soit une introduction en Bourse accélérée pour lever des fonds.
Seulement, dans le contexte économique actuel, cela pourrait inquiéter les marchés et rendre l’opération plus risquée.
Fusion Paypal-Stripe: quels impacts pour les utilisateurs ?
Si ce rachat venait à se concrétiser, l’impact pour les utilisateurs pourrait se décliner à plusieurs niveaux. Tout d’abord, sur le plan pratique, beaucoup pourraient constater une meilleure intégration des services.
Stripe étant réputé pour sa solidité technique et sa fluidité en arrière-plan, les paiements via PayPal pourraient devenir plus rapides et stables. Moins de bugs et de frictions lors des transactions en ligne donc.
Les petits commerces, mais aussi les plateformes plus grandes, bénéficieraient alors d’une infrastructure plus moderne et sécurisée. Toutefois, une concentration aussi massive dans le secteur des paiements pourrait limiter la concurrence.
Or, moins d’acteurs majeurs signifie moins de pression pour maintenir les frais bas ou pour innover rapidement côté grand public. Les utilisateurs de PayPal pourraient donc subir des changements dans leurs conditions, frais ou fonctionnalités. Bien sûr, cela dépend de la stratégie de Stripe après la fusion.
Ensuite, la portée mondiale du groupe combiné pourrait rendre l’accès à certains services plus homogène. Notamment dans les pays où PayPal ou Stripe étaient moins présents individuellement.
Cela pourrait faciliter les achats internationaux et l’acceptation de paiements dans différentes devises. Ce qui est plutôt une bonne nouvelle pour les consommateurs et les e-commerçants.
Et le meilleur pour la fin, un mastodonte unique pourrait centraliser encore plus d’informations financières sur ses utilisateurs. Inutile de vous expliquer que cela poserait forcément des questions sur la sécurité et la protection des données personnelles.
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