Croyiez-vous être seul devant votre profil ? Détrompez-vous, car LinkedIn vous espionne en scrutant vos extensions de navigateur à votre insu. L’idée est de repérer quels logiciels concurrents vous utilisez au quotidien.
Ça paraît fou, non ? Nous y déposons nos parcours professionnels. Nous y racontons nos success story ou encore le boulot que nous venons de décrocher. Mais ce sont nous que LinkedIn espionne en toute discrétion pendant que nous polissons notre image publique. Nos publications ne suffisent plus à ce réseau social. Il observe aussi ce qui se passe dans l’ombre de notre navigateur. Et cela change la lecture de ce que beaucoup d’entre nous pensaient maîtriser.
LinkedIn espionne avec Spectroscopy
C’est l’association Fairlinked e.V. qui a découvert que LinkedIn espionne ses utilisateurs. Elle révèle l’existence d’un programme JavaScript imposant nommé Spectroscopy. Il s’agit d’un fichier de 2,7 mégaoctets qui s’exécute automatiquement en arrière-plan lors de vos sessions sur Chrome.
Il lance simultanément plus de 6 000 requêtes pour identifier les outils tiers greffés à votre navigateur. Cette fouille numérique s’effectue de manière totalement occulte pour l’internaute. Autrement dit, vous ne soupçonnez rien au moment où elle s’active.
LinkedIn ne diffuse aucune notification pour signaler cette inspection technique approfondie. Le pire ? Le volume de données aspirées par le site professionnel explose depuis quelques années. Parce qu’en 2026, l’algorithme détecte 6 167 extensions, contre seulement 38 il y a moins de dix ans.
Des données bien plus sensibles qu’il n’y paraît
Le problème ne s’arrête pas au nombre d’extensions scannées. Certaines révèlent des informations sensibles. LinkedIn peut ainsi identifier des outils liés à la prospection commerciale. La plateforme détecte aussi des extensions associées à des croyances ou à des engagements personnels.
De ce fait, le réseau social peut savoir si vous utilisez des outils concurrents comme Apollo ou Lusha. Cela offre un avantage stratégique évident. Pourtant, ces données peuvent aussi toucher à des domaines privés, comme la religion ou la santé.
En parallèle, le script collecte 48 caractéristiques techniques de votre appareil. Processeur, mémoire, langue, fuseau horaire, tout y passe. Même la batterie de votre ordinateur peut être concernée.
Assemblées, ces données forment une empreinte numérique unique. En clair, votre ordinateur devient identifiable, même sans cookies. Ces révélations posent une question directe sur le respect du RGPD ? Parce que le règlement européen impose un consentement explicite pour toute collecte de données sensibles.
Or, ici, aucune demande claire n’apparaît. L’utilisateur navigue sans savoir que ses extensions sont analysées. Pour Fairlinked e.V., cela constitue une violation du cadre légal. En plus, il ne s’agit pas d’un cas isolé. En 2024, LinkedIn a déjà écopé d’une amende de 310 millions d’euros pour un traitement jugé illégal de données à des fins publicitaires.
Et en quoi c’est pour notre bien ?
Face aux accusations, LinkedIn assume cette surveillance technique. La plateforme de Microsoft affirme que ce scan sert uniquement à repérer les extensions pirates. Selon elle, cette mesure garantit la stabilité du réseau et protège les comptes membres contre les vols.
Ces logiciels malveillants pratiquent souvent le scraping pour voler vos informations personnelles sans votre accord. En agissant ainsi, le site prétend protéger la stabilité de votre compte et la sécurité globale du réseau.
LinkedIn vous espionne donc pour chasser les voleurs de données qui polluent votre expérience utilisateur. Microsoft rejette d’ailleurs les accusations de Fairlinked e.V. en rappelant que l’association subit des restrictions de compte.
Pourtant, cette méthode de défense ne convainc pas vraiment les experts en protection de la vie privée. Et vous, croyez-vous que LinkedIn espionne votre activité au nom de votre sécurité ?
- Partager l'article :

