Le mode incognito de Perplexity promettait des échanges éphémères et anonymes. Mais une plainte fédérale de 135 pages affirme le contraire. La startup aurait transmis à des acteurs publicitaires importants des conversations privées en temps réel. Y compris avec des identifiants personnels.
Perplexity se retrouve au cœur d’une scandale sur la confidentialité. Selon une action collective déposée aux États-Unis, le moteur de recherche IA aurait partagé des messages d’utilisateurs avec Google et Meta. Y compris en mode « navigation privée ». L’affaire pourrait concerner des millions de conversations depuis 2022. Jusqu’où ces outils exploitent-ils réellement les données que les utilisateurs leur confient ?
Le mode incognito de Perplexity serait-il inefficace ?
Le document de plainte, de 135 pages, est déposé devant un tribunal fédéral américain. Il accuse la startup d’avoir partagé en temps réel des conversations privées avec des géants comme Google et Meta. Et même le mode incognito de Perplexity n’aurait offert aucune protection. Ce qui a exposé des millions d’échanges sensibles.
Pourtant le mode incognito de Perplexity est censé rassurer. Les conversations ne sont pas sauvegardées, elles expirent au bout de vingt-quatre heures. Et elles n’apparaissent pas dans l’historique. Une mécanique classique, inspirée des navigateurs web.
Mais selon la plainte, cette promesse de Perplexity serait trompeuse. Un utilisateur anonyme, sous le nom de John Doe, affirme que chaque message envoyé était simultanément transmis à des services tiers. Et cela avant même d’être traité par l’IA.
Je trouve que le détail est important car il ne s’agit pas d’un stockage secondaire ou d’un bug isolé. C’est plutôt un transfert en temps réel qui implique des outils bien connus, dont Pixel Meta, Google Ads et Google DoubleClick. Ces technologies publicitaires peuvent suivre le comportement des internautes.
Les traqueurs sont impossibles à bloquer
L’un des aspects les plus inquiétants de l’affaire, c’est la combinaison technique utilisée. Meta recommande explicitement d’associer son pixel à une API de conversions. Ce duo permet de contourner les bloqueurs de publicité et les restrictions liées aux cookies. Alors, même un utilisateur prudent, qui désactive les cookies ou utilise un bloqueur, ne serait pas protégé. Les données continueraient de circuler.
La plainte contre Perplexity va plus loin en comparant ces mécanismes à une « technologie d’écoute téléphonique basée sur un navigateur ». Cette formule illustre bien l’idée que les conversations supposées privées seraient interceptées et exploitées.
N’oublions pas la nature des informations concernées. Contrairement à une simple recherche web, les échanges avec une IA sont souvent personnels, détaillés, parfois intimes. Dans le cas de John Doe, il s’agissait de données financières liées à la gestion d’impôts et d’investissements. Mais la plainte évoque aussi des usages bien plus sensibles comme la santé, la sexualité ou l’ identité.
Qui plus est, Perplexity serait conçu pour encourager cette transparence. Le système propose régulièrement d’approfondir les échanges avec des relances du type : « Donnez-moi plus de détails sur votre plan de traitement ».
Si ces données sont transmises avec des identifiants personnels (e-mail, compte Facebook) les conséquences sont immédiates. Certains pourraient les exploiter pour du ciblage publicitaire précis.
Tu poses une question médicale à Perplexity en mode Incognito. Tu penses que c'est privé.
— Déclic IA (@declicmedia72) April 3, 2026
Google et Meta reçoivent l'intégralité de la conversation. Avec ton email. Même en mode anonyme.
C'est pas une fuite. C'est intégré. pic.twitter.com/tiGDqSi4qC
Par exemple, un utilisateur qui évoque un traitement médical pourrait se retrouver exposé à des publicités liées à sa maladie. Et cela sans consentement explicite et sans même savoir que l’information a quitté la conversation initiale. La plainte insiste que ces pratiques pourraient être intrusives, et aussi très dangereuses. Surtout dans des contextes de santé.
La politique de confidentialité de Perplexity difficile à trouver
Selon les plaignants, Perplexity ne met pas en avant sa politique de confidentialité. Il n’y a aucun lien direct sur la page d’accueil, aucune demande explicite d’acceptation. Pour consulter ce document, l’utilisateur devrait passer par un moteur de recherche. Cette situation absurde pour un service centré sur l’information.
Et même en lisant cette politique de confidentialité, c’est difficile de repérer la présence de traqueurs spécifiques. Le texte reste vague et évoque des pratiques générales sans mentionner précisément les outils utilisés. Alors que les moteurs comme Bing ou Google affichent leurs conditions d’utilisation et leurs politiques en bas de page.
Perplexity is in serious trouble
— Amar (@astwts) April 2, 2026
the AI search engine that millions switched to specifically to escape Google's tracking is now accused of sending your private AI conversations directly to Meta and Google
in real time , even in incognito mode .
the news is also on pplx too… pic.twitter.com/ktz0a8oUz4
Face aux accusations, Perplexity affirme ne pas avoir été formellement notifié de la plainte. Meta, quant à lui, est déjà familier de ce type de controverses. L’entreprise a été impliquée dans plusieurs affaires liées à l’usage de ses technologies de suivi.
De son côté, Google rappelle que chaque entreprise est responsable de la manière dont elle collecte et informe sur les données utilisateurs. Le géant précise également que les données envoyées à Google Analytics ne permettent pas, par défaut, d’identifier directement les individus. Cette nuance est importante, mais elle ne répond pas entièrement à la question du transfert initial.
Le recours collectif vise donc tous les utilisateurs ayant utilisé Perplexity entre décembre 2022 et février 2026. A l’exception des abonnés payants, puisque ces derniers sont exclus pour des raisons juridiques liées au profil du plaignant.
Pour les montants, chaque infraction pourrait donner lieu à plus de 5 000 dollars de dommages-intérêts. Avec des millions de conversations concernées, la facture pourrait atteindre des sommets. Au-delà de l’aspect financier, l’objectif est aussi d’obtenir une injonction pour stopper ces pratiques.
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