Après avoir clairement affiché sa volonté de placer l’IA au cœur de sa stratégie de recherche, Takeda Pharmaceuticals passe à l’action. Le groupe pharmaceutique japonais a conclu un accord pluriannuel avec Iambic Therapeutics.
Le but de Takeda Pharmaceuticals est d’accélérer plusieurs programmes de développement de petites molécules. Les premiers travaux cibleront notamment des aires thérapeutiques majeures comme l’oncologie, la gastro-entérologie et les maladies inflammatoires.
Cet accord se distingue par le modèle d’Iambic basé sur la licence de ses logiciels et plateformes de découverte. Celles-ci reposent sur un cycle rapide de « conception, production, test et analyse », censé raccourcir les délais de développement.
En explorant de nouvelles modalités chimiques, y compris pour des cibles réputées difficiles, la technologie d’Iambic vise à élargir significativement le champ des candidats médicaments exploitables.
Takeda & Iambic : les détails de l’accord
Ce partenariat permettra à Takeda de s’appuyer sur les modèles avancés de découverte de médicaments par IA d’Iambic. Il inclut également l’accès à NeuralPLexer, le modèle génératif du groupe, conçu pour prédire les interactions complexes entre protéines et ligands.
Le partenariat prévoit des paiements initiaux couvrant les frais de recherche et l’accès aux technologies. Cependant, les montants précis n’ont pas été rendus publics. À cela s’ajoutent des paiements conditionnés à l’atteinte de jalons scientifiques et commerciaux.
Cela pourrait faire grimper la valeur totale de l’accord au-delà de 1,7 milliard de dollars, selon le communiqué publié le 9 février. Par son ampleur, cette transaction figure déjà parmi les plus importantes jamais conclues dans le domaine de la découverte de médicaments assistée par l’IA.
Elle vient aussi renforcer le portefeuille de partenariats d’Iambic. Elle qui collabore déjà avec des acteurs comme Revolution Medicines, Jazz Pharmaceuticals et Lundbeck.
Enfin, Iambic bénéficiera également de redevances calculées sur les ventes nettes des produits qui découleront de cette collaboration.
Pourquoi un tel partenariat maintenant ?
Eh bien, l’industrie pharmaceutique arrive à un point de tension très concret. Les coûts de recherche explosent, les délais s’allongent et le taux d’échec reste élevé. En particulier pour les petites molécules ciblant des mécanismes complexes.
Dans ce contexte, l’IA n’est plus perçue comme un outil expérimental, mais comme une solution capable de faire gagner du temps. Et Takeda, comme d’autres grands laboratoires, cherche des leviers immédiats pour améliorer la productivité de sa R&D sans repartir de zéro.
Du côté technologique, les plateformes d’IA ont aussi franchi un cap. Les modèles génératifs utilisés pour la prédiction des interactions protéine-ligand sont devenus suffisamment matures pour produire des résultats exploitables en conditions réelles.
NeuralPLexer en est la preuve, avec ses performances qui permettent enfin d’intégrer ces outils directement dans les pipelines industriels.
Mis à part cela, il y a aussi la question de la concurrence. Voyez-vous, les grands groupes pharmaceutiques savent que ceux qui intégreront l’IA le plus tôt prendront une longueur d’avance sur les cibles difficiles et les nouvelles modalités chimiques.
En s’engageant maintenant donc, Takeda sécurise un accès stratégique à une technologie clé. Ce, tout en limitant son exposition au risque grâce à un modèle de paiements conditionnels. Malgré cela, ce n’est pas encore gagné pour Takeda.
Les implications pour les équipes internes de Takeda
Quand une entreprise comme Takeda adopte massivement l’IA, ce n’est pas seulement un choix technologique. C’est une mutation culturelle et opérationnelle.
Aujourd’hui, selon une enquête, environ 69 % des laboratoires pharmaceutiques intègrent déjà l’IA dans leurs processus de découverte de médicaments. Et la majorité investit dans ces outils pour rester compétitive.
Cependant, dans le monde de la R&D chimique, une autre enquête montre que 67 % des décideurs sont insatisfaits de la mise en œuvre de l’IA. Souvent parce que les outils avancés ne s’intègrent pas facilement aux pratiques scientifiques existantes.
Cette frustration découle moins d’un manque de potentiel que d’un décalage entre les attentes et la réalité du terrain. La complexité des données scientifiques et des processus empêche des résultats immédiats.
Un autre défi identifié est le scepticisme des chercheurs. Même les modèles avancés peuvent produire des résultats qui semblent plausibles mais ne respectent pas des principes chimiques établis. Ce qui peut éroder la confiance des équipes expérimentées.
Dans ce contexte, Takeda devra probablement repenser sa structure interne en créant des postes hybrides “scientifique + data scientist” et en renforçant la culture commune autour de l’IA. Car sans cette évolution, même les meilleures technologies risquent de rester sous‑exploitées.
On parle peu de l’IA dans la découverte de médicaments sans évoquer la régulation
En effet. Takeda pourrait donc se retrouver face à des défis liés à la validation des molécules générées par IA. Inutile de vous dire que cela risque de freiner, de retarder ou même de faire échouer des projets
Par exemple, les plateformes comme NeuralPLexer promettent de prédire des molécules à la vitesse de l’éclair. Toutefois, les régulateurs tels que la FDA (États‑Un) ou l’EMA (Europe) exigent toujours une explication claire de pourquoi et comment une molécule est choisie.
Ce point devient particulièrement critique lorsque les modèles sont très performants mais opaques, ces fameuses « boîtes noires ». Si une entreprise ne peut pas justifier scientifiquement les décisions de l’IA dans un dossier d’enregistrement, l’agence peut demander davantage de preuves expérimentales.
Voilà comment la régulation pourrait ralentir considérablement le processus. Et croyez-le, ce n’est pas qu’une hypothèse. Plusieurs acteurs du secteur ont déjà vu des échéances glisser.
Isomorphic Labs, la filiale IA de Google DeepMind, par exemple, a annoncé en janvier 2026 un report de ses premiers essais cliniques IA de 2025 à fin 2026 selon Reuters. Devinez pourquoi. Précisément parce que la transition du labo à la clinique s’est avérée plus lente que prévu.
- Partager l'article :
