Saviez-vous que les services de robotaxis réalisent déjà plus de 250 000 courses payantes chaque semaine dans certaines villes américaines? Cette statistique illustre une accélération technologique importante, où les États-Unis et la Chine mènent une course effrénée. L’Europe, quant à elle, adopte une approche plus mesurée face à cette révolution de la mobilité autonome.
Pour ceux qui n’en ont jamais entendu parler, les robotaxis sont des véhicules autonomes conçus pour transporter des passagers sans conducteur humain à bord. Équipés de capteurs LiDAR, de caméras, de radars et d’intelligence artificielle embarquée, ils analysent leur environnement en temps réel et prennent des décisions de conduite de manière totalement automatisée. Ces taxis nouvelle génération fonctionnent sur des trajets définis ou en service à la demande, comme les plateformes de ride-hailing. Ils visent à réduire les coûts de transport, améliorer la sécurité routière et fluidifier la circulation urbaine. Plusieurs acteurs clés testent déjà ces services dans des villes pilotes aux États-Unis, en Europe et en Asie.
Waymo, leader du marché américain des robotaxis
La startup Waymo, la filiale d’Alphabet, domine clairement le marché nord-américain. Ses services sont pleinement opérationnels et ouverts au public à Phoenix et San Francisco. L’entreprise utilise une flotte de véhicules électriques autonomes Jaguar I-PACE. La demande des utilisateurs est exceptionnellement forte. À San Francisco, la liste d’attente a atteint 300 000 personnes avant l’ouverture complète du service.
L’entreprise connaît une croissance exponentielle de ses opérations. En avril 2025, Waymo a atteint 250 000 courses payantes par semaine. Ce chiffre représente une multiplication par vingt-cinq en moins de deux ans. Le service s’étend désormais à Los Angeles et Austin, qui sont en phase de croissance initiale. Des tests sont également en cours pour des lancements futurs à Miami et Atlanta, sur la côte est américaine.
Waymo teste délibérément sa technologie dans des environnements complexes. La ville de New York est devenue un laboratoire clé pour l’entreprise. Une flotte limitée à huit véhicules y circule sous la supervision constante d’un opérateur humain. Ces essais à Manhattan et Brooklyn démontrent la confiance de Waymo dans la robustesse de son système de conduite autonome.
Les indicateurs financiers et opérationnels confirment cette avance stratégique. Les revenus de Waymo devraient passer de 125 millions de dollars en 2024 à plus de 1,3 milliard de dollars d’ici 2027. Fin 2024, la flotte avait déjà parcouru plus de 50 millions de miles en mode rider-only, c’est-à-dire sans personne au volant. Cette expérience variée et richement fournie constitue un avantage compétitif important.
La course s’intensifie avec quelques dérapages
Zoox, une filiale du géant de la tech Amazon, a récemment lancé son service à Las Vegas. L’entreprise se distingue par son véhicule sur mesure, conçu sans volant ni pédales. Cet habitacle peut accueillir quatre passagers en vis-à-vis. Pour l’instant, les trajets sont gratuits pour le public. Zoox attend les autorisations réglementaires pour commencer à facturer ses courses.
Pour sa part, Tesla a adopté une stratégie différente avec un lancement à échelle réduite à Austin. Ce service, initialement sur invitation, utilise des véhicules Model Y. L’approche technologique de la firme d’Elon Musk repose sur un système vision-only. L’entreprise américaine a récemment lancé une application publique avec une liste d’attente. Ce lancement signale une transition vers une phase de commercialisation plus large.
L’équipe d’Elon Musk cherche aussi à intégrer les robotaxis Tesla dans les infrastructures de transport clés. L’entreprise a déposé des demandes d’approbation pour opérer dans trois aéroports de la Silicon Valley. Il s’agit des aéroports de San Francisco, San Jose et Oakland. Cette initiative ambitieuse fait face à d’importants défis réglementaires et de sécurité.
Le parcours de Cruise, filiale de General Motors, sert d’avertissement. Un grave incident de sécurité en octobre 2023 a entraîné la suspension de ses permis. En février 2025, GM a confirmé l’arrêt définitif du service. Cette défaillance spectaculaire souligne que la confiance réglementaire et publique reste un enjeu capital pour tous les acteurs du secteur.
L’ascension de la Chine et ses ambitions mondiales
La Chine domine le déploiement mondial des robotaxis en termes de couverture géographique. Des services commerciaux sont actifs dans plus de quinze grandes villes chinoises. Cette expansion rapide est soutenue par un cadre réglementaire national très favorable. Les autorités chinoises encouragent activement les tests et la commercialisation à grande échelle. Cette approche contraste fortement avec la prudence observée en Occident. Pour en savoir davantage, lisez l’article : Wuhan après le Covid : l’ère des robots taxis.
Apollo Go, le service de Baidu, est le principal concurrent de Waymo à l’échelle mondiale. L’entreprise a réalisé plus de 2,2 millions de courses entièrement autonomes au deuxième trimestre 2025. Son service est disponible dans au moins dix métropoles, dont Pékin, Shanghai et Shenzhen. Le volume des opérations de Baidu démontre une maturité technologique et une capacité de déploiement impressionnantes.
Baidu a choisi des partenariats stratégiques pour son expansion internationale. L’entreprise a signé des accords avec des plateformes de VTC bien établies. Un partenariat avec Uber vise à déployer des milliers de véhicules en Asie et au Moyen-Orient. Un autre accord avec Lyft cible les marchés européens, en commençant par l’Allemagne et le Royaume-Uni.
L’empreinte mondiale de Baidu continue de s’étendre avec des projets pilotes actifs. Des tests sont en cours à Dubaï et à Abu Dhabi. L’entreprise a également mené des essais approfondis à Hong Kong. Ce territoire est son premier marché de conduite à droite. L’expérience acquise y est essentielle pour préparer son entrée sur d’autres marchés internationaux.
L’Europe, un déploiement plus prudent et fragmenté
L’Europe aborde la mobilité autonome de manière plus méthodique. Le principal défi reste le cadre réglementaire fragmenté du continent. Les règles varient considérablement d’un État membre de l’UE à l’autre. Cette hétérogénéité ralentit les déploiements commerciaux à grande échelle. Les entreprises doivent naviguer dans un environnement juridique complexe et incertain.
Pionnier de l’industrie automobile, l’Allemagne se positionne comme un terrain d’expérimentation central. Uber prévoit de lancer des essais à Munich en 2026 en partenariat avec la société Momenta. Ces tests débuteront avec des conducteurs de sécurité à bord. Ils nécessiteront une certification gouvernementale pour opérer dans des zones géographiques prédéfinies. Le solide écosystème automobile de la ville en fait un lieu de choix.
D’autres programmes pilotes émergent sur le continent. WeRide mène un projet de navette autonome à l’aéroport de Zurich. L’entreprise collabore aussi avec le groupe Renault-Nissan pour un service à Valence, en France. De son côté, Baidu a choisi la Suisse pour son premier projet pilote européen. Les essais débuteront fin 2025 et cibleront les zones rurales autour de Zurich.
Le Royaume-Uni suit une voie distincte et plus unifiée. Le pays a adopté l’Automated Vehicles (AV) Act en 2024. Cette loi crée un cadre juridique clair pour les véhicules sans conducteur. Elle ouvre la voie à leur circulation sur les autoroutes britanniques d’ici 2026. Des entreprises comme Uber et Wayve préparent déjà des essais à Londres.
La divergence technologique profite aux robotaxis
La plupart des leaders du secteur, comme Waymo et Baidu, utilisent une approche de fusion de capteurs. Leurs systèmes combinent les données de plusieurs types de capteurs pour percevoir l’environnement. Un véhicule Waymo est équipé de 29 caméras, 5 capteurs Lidar et 6 radars. Cette redondance matérielle vise à garantir une perception fiable dans toutes les conditions.
Le Lidar, ou Light Detection and Ranging, joue un rôle central dans cette architecture. Cette technologie utilise des impulsions laser pour mesurer les distances avec une grande précision. Elle génère un nuage de points tridimensionnel qui modélise l’environnement du véhicule. Ses partisans le considèrent indispensable pour une perception de la profondeur robuste, surtout la nuit.
Leader des voitures électriques, Tesla se démarque radicalement avec son approche vision-only. L’entreprise parie sur la capacité de ses huit caméras et de son intelligence artificielle. Elle estime que le Lidar est une « béquille » coûteuse et non nécessaire à la résolution de la conduite autonome. Cette stratégie repose sur l’analyse de vastes ensembles de données vidéo collectées par sa flotte de véhicules grand public.
Cette opposition technologique représente une division stratégique fondamentale. L’approche basée sur le Lidar est jugée plus sûre à court terme. Cependant, elle est plus coûteuse et exige une cartographie HD méticuleuse de chaque nouvelle ville. La stratégie de Tesla, si elle réussit, pourrait être plus évolutive et moins chère à déployer. Elle place toutefois une charge immense sur le logiciel pour interpréter le monde sans données de profondeur directes.
Les robotaxis en quelques chiffres clés
- 250 000 courses hebdomadaires sont actuellement réalisées par Waymo sur le territoire américain, avec des déploiements prévus à Miami et Atlanta dès 2026.
- 2027 est l’échéance annoncée par General Motors pour le redémarrage de Cruise, après l’arrêt complet de ses activités en 2025 suite à des incidents de sécurité.
- 2026 marquera le début des tests aéroportuaires de Tesla dans la Silicon Valley, avec son réseau de Model Y équipées de la technologie FSD.
- 500 000 courses quotidiennes sont visées par Baidu Apollo Go d’ici 2026 en Chine, soit plus du double de la capacité actuelle de Waymo.
- 3 000 véhicules Zeekr seront déployés par Geely en Arabie Saoudite dès 2025, représentant l’une des plus importantes flottes robotaxis au Moyen-Orient.
- 10 nouvelles métropoles asiatiques accueilleront des robotaxis BYD d’ici 2027, dans le cadre d’un programme d’expansion régional ambitieux.
- 2026 verra Mercedes-Benz tester ses S-Class autonomes à Munich, tandis que Volkswagen préparera 2 000 ID.Buzz autonomes pour 2027.
- 50 000 robotaxis seront opérationnels dans le monde d’ici fin 2025, selon les projections actuelles des constructeurs automobiles.
- 500 000 véhicules autonomes sont ciblés pour 2028 au niveau mondial, avec un investissement de 5 milliards de dollars de Hyundai-Kia dans son programme Motional.
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