Aux États-Unis, des centaines d’artistes, musiciens et écrivains tirent la sonnette d’alarme devant une industrie qui entraîne ses modèles d’IA sur des œuvres protégées, sans autorisation ni rémunération.
Derrière les promesses technologiques et les démos spectaculaires de l’IA, une communauté créative se sent pillée, ignorée et menacée. Le 22 janvier 2026, des centaines d’artistes, d’auteurs et de figures de la culture américaine ont donc décidé de hausser le ton.
Cette campagne est lancée par la Human Artistry Campaign. Elle sonne ainsi comme un dernier avertissement devant ce que ses signataires qualifient de remplacement progressif de l’art humain par des copies IA. Ces dernières qui sont entraînées sur des œuvres utilisées sans autorisation.
Le cri d’alarme collectif « Le vol n’est pas l’innovation »
La Human Artistry Campaign est une coalition fondée en 2023 par la Recording Industry Association of America et la National Music Publishers’ Association. Et, ici, elle accuse certaines des plus grandes entreprises technologiques mondiales. Selon elle, ces acteurs se livrent à une collecte illégale d’œuvres protégées par le droit d’auteur. Cela pour entraîner leurs modèles d’IA générative.
Peintres, musiciens, écrivains, scénaristes ou journalistes… l’IA n’épargne personne. La campagne parle même de pillage massif de contenus créatifs, réalisé sans consentement ni rémunération. Et nous voyons tous combien l’IA de nouvelle génération commence à dominer. Selon les organisateurs, cette pratique met directement en péril l’emploi, la croissance économique et aussi le rayonnement international des industries créatives américaines.
La conseillère scientifique de la campagne, la Dr Moiya McTier, affirme que l’innovation ne peut exister sans motivation humaine. Exploiter le travail d’artistes pour générer des milliards de dollars, tout en détruisant leurs carrières, n’a rien de progressiste. C’est juste une impasse.
We're not anti-tech, we're anti-theft. If the future of “innovation” depends on stealing creators’ work without asking or paying, that’s not progress – it's stealing, and we shouldn’t accept it. #StealingIsntInnovation pic.twitter.com/vb6UpgeJwL
— Human Artistry Campaign (@human_artistry) January 22, 2026
L’IA nourrit la désinformation et s’auto-détruit
Au-delà de la question des droits d’auteur, la campagne alerte sur le risque d’un écosystème informationnel saturé de contenus artificiels de mauvaise qualité. Deepfakes, fausses informations, œuvres sans âme… Les créateurs parlent de « résidus d’IA ». En plus, ce bruit numérique pourrait finir par affaiblir les modèles eux-mêmes.
En pillant la création humaine, l’IA se prive progressivement de sa meilleure matière première. Ainsi, les modèles sont entraînés sur des copies de copies, de moins en moins fiables, et cela menace à terme la compétitivité et même la suprématie américaine en matière d’IA.
Pour éviter ce scénario, la Human Artistry Campaign défend une voie claire. Notamment, les licences obligatoires, cadre réglementaire strict et droit explicite des créateurs de refuser l’entraînement de leurs œuvres. Cette approche permettrait de concilier innovation technologique et respect du travail humain.
Procès, accords et précédents historiques, le vent tourne
Depuis plusieurs mois, les actions en justice contre les entreprises d’IA se multiplient. L’affaire la plus marquante reste le règlement historique Bartz contre Anthropic, conclu en septembre 2025. La société a accepté de verser 1,5 milliard de dollars à des auteurs. Et elle a accusé Anthropic d’avoir entraîné son chatbot Claude à partir de livres piratés issus de bases comme Books3 ou Library Genesis.
Savez-vous que ce jugement est le plus important jamais rendu en matière de violation du droit d’auteur ? Et il a créé un énorme précédent. Par ailleurs, une plainte collective similaire a déjà visé Apple, l’accusant d’avoir utilisé des ouvrages piratés pour entraîner Apple Intelligence.
L’industrie musicale montre également qu’une autre voie est possible. Udio, poursuivie aux côtés de Suno, a conclu plusieurs accords de licence avec Universal Music Group, Warner Music Group et Merlin. Les artistes participants sont donc rémunérés, les droits respectés, et l’innovation continue. C’est une preuve que les licences ne sont ni irréalistes ni incompatibles avec l’IA.
Jessica Jung is among the signees in the "Stealing Isn't Innovation" campaign from the Human Artistry Campaign @human_artistry
— Jeff Benjamin (@Jeff__Benjamin) January 22, 2026
More than 700 celebrity supporters are behind it including Scarlett Johansson, Cate Blanchett, Chaka Kahn, Jennifer Aniston, Ryan Tedder and Tayla Parx pic.twitter.com/DnNz43duKP
Soutenue par plus de 700 créateurs (dont Cyndi Lauper, Scarlett Johansson, Jessica Jung, Cate Blanchett, Jennifer Aniston, Jodi Picoult) la campagne déploie aujourd’hui une grande stratégie sur les réseaux sociaux et dans les médias traditionnels. Car sacrifier les créateurs sur l’autel de l’IA, c’est condamner l’art lui-même. Et sans art humain, que restera-t-il à imiter ?
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