Aux États-Unis, la chasse aux contenus pour adultes prend une tournure inattendue et alarmante, et elle vise l’un des meilleurs outils de protection de la vie privée en ligne : le VPN.
Ces lois, initialement pensées pour contrôler l’accès aux sites adultes via la vérification d’âge, s’attaquent désormais aux VPN qui permettent de contourner ces dispositifs. Des États comme le Wisconsin et le Michigan sont en première ligne avec des projets de loi radicaux.
Le législateur se casse les dents sur le VPN
Le Wisconsin a lancé les hostilités avec son projet de loi A.B. 105/S.B. 130, déjà validé par l’Assemblée de l’État. Ce texte, actuellement au Sénat, exige que les sites web bloquent les utilisateurs connectés via un VPN provenant du Wisconsin.
Comme vous le savez, l’essence même du VPN est de faire transiter votre trafic par un serveur tiers. Et cela en masquant votre localisation réelle. Le site web visé ne voit que l’adresse IP de ce serveur. Et non pas si vous vous connectez depuis Milwaukee, Détroit ou Mumbai. Les lois réclament donc une action que la technologie rend irréalisable.
This is digital tyranny.
— James Burnett (@jamesburnettusa) November 15, 2025
It's like blaming guns for gun violence and then punishing law abiding citizens with a gun ban.
They are so anti-privacy that they're even making it possible to snitch on your neighbors for using a VPN.
HIB-4938 will instruct Michigan Internet service… pic.twitter.com/TNF7iiAmxF
L’EFF (Electronic Frontier Foundation), le chevalier blanc de la vie privée en ligne, a tiré la sonnette d’alarme. Apparemment, ces sites n’auraient d’autre choix que d’arrêter leurs activités dans le Wisconsin. Ou, plus radical encore, de bloquer tous les utilisateurs de VPN de la planète.
Une seule loi d’État pourrait ainsi paralyser l’accès à ces outils essentiels à l’échelle mondiale. Et cela causera des dégâts bien supérieurs aux bénéfices théoriques.
L’impact sur la sécurité et la vie privée en France
Même si ces lois sont américaines, l’impact est global. Et pour cause, sans VPN, vous serez ainsi contraint(e) de prouver votre âge en transmettant des informations personnelles sensibles (pièces d’identité, données biométriques, infos bancaires) directement à des sites web, sans chiffrement ni protection pour votre vie privée.
L’EFF est très clair, c’est donc la porte ouverte aux piratages. Vos informations se retrouveraient liées aux sites que vous avez visités, attendant patiemment la fuite de données inévitable. On connaît déjà la fin de cette histoire, et les conséquences sont considérables.
Mais au-delà des sites adultes, la définition du « contenu nuisible aux mineurs » s’élargit dangereusement, comme dans le Michigan avec le projet de loi HB 4938. Cette formulation pourrait englober une bonne partie du web. Notamment, les réseaux sociaux, mais aussi les sites d’éducation sexuelle, les ressources de santé LGBTQ+ ou sur la santé reproductive…
Et on ne parle même pas des victimes collatérales, comme les télétravailleurs qui dépendent des VPN pour sécuriser les données de leur entreprise, les journalistes pour protéger leurs sources, les victimes de violences conjugales pour masquer leur localisation, ou encore les étudiants et aussi les chercheurs des universités (comme Wisconsin-Madison) qui utilisent ces réseaux pour sécuriser leurs travaux. Le VPN outre d’être un outil de contournement, c’est un bouclier numérique indispensable.
Alors, ces tentatives d’interdiction du VPN vont-elles traverser l’Atlantique et arriver en France ? Pour l’instant, les lois américaines révèlent surtout un manque flagrant de culture numérique chez certains législateurs. Toutefois, il est important de rester vigilant et de défendre coûte que coûte cet outil qui garantit notre liberté et notre sécurité en ligne.
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