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CharIA : l’Iran va détecter les femmes sans voile via l’IA

L’Iran prévoit d’utiliser l’IA et la reconnaissance faciale pour détecter automatiquement les femmes ne portant pas de voile, les identifier et les condamner. Selon de nombreux activistes, cette technologie est déjà utilisée pour reconnaître les femmes participant aux manifestations liées au meurtre de Jina Mahsa Amini…

L’intelligence artificielle ouvre la porte du futur. Les outils tels que le DALL-E, MidJourney ou le chatbot ChatGPT libèrent la créativité, et à long terme, l’IA pourrait même libérer l’humain du travail grâce à l’automatisation.

Malheureusement, dans certains pays, la technologie est exploitée pour entretenir des traditions moyen-âgeuses et archaïques. C’est le cas de l’Iran, qui compte utiliser la reconnaissance faciale pour détecter et condamner les femmes sans voile islamique.

En 2022, les législateurs iraniens ont proposé d’utiliser cette innovation pour surveiller le port du hijab. En septembre, le chef d’une agence gouvernementale chargée d’appliquer la « loi de moralité » a confirmé qu’elle serait utilisée pour « identifier les mouvements inappropriés et inhabituels »… notamment « l’échec à respecter les lois du hijab ».

Les femmes ne portant pas leur voile pourront être identifiées, grâce à la comparaison de leur visage sur une base de données. Elles recevront ensuite une amende, ou seront directement interpellées à domicile.

Quand la police rend visite aux manifestantes

Deux semaines après cette annonce, une jeune femme kurde de 22 ans dénommée Jina Mahsa Amini est décédée après avoir été embarquée par la police de la moralité pour ne pas avoir assez serré son voile.

Cette tragédie a provoqué une vague de manifestations historique dans tout le pays pour protester contre règles vestimentaires imposées aux femmes. Plus de 19 000 arrestations et 500 morts s’en sont suivies.

Or, selon de nombreuses personnes suivant la crise de près, dont l’activiste anti-voile Shaparak Shajarizadeh réfugiée au Canada depuis 2018, cette vague d’arrestations présente d’inquiétantes anomalies

De nombreuses personnes n’ont pas été arrêtées directement dans les rues, mais deux ou trois jours plus tard, chez elles. Or, même s’il est possible que ces femmes aient été identifiées par d’autres moyens, tout porte à croire que la reconnaissance faciale est déjà en exploitation.

En outre, selon la chercheuse Mahsa Alimardani de l’Université d’Oxford, le bruit court que des femmes iraniennes ont reçu des courriers des autorités pour avoir enfreint la loi du hijab sans avoir eu d’interaction avec la police auparavant.

L’Iran, dictature islamique high-tech

Si ces rumeurs sont vraies, il s’agirait de la première fois qu’un gouvernement utilise la reconnaissance faciale pour imposer une loi vestimentaire aux femmes en se basant sur une croyance religieuse.

De nombreux régimes autoritaires souhaitent exploiter la reconnaissance faciale pour lutter contre les dissidents, mais la plupart ne possèdent pas l’infrastructure requise. Or, l’Iran est des seuls pays ayant à la fois la volonté gouvernementale et la capacité technique.

La reconnaissance faciale est déjà utilisée par de nombreuses branches du gouvernement iranien. Depuis 2020, cette technologie est utilisée pour envoyer des amendes et des SMS d’avertissement aux femmes ne portant pas de hijab dans leur véhicule.

Pour Mahsa Alimardani, il n’y a pas de doute à avoir : au fil des dernières années, le gouvernement iranien a secrètement développé un vaste dispositif de surveillance numérique. La base de données nationale d’identité, créée en 2015, inclut des données biométriques dont les scans faciaux. Elle est utilisée pour les cartes d’identité, et pour identifier les dissidents.

Une technologie fournie par la Chine

La reconnaissance faciale utilisée par l’Iran est fournie par l’entreprise chinoise Tiandy, spécialisée dans l’IA et les caméras de surveillance. Ses contrats avec l’Iran furent dévoilés en décembre 2021 par un rapport de l’entreprise IPVM.

Si Tiandy est l’un des plus grands fabricants de caméras dans le monde, ses ventes sont principalement en Chine. La firme a toutefois perçu l’Iran comme une opportunité d’expansion.

Selon IPVM, le site web de Tiandy Iran listait temporairement le Corps des gardiens de la révolution islamique, la police et une organisation de travail pénitentiaire gouvernementale parmi ses clients.

En décembre 2022, le Department of Commerce des États-Unis a sanctionné Tiandy, citant son rôle dans la répression des musulmans ouïgours en Chine et la fourniture de technologies américaines à l’Iran. Une belle illustration de l’expression « manger à tous les râteliers »

Une régression sociale accélérée par l’IA

Il y a plusieurs décennies, en vue d’une modernisation du pays, la loi iranienne imposait aux femmes de retirer leurs voiles. Les policiers pouvaient même les y obliger. C’est en 1979 que le port du Hijab est devenu obligatoire, lorsque le pays est devenu une théocratie.

En août 2022, le président Ebrahim Raisi a introduit de nouvelles règles de chasteté. Désormais, les femmes ne respectant pas ces lois peuvent perdre l’accès aux banques, aux transports publics et autres services essentiels.

Les récidivistes peuvent passer plusieurs années en prison ou dans des « écoles de moralité ». Il est malheureux de constater que l’Iran recule, et exploite maintenant la technologie de pointe pour régresser encore plus vite…

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