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Etalab : Laure Lucchesi sensibilise l’administration à l’open data

Laure Lucchesi est directrice de la mission Etalab nous explique les tenants et les aboutissants de l’open data selon l’Etat français.

L’Open data est une belle promesse, mais il faut disposer des forces nécessaires pour rendre accessible les données publiques. Aux États-Unis, sous l’autorité Obama, c’est le projet data.gouv.fr qui a été le fer-de-lance de l’ouverture et de la gouvernance des données. En France, cette tâche est réservée depuis 2011 à la mission Etalab. Nous avons rencontré Laure Lucchesi, la directrice actuelle de cette mission interministérielle. Lors de cet entretien, elle nous dévoile le fonctionnement de la mission Etalab.

etalab laure lucchesi

Bonjour Laure Lucchesi, pouvez-vous nous expliquer ce qu’est Etalab ?

Bonjour, je suis la directrice d’Etalab. Etalab, il s’agit d’une mission interministérielle rattachée au cabinet du Premier ministre qui contribue à moderniser l’action publique. C’est pour cela que nous sommes au sein du secrétariat général pour la modernisation de l’action publique (SGMAP). Le cœur de mission d’Etalab consiste à contribuer à la transformation numérique de l’Etat, c’est pour cette raison que nous faisons plus particulièrement partie d’une des deux branches du SGMAP qui est la DINSIC, la direction interministérielle du numérique et des systèmes d’informations et de communication de l’État.

Pour accomplir cette mission, nous avons deux grands axes. Le premier vise à rendre l’action publique plus ouverte, plus transparente, plus participative, plus collaborative, plus ouverte également à des talents nouveaux et en particulier en provenance du numérique, comme les développeurs ou les data scientists. Le deuxième axe vise à la transparence de l’action publique par la donnée. Il s’agit donc de faire en sorte que les données qui sont produites par les systèmes d’information de l’État soient le plus partagées possible – c’est la politique d’Open Data – mais aussi, et ce volet est plus récent, que ces données soient davantage utilisées par les administrations pour que l’État puisse prendre de meilleures décisions, mieux piloter son action.

Ce volet est sous la responsabilité de l’administrateur général des données, une fonction créée en 2014 qui correspond au rôle de Chief Data Officer de l’État. Henri Verdier, aussi directeur du DINSIC incarne cette fonction, mais c’est Etalab qui contribue à conduire ces missions-là. Cela veut dire que nous œuvrons à une meilleure circulation des données entre administrations et amenons la culture des data science pour mieux évaluer les politiques publiques et travailler plus globalement à la gouvernance des données.

En fin de compte, Etalab est un peu le fer de lance de la culture de l’innovation et du numérique au sein de l’État.

Pouvez-vous détailler votre rôle au sein d’ Etalab ? Celui de vos équipes ?

Je dirige Etalab, je définis à la fois les grandes orientations et notre feuille de route pour l’année à venir en adéquation avec les directives du gouvernement et du Premier ministre. Mon équipe rassemble 17 personnes employées par l’administration, des apprentis et nous travaillons également avec des partenaires extérieures, ainsi que des développeurs free-lances qui viennent nous renforcer dans la conduite de certains projets.

Ce qui est intéressant c’est que cette équipe rassemble des profils assez différents de ceux que l’on retrouve plus classiquement dans les administrations. Les deux tiers de l’équipe ont des profils techniques : ils sont développeurs, codeurs, spécialisés en Business Intelligence ou encore data scientists. Les autres proviennent de formations sciences politiques, qui ont souvent des formations complémentaires en sciences sociales, nous travaillons aussi avec des sociologues ou encore des géomètres. Il s’agit vraiment d’une équipe pluridisciplinaire. Il y a peu de fonctionnaires et beaucoup de gens de l’extérieur, mais cela justement qui fait la richesse de cette équipe. Cela amène un changement culturel au sein des administrations.

Quels sont les modes d’action de la mission ?

plateforme etalab

Pour ce qui est de nos de méthodes de travail, nous avons une palette de modes d’actions. Etalab est un service du Premier ministre, donc nous avons ce premier rôle de coordination et d’accompagnement interministériel. Nous exerçons l’autorité du chef du gouvernement, notamment autour des questions de gouvernance et d’accès aux données. Nous avons contribué à la loi République numérique l’an dernier, et nous intervenons sur certaines dispositions législatives et réglementaires. Nous traitons majoritairement des questions d’ouverture des données et de transparence de l’action publique.

Dans ce cadre, nous avons un rôle de conseil auprès des administrations publiques et assurons le suivi des engagements qui sont pris pour une action publique plus transparente et plus collaborative. Ce rôle de conseil, nous l’exerçons auprès de l’exécutif autour des questions d’ouverture des données, d’ouverture des codes sources des logiciels ou des sujets nouveaux concernant la transparence des algorithmes.

Auprès des autorités notre expertise nous permet d’exercer un rôle de facilitateur. Nous expliquons, nous formons, nous sensibilisons les administrations. Nous avons, dans le cadre de ce deuxième levier d’action, un véritable rôle de médiation.

Troisième rôle, nous développons des choses par nous-mêmes. Il s’agit d’un ingrédient important de la recette Etalab. Sur certains projets, nous avons des développeurs qui œuvrent à la fabrication de sites, de plateformes, de projets auxquels les administrations peuvent contribuer ou peuvent participer. Cet aspect du “Faire par soi-même” est important, parce que c’est aussi comme cela que l’on est pertinent. D’ailleurs, notre sujet de prédilection qui est l’open data, nous a poussé à acquérir des compétences en interne, à les exploiter afin de pouvoir accompagner au mieux les administrations. Par exemple, nous avons nous-mêmes redéveloppé Data.gouv.fr, la plateforme principale d’Open Data du gouvernement, en 2013. Cela a été l’occasion d’explorer de nouvelles manières de travailler, puisque nous avons fait venir des développeurs formés aux méthodes agiles qui pendant six mois ont itérés sur la plateforme avant qu’elle ouvre en fin d’année 2013. Cela a initié ce qui maintenant existe plus largement au sein de la DINSIC : les startups d’État ou l’incubateur du service numérique. Nous avons été pionniers de cette pratique de l’Agile au sein de l’administration, en itérant très régulièrement en lien avec les utilisateurs.

open fisca outil etalab

Aujourd’hui, l’incubateur développe des services destinés à un ministère ou à un besoin particulier, tandis qu’Etalab travaille plutôt à l’élaboration de communs contributifs, des produits qui servent à plusieurs ministères comme data.gouv.fr, mais aussi OpenFisca, un projet lancé il y a trois ans. Il a débuté par la transcription en langage Python du code des impôts et des lois de finances. L’idée, c’était de pouvoir simuler l’impact des réformes fiscales. Cela a permis la création d’un moteur de micro-simulation dont le code source est ouvert. A celui-ci se greffent des services comme mesaides.gouv.fr qui permet de savoir en répondant à quelques questions à quelle(s) prestation(s) sociale(s) un individu a le droit. Du côté du gouvernement cela permet de simuler un grand nombre de cas et de voir quels impacts peuvent avoir des projets de réformes fiscales.

Concernant nos méthodes au quotidien, nous sommes proches de ce qui fait ailleurs dans l’écosystème numérique. Nous nous servons des post-it ( les murs du bureau de Laura Lucchesi en sont recouverts NDLR), nous faisons des stand-ups meeting, etc. Nous travaillons de manière différente tout en nous insérant dans les codes et les méthodes de travail d’un service du Premier ministre et des administrations.

Faut-il sécuriser les données ouvertes ? Les systèmes ouverts ? Si oui, comment ?

securite etalab

La majorité des données ouvertes et partagées sur data.gouv.fr ne sont pas concernées par les cyberattaques. En revanche, certaines données sont considérées comme des données de référence depuis l’introduction de la loi pour une République numérique. Elles sont très utiles pour les collectivités et les administrations. Comme ce statut particulier l’indique, elles font office de références communes pour ces administrations. Elles doivent donc bénéficier d’un niveau d’accessibilité garantie. Pour que l’économie utilise ces données, il faut que les tiers soient sûrs qu’elles soient fournies avec fiabilité : elles ne doivent pas disparaître, elles doivent être consultables à 99 %. Il y a là un certain niveau de criticité et nous sommes entrain de mettre en place les mécanismes techniques pour s’assurer de leur intégrité. Il ne doit pas être possible de les altérer. Si des informations ouvertes concernent le statut d’une entreprise répondant, un appel d’offres est faussé, si des points de localisations ne sont pas exacts, c’est un pan de l’économie qui en pâtit.

Le dernier point concerne les plateformes et les systèmes d’information eux-mêmes. L’infrastructure en place est descendante, c’est-à-dire que l’on ne peut pas remonter dans le système d’information à partir d’un portail de données ouvertes. Il y a des sécurités qui sont mises en place pour que les plateformes elles-mêmes ne puissent pas être altérées.

Concernant les codes sources des logiciels ouverts, c’est un peu différent. Quand on ouvre un code source, il faut s’assurer qu’il n’y est pas de failles, de vulnérabilités qui sont créées à cause de cette ouverture des licences. Sur ce point, nous travaillons avec l’ANSSI ( Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information) afin de réaliser un audit avant le changement de statut d’un code source.

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