Covid-19 : Pourquoi les chercheurs s’opposent au partage de données ?

Selon les scientifiques de Global-South, la volonté des pays développés à encourager un mouvement de libre accès aux données entrave leur labeur et les prive de leur crédit.

Un bio-ingénieur moléculaire, du nom de Nnaemeka Ndodo raconte ses conditions de travail au sein du Centre nigérian de contrôle des maladies. “J’étais debout toute la nuit dernière” ou encore “Nous ne savons pas samedi, nous ne savons pas dimanche”, décrit-il ses journées au sein du CDC. Alors que celui-ci est chargé de séquencer les génomes des coronavirus, il est aussi amené à analyser puis télécharger les résultats à l’intérieur d’une base de données populaire appelée GISAID. Les utilisateurs de cet outil devront alors se connecter puis être crédités pour y avoir accès. Ndodo n’est pas le seul à procéder ainsi. De nombreux chercheurs qui étudient les mutations du coronavirus SARS-CoV-2 le font.

Les chercheurs des pays riches, favorables au partage de données

Une grande partie des scientifiques vivant dans les pays riches s’opposent à cette pratique. Selon eux, les séquences devraient être partagées sur des bases de données sans aucun contrôle d’accès. Cette initiative permettrait, en effet, de combiner les différentes analyses sur les centaines de milliers de génomes existants. Les données pourront alors circuler de manière transparente et l’on obtiendra des résultats plus rapidement. Cette idée a suscité un grand débat ainsi que l’attention de grands organismes comme la National Institutes of Health des Etats-Unis ou encore la Fondation Bill&Melinda Gates.

En quoi le GISAID intéresse-t-il les chercheurs ?

Un concept qui est, bien sûr, controversé par de nombreux chercheurs résidant dans les pays à ressources limitées. Cette approche serait même assimilée à une sorte d’exploitation. En effet, actuellement, l’utilisation du GISAID alloue plusieurs avantages. Cet outil permet aux utilisateurs finaux, analysant les séquences de reconnaître les individus qui les ont déposées. Il y aurait alors une sorte de collaboration entre les deux parties.

Si les pays à faible revenu s’inquiètent quant à cette proposition de partage de données, c’est surtout par crainte d’une utilisation inéquitable de celles-ci. Rappelons, par ailleurs, que seule une quantité infime soit 0,3 % des vaccins anti COVID-19 ont été envoyés dans les pays en développement. Christian Happi, un microbiologiste du Centre d’excellence africain pour la génomique des maladies infectieuses en Ede au Nigéria affirme : « Imaginez que les Africains travaillent si dur pour contribuer à une base de données utilisée pour fabriquer ou mettre à jour des vaccins, et ensuite nous n’avons pas accès aux vaccins… C’est très démoralisant ».

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