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Le RN accuse Zemmour de stocker les données Reconquête! aux Etats-Unis

Le vice-président du Rassemblement National, David Rachline, accuse Éric Zemmour d’utiliser le logiciel américain NationBuilder pour stocker et gérer les données des adhérents de son parti Reconquête!. Cette critique met en lumière l’importance de la souveraineté des données à l’ère du Big Data…

L’identité nationale repose aussi sur la souveraineté des données. Tout du moins, c’est ce que suggère le tweet accusateur publié par David Rachline.

Le 26 janvier 2022, le maire de Fréjus et vice-président du RN s’en est pris à  » Reconquête! « . Il reproche au parti d’Éric Zemmour d’utiliser le logiciel américain NationBuilder pour gérer les données de ses adhérents, et de stocker ces données aux États-Unis.

Cette critique s’appuie sur un document publié par l’huissier de justice de Reconquête!, visant à confirmer le nombre de 85 809 adhérents au parti. Ce document évoque l’application NationBuilder pour la gestion des adhésions.

Qu’est-ce que NationBuilder ?

Fondée en 2009, NationBuilder est une startup technologique basée à Los Angeles. Elle développe un logiciel de gestion de contenu et gestion de relation client (CRM).

À l’origine, ce logiciel est spécifiquement conçu pour les campagnes politiques et les ONG. Toutefois, la plateforme s’est ensuite étendue à toute organisation tentant de développer une communauté en ligne : artistes, musiciens, restaurants…

Le logiciel utilise les données des adhérents telles que leurs noms et leurs adresses pour permettre aux utilisateurs de centraliser, de construire et de gérer des campagnes. Différents outils de communications sont intégrés et rassemblés sur une même plateforme tels que des sites web, des newsletters, des messageries textuelles et des chaines sur les réseaux sociaux.

En outre, NationBuilder permet de créer rapidement des sites web, des bases de données sur les adhésions, d’envoyer des newsletters ciblées, d’analyser les données en provenance de multiples sources ou de lever des dons.

En combinant des services, canaux et sources de données jadis séparés sur une plateforme unique, NationBuilder est particulièrement attrayant pour les campagnes politiques. Ce logiciel est accessible et simple d’utilisation pour les utilisateurs non techniques, et permet donc aux candidats aux élections de déployer des campagnes rapidement et de recueillir des dons.

Pour l’anecdote, notons que le confondateur Joe Green partageait sa chambre à Harvard avec un certain Mark Zuckerberg… il a toutefois quitté l’entreprise en 2013.

Qui utilise NationBuilder ?

Depuis sa création, NationBuilder a permis de lever 1,2 milliard de dollars. Déjà en 2016, ce logiciel était utilisé pour 40% des élections aux États-Unis. Ceci représentait plus de 4000 campagnes politiques.

La plateforme a joué un rôle dans plusieurs élections publiques en Europe, aux États-Unis et en Nouvelle-Zélande. Parmi ses utilisateurs les plus connus, on peut citer Bernie Sanders, Mitch McConnell, Andrew Yang, Thérésa May, Amnesty International, le NAACP ou encore Donald Trump.

Le premier parti politique à avoir utilisé NationBuilder est le Scottish National Party. Déjà à l’époque, de nombreux journalistes avaient été choqués de  » voir les intentions de vote de millions de personnes dévoilées en détail « .

Ce service a été utilisé lors de l’élection générale de Nouvelle-Zélande en 2017, à la fois par le parti National et par le parti Travailliste.

Aux États-Unis, Donald Trump l’utilisa lors de sa campagne présidentielle de 2016. Il en va de même pour Jill Stein du Green Party, le Républicain Rick Santorum, et les supporters de Bernie Sanders. Toutefois, ce dernier a principalement usé d’une technologie concurrente. Pendant la campagne américaine de 2018, les différentes entités politiques ont payé plus d’un million de dollars pour utiliser NationBuilder.

Au Royaume-Uni, cet outil a eu un impact majeur sur plusieurs élections. Il fut notamment exploité pendant la campagne du Brexit en 2016, par les deux camps. En France, La République en Marche a utilisé NationBuilder en 2017.

Toutefois, l’utilisation d’un tel outil est nettement plus simple aux États-Unis qu’en Europe. Pour cause, le Règlement Général pour la Protection des Données (RGPD) en vigueur dans l’UE depuis 2013 implique de nombreuses contraintes sur le traitement du Big Data…

Qu’est-ce que la souveraineté des données ?

La souveraineté des données est un principe au coeur du RPGD de l’Union européenne. Ce règlement regroupe l’ensemble des normes encadrant le traitement des données à caractère personnel sur le territoire de l’UE.

Il s’articule autour du consentement explicite, de la transparence et de la responsabilité. Toute entreprise ou organisation effectuant le traitement de données personnelles de résidents européens est soumise à ce règlement, qu’elle soit établie dans l’UE ou à l’extérieur.

L’une des raisons d’être du RGPD est de protéger l’Europe contre l’appétit des GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft) pour les données personnelles. En effet, ces géants américains collectent des quantités colossales d’informations sur les citoyens européens et connaissent nos secrets les plus intimes.

Ainsi, la souveraineté des données consiste à protéger la gestion des données à travers l’obéissance aux lois locales. Elle implique d’empêcher l’accès aux organisations ou aux puissances étrangères.

Concrètement, la souveraineté des données dépend principalement du choix de l’hébergeur. Les données stockées sur un Cloud français sont soumises à la législation française et européenne, mais les données stockées sur un Cloud américain dépendent des lois américaines.

Souveraineté des données : le nationalisme numérique ?

Face à l’influence des GAFAM et aux risques de cybersécurité, la souveraineté des données est considérée comme un enjeu majeur et prioritaire par l’Union européenne. L’initiative Gaia-X vise à ériger une infrastructure hautement sécurisée, conforme au RGPD et commercialisable en Europe.

C’est une contre-proposition aux règlementations étrangères jugées inadéquates, à l’instar du Cloud Act américain. Cette loi autorise les autorités américaines à accéder aux données stockées sur les serveurs basés aux États-Unis, sans avoir besoin de l’ordonnance d’un juge. Les Data Centers de fournisseurs américains basés en Europe sont également soumis au Cloud Act.

Ainsi, Gaia-X vise à devenir l’alternative européenne au Cloud Computing d’Amazon Web Services, IBM, Google, Microsoft Azure ou même le géant chinois Alibaba. À travers ce projet, les données seront traitées de manière sécurisée dans des Data Centers européens. Toute fuite de données industrielles ou personnelles vers des acteurs non européens sera impossible.

Le reproche de David Rachline concernait donc le choix d’un service américain pour le stockage et le traitement des données des adhérents à Reconquête!. On peut en effet en déduire qu’Éric Zemmour se soucie peu de la question de la souveraineté des données, tout du moins dans le cadre de sa candidature aux élections présidentielles.

Toutefois, plusieurs internautes ont pointé du doigt le fait que David Rachline publie lui-même son message depuis  » Twitter sur iPhone «  : un réseau social américain sur un smartphone américain. En outre, NationBuilder présente au moins l’avantage d’être réputé fiable et sécurisé. Il n’existe de toute façon pas d’alternative française ou européenne à cette plateforme à l’heure actuelle…

Ce tweet accusateur s’inscrit dans un épineux contexte entre le RN et Reconquête. Au fil des derniers jours, plusieurs cadres du Rassemblement National ont préféré rejoindre le parti d’Éric Zemmour. C’est le cas de Jérôme Rivière, Damien Rieu ou encore Gilbert Collard. Même Marion Maréchal, la célèbre nièce de Marine Le Pen, envisage de changer de camp…

Qu’en pensez-vous ? Faut-il reprocher à Éric Zemmour de faire fi de la souveraineté des données, ou bien les critiques de David Rachline sont-elles injustifiées ?

1 commentaire

  1. Faudrait il encore que le RN fasse le ménage dans ses fichiers. Ancienne adhérente au RN, partie depuis plus de 3 ans, je reçois toujours des messages malgré de multiples demandes de suppression de leurs fichiers. Ils ne respectent donc pas l’article 17 du RGPD « droit à l’oubli numérique » qui permet d’obtenir la suppression de ses données personnelles d’un fichier. Ils ne respectent pas non plus la réglementation sur la gestion des données personnelles qui impose la suppression des données personnelles après 3 ans d’inactivité.
    Les donneurs de leçon devraient un peu plus s’assurer qu’ils se conforment eux-mêmes à la loi.

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