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Clearview AI : l’Ukraine adopte la reconnaissance faciale controversée contre la Russie

Clearview AI a décidé d’offrir son aide à l’Ukraine, en lui permettant d’utiliser gratuitement son logiciel de reconnaissance faciale. Cette technologie pourrait être utilisée pour reconnaître les soldats russes infiltrés, ou pour identifier les défunts sur le champ de bataille. Toutefois, certains experts craignent un grave risque de dérive…

La Russie et l’Ukraine sont lancées dans une guerre totale. Dans ce contexte, toutes les armes sont bonnes à prendre quitte à créer la polémique.

Le samedi 12 mars 2022, le CEO de Clearview AI Hoan Ton-That a annoncé que le ministère de la défense ukrainien a commencé à utiliser sa technologie de reconnaissance faciale. La startup américaine a proposé au gouvernement de l’aider à reconnaître les soldats russes, à combattre la désinformation et à identifier les défunts.

L’Ukraine va pouvoir accéder gratuitement au puissant moteur de recherche de visages de Clearview AI. Les autorités pourront notamment scanner et identifier les personnes tentant de passer les points de contrôle, entre autres cas d’usage.

En outre, selon la lettre adressée par Ton-That, la technologie de Clearview peut aussi aider à réunir les réfugiés séparés de leurs familles. Elle permettra aussi d’identifier les soldats russes, et aider le gouvernement à  » débunker  » la désinformation sur les réseaux sociaux.

On ignore toutefois pour quelle raison précise le ministère de la défense ukrainien compte utiliser cette technologie. D’autres départements du gouvernement ukrainien devraient aussi déployer Clearview dans les jours à venir.

Clearview AI offre gratuitement son aide à l’Ukraine

Selon le CEO de Clearview, l’idée d’une collaboration a pris forme dès l’invasion de l’Ukraine par la Russie. La firme a aussitôt envoyé une lettre à Kiev pour proposer son assistance.

En revanche, Clearview précise ne pas avoir proposé son aide technologique à la Russie. L’entreprise a donc délibérément choisi de prendre position dans le conflit.

De nombreuses entreprises occidentales ont d’ailleurs fait le choix d’aider l’Ukraine en fournissant du matériel informatique, des outils de cybersécurité ou autres formes d’aide. Le ministère de la transformation numérique avait déjà déclaré passer en revue les offres d’entreprises d’IA américaines comme Clearview.

Au contraire, les entreprises occidentales boycottent massivement la Russie. La semaine dernière, Facebook a autorisé les discours de haine contre les Russes et les géants du Cloud ont choisi de quitter le pays.

2 milliards de photos de Russes issues du réseau social VKontakte

Au total, la startup affirme disposer de plus de 2 milliards d’images en provenance du réseau social russe VKontake parmi les 10 milliards de photos de sa base de données.

Cette base de données permettra à l’Ukraine d’identifier les défunts plus facilement. Sans cet outil, le seul recours était d’associer les empreintes digitales. La reconnaissance faciale est une option nettement plus simple, et fonctionne même en cas de dégâts sur le visage.

Auparavant, le moteur de recherche d’image public PimEyes était utilisé pour identifier les individus sur les photos de guerre. Toutefois, les images en provenance de VKontakte constituent une ressource nettement plus complète.

Le réseau social russe ne s’est pas exprimé concernant le  » scraping «  et l’utilisation de ses photos par Clearview. Pour rappel, Facebook avait demandé à la firme de cesser d’exploiter ses données même si elle se contente de télécharger des images accessibles publiquement.

Vers l’exécution d’innocents identifiés par erreur ?

La technologie de reconnaissance faciale suscite la controverse. Alors que les autorités américaines sont la principale clientèle de Clearview, la firme fait face à plusieurs procès aux États-Unis. Elle est accusée de bafouer les droits à la confidentialité en s’emparant d’images sur le web.

Pour se défendre, Clearview affirme que sa collecte de données s’apparente au fonctionnement des recherches Google. Toutefois, plusieurs pays dont le Royaume-Uni et l’Australie qualifient ces pratiques comme illégales. La semaine dernière, l’Italie a infligé une amende RGPD de 20 millions d’euros à Clearview et a ordonné la suppression de toutes les données sur les Italiens.

La fin justifie les moyens, et le conflit en Ukraine constitue une excellente occasion pour Clearview de déployer sa technologie en dépit des critiques. Toutefois, même en période de guerre, les risques de dérives et d’abus liés à la reconnaissance faciale subsistent…

En l’occurrence, certains experts craignent que des personnes soient identifiées à tort aux points de contrôle ou sur le champ de bataille. Une telle confusion pourrait mener à la mort de civils, de la même manière que des innocents ont été arrêtés à tort par la police à cause de Clearview.

Selon le directeur exécutif du Surveillance Technology Oversight Project de New York, Albert Fox Cahn, «  nous allons voir une technologie bien intentionnée se retourner et blesser les personnes qu’elle est supposée aider « .

Toutefois, Ton-That précise que Clearview ne devrait jamais être utilisée comme une source d’identification unique. Il appelle à exploiter sa technologie conformément à la Convention de Genève définissant des standards légaux pour le traitement humain pendant la guerre.

Comme tous les utilisateurs de Clearview AI, les responsables ukrainiens ont reçu une formation pour l’utilisation du logiciel. Ils doivent également renseigner le nombre de cas d’usage et indiquer une raison avant chaque recherche.

Toujours selon Cahn, l’identification des défunts semble être l’une des façons les moins dangereuses de déployer cette technologie en temps de guerre. Toutefois,  » dès lors que les systèmes et les bases de données associées sont introduits sur le champ de bataille, il n’y a plus de contrôle sur la façon dont ils sont utilisés « …

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