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Data center : comment la pénurie de puces informatiques affecte le secteur ?

La pénurie de puces informatiques impacte de nombreuses industries, mais celle du data center semble moins touchée. Les centre de données sont tout de même amenées à effectuer des changements stratégiques, afin de s’adapter à ce ralentissement de la chaîne d’approvisionnement.

Pourquoi la pénurie de puces affectent moins un data center ?

A l’heure où toutes les industries se plaignent quant à la pénurie des puces, l’offre de CPU semble stable. En effet, si un data center existe, c’est premièrement pour assurer que ses processeurs informatiques puissent poursuivre le calcul des chiffres, et ce, sans être interrompus. Ce secteur est ainsi une source de revenus considérables pour les fabricants. C’est pourquoi, même si les fournisseurs de commutateurs de réseaux font face à un problème dans le délai de livraison, ils asservissent les data centers en priorité.

Résultat, les dirigeants au sein des sous-secteurs de l’industrie cherchent à persuader les analystes boursiers quant à leur capacité à acquérir des puces. Cela leur permettrait effectivement d’atteindre les prévisions de revenus annuels. Une chose est sûre, c’est que cette année, les sociétés consacrent plus de ressources à la gestion de la chaîne d’approvisionnement. Selon un producteur de produits d’alimentation, ce coût supplémentaire pourrait même avoir une répercussion sur la clientèle.

Face à la pandémie, les citoyens des pays développés se sont mis à tout faire à distance, boostant ainsi la demande en ordinateurs et en serveurs. Aussi, ne voulant pas aggraver les tensions commerciales avec les US, la Chine aurait sur-acquis puis conservé des processeurs. D’autres ont, pareillement, tenté de se constituer un stock important au début de la pénurie. Cependant, cela n’a fait qu’accentuer les goulots d’étranglement.

Alors que les fonderies de puces ont voulu satisfaire les data centers qui eux, génèrent une meilleure marge, les autres domaines ont littéralement pris un coup dur. C’est le cas, ici, de l’industrie automobile. Depuis le premier semestre de l’année dernière, certains producteurs ont effectivement retardé leurs commandes.

La pénurie de puces a quand même des impacts sur le secteur du data center

Bien que les fournisseurs de puces de serveurs aient été peu touchés, la situation les affecte. Certes, aucun souci majeur n’a été rencontré pour les plaquettes de silicium de processeur pour serveur. Cependant, ce n’est pas le cas avec les autres composantes. 

Vraisemblablement, cette conjoncture a même poussé AMD et Intel à corriger le cap, quitte à débourser plus d’argent. Alors que la demande en processeurs de serveurs ne cesse de croître, l’approvisionnement en condensateurs, cartes de circuits imprimés et puces BMC aux résistances reste très limité. 

Du côté de l’unité DGX de Nvidia, Charlie Boyle soutient que malgré l’abondance de GPU, l’équipe d’exploitation aurait engagé beaucoup de travail afin de trouver les autres composants.

Par ailleurs, selon Arista Networks, un fournisseur de commutateurs de réseaux de data centers très connu, c’est la première dans son histoire que la chaîne d’approvisionnement a été aussi limitée. Jayshree Ullal, PDG de l’entreprise, entrevoit désormais un délai de 52 semaines face à la pénurie des substrats.

Chez d’autres, le délai de livraison de commutateur-silicium est estimé à plus de 50 semaines. En effet, les clients souhaitent avoir les produits plus tôt et Arista n’a qu’une envie, satisfaire ce besoin. Toutefois, avec ce délai d’exécution qui s’éternise, la société s’attend à ce que ce soit un point sensible pour toute l’année 2021. Broadcom, Juniper et Cisco ont mis en évidence ces mêmes contraintes d’approvisionnement.

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Une envolée inévitable sur le prix des matériels électriques

Parlons cette fois-ci de Vertiv, un des plus gros vendeurs d’équipements de refroidissement et d’alimentation pour data centers. Tout comme ses semblables, celui-ci a également retardé ses programmes dont celui qui visait à optimiser l’empreinte.

En effet, c’était inévitable vu que la construction de centres de traitement de données se poursuit à travers le monde. La conjoncture ne joue pourtant pas en sa faveur, notamment depuis l’apparition des problèmes d’approvisionnement et de la forte demande en cloud.

D’après Robert Johnson, PDG de l’entreprise, Vertiv serait confronté à un manque de pièces et de matériaux. Toutefois, à ce jour, elle a toujours été capable de trouver des issues à ce problème. Il ajoute que “des coûts supplémentaires” seraient à prévoir à court terme si cette gêne dans la chaîne d’approvisionnement persiste en plus de l’inflation. Vertiv, devra, dans ce cas, “partager les coûts” avec ses clients dans la mesure du possible.

Son plus grand rival, Schneider Electric, reste quant à lui optimiste. C’est ce qu’a affiché son PDG, Jean-Pascal Tricoire lors de l’appel aux résultats de l’entreprise en février. Ce dirigeant est, en effet, confiant quant à la capacité de Schneider Electric à gérer ses problèmes de ravitaillement. Il affirme même que 2020 était, pour eux, un test quotidien de la résilience des chaînes d’approvisionnement.

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Des problèmes liés à un sous-investissement dans les substrats

Le manque de substrats ainsi que de boîtiers destinés à contenir les composantes des puces individuelles figurent parmi les principales causes de cette crise globale. En effet, les producteurs ont déprécié la demande, entraînant un sous-investissement dans leur capacité à produire ces dernières années. Actuellement, c’est toutes les industries qui en souffrent.

Afin de réduire la gravité de la situation, Intel et AMD ont décidé de mettre la main à la pâte. Lisa Su, PDG d’AMD s’est même prononcé à un appel aux résultats en avril dernier. “Et donc, nous avons saisi l’opportunité d’investir dans une capacité de substrat dédiée à AMD, et ce sera quelque chose que nous continuerons de faire à l’avenir”, affirme-t-elle avec fierté.

De son côté, Intel ne reste pas les bras croisés. Subissant aussi les contraintes de l’ approvisionnement en substrats, son PDG, Pat Gelsinger déclare vouloir alléger la contrainte durant son appel aux bénéfices du premier trimestre 2021. Une collaboration avec des fournisseurs serait alors prévue, de sorte à pouvoir exploiter de manière créative le réseau interne d’usines d’assemblage Intel. Ce dur labeur devrait, selon lui, porter ses fruits au cours du deuxième trimestre de l’année.

Toujours selon Gelsinger, Intel planifiait d’entamer la conception de puces et de devenir fournisseur tiers. C’est la première et plus grande décision qu’il aurait prise, et ce, depuis son entrée en fonction, le 15 février. Quoique des branches du fabricant de puces Intel telles que, client, IoT et FPGA ont été affaiblies,  son activité data center est restée intact. C’est ce qu’a affirmé le directeur financier d’Intel, George Davis pendant l’appel.

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Quand la pénurie en puces électroniques s’arrêtera-t-elle ?

Certes, aucun dirigeant n’a fait mention d’une possible incapacité à répondre à leurs attentes en termes de prévisions de revenus pour cette année. Cependant, rien ne garantit la suite des choses. Il est alors difficile de deviner quand les chaînes d’approvisionnement reprendront leur cours normal.

En effet, alors que la capacité des fonderies croît de 1 à 3 % en moyenne par an, la demande de calcul, elle, évolue plus rapidement. Le directeur de la recherche sur le cloud et les data centers de Omdia, Vlad Galabov, en est persuadé. Selon lui, ” tous les types d’appareils d’informations sont en forte demande, et COVID a en fait accéléré les cycles de rafraîchissement et les cycles d’achat des gens. Mais la capacité des fonderies ne s’accélère pas du jour au lendemain”. 

Aussi, selon les propos de Sukumaran d’Omdia, ce n’est pas aussi pratique de passer d’un fabricant à un autre. Chaque fournisseur est effectivement rattaché à une fonderie, et ce, pour un produit en particulier. De même que la mise en place des lignes de production ne se fait pas en un jour. Au-delà de la construction de l’infrastructure numérique, une optimisation est primordiale afin de créer les rendements voulus. Or, cela peut prendre jusqu’à une année.

Si la plupart prévoient un retour à la normale en mi-2022 ou 2023, Galabov d’Omdia reste sceptique par rapport à la pénurie de puces et juge cette estimation “trop optimiste“. En tout cas, comme l’a annoncé Gelsinger, la situation ne sera pas résolue avant “quelques années”.