Clubhouse : qu’est-ce que cette application qui cartonne ?

Vous en avez peut-être entendu parler dans votre entourage ou sur les réseaux, Clubhouse, ce nouveau réseau social basé sur les conversations vocales, fait le buzz. L’application au concept novateur, développée en avril 2020 par deux jeunes entrepreneurs de la Silicon Valley, compte aujourd’hui 1,3 millions d’utilisateurs à travers le monde. Tour d’horizon de ce réseau social.

Concrètement, qu’est-ce que Clubhouse ?

Concrètement, Clubhouse est basée sur deux piliers : l’audio, l’exclusivité. Il s’agit de permettre aux utilisateurs de créer et participer à des conversations sur des sujets donnés en fonction de leurs intérêts. Les sujets des conversations sont eux très variés, de la culture des influenceurs à l’astrophysique, en passant par le féminisme. 

En tant qu’utilisateur, vous pouvez explorer les salons de conversations en filtrant par thème et intérêt. Lorsque vous rejoignez un salon, vous faites partie de l’audience, vous ne pourrez parler que si vous demandez la parole et que les administrateurs du salon vous y autorisent. Autrement, vous pouvez créer votre propre salon de discussion privé avec vos contacts et amis.

Ensuite, l’accès se fait sous forme de parrainage ; chaque utilisateur reçoit deux invitations qu’il peut distribuer à qui bon lui semble. Sans invitation, vous n’aurez pas accès à l’application même si vous la téléchargez. Enfin, le plus grand avantage de Clubhouse est le fait qu’à travers cette plateforme, vous avez la possibilité d’écouter et d’échanger avec des personnalités de renom, telles qu’Elon Musk ou Oprah Winfrey. 

Pourquoi tout le monde parle de Clubhouse ?

Vous l’aurez compris, la plateforme Clubhouse est très “select”, et très en vogue de par le fait que des célébrités l’ont rendue populaire

En effet, son succès est en grande partie dû aux participations d’Elon Musk, d’Oprah Winfrey et de Bill Gates, qui ont été très actifs sur la plateforme dès son lancement. Le sentiment d’accessibilité et de proximité des personnalités connues, ainsi que l’interaction, sont, selon les fans, plus marqués sur Clubhouse que sur d’autres réseaux sociaux.

Le fait que le contenu ne soit pas enregistrable apporte à Clubhouse cet aspect unique et inédit; si vous ne participez pas à cette discussion lorsqu’elle a lieu, vous n’y aurez plus jamais accès et vous ne saurez pas quel a été son contenu.

Au-delà du côté “hype” de Clubhouse app, l’aspect professionnel similaire au réseau Linkedin séduit les entrepreneurs ; la plateforme offre l’opportunité d’établir des liens sociaux et du réseautage professionnel partout, et où vous le souhaitez. Comme le disent les fondateurs de Clubhouse, « Vous pouvez parler sur Clubhouse pendant que vous pliez le linge, allaitez, faites la navette, travaillez sur votre canapé au sous-sol ou allez courir.» Moins formel qu’une visioconférence, il s’agit de conversations et d’échanges plus spontanés. À l’heure des réunions Zoom interminables et des rattrapages FaceTime, beaucoup ont trouvé cette socialisation audio rafraîchissante.

Enfin, de nombreux utilisateurs sont séduits par la liberté de parole de ce nouvel espace, qui devient une place de choix pour les débats sur la liberté d’expression et la politique.

Quid du traitement des données utilisateurs et du respect des RGPD pour Clubhouse ?

En début d’année, l’appli Clubhouse fait des vagues en Europe. Une association de consommateurs allemands dénonce en janvier de graves lacunes juridiques et le non-respect des règles du RGPD. En effet, Clubhouse importe automatiquement la totalité des contacts de chaque utilisateur, et crée un profil à chacun d’entre eux, qu’ils aient téléchargé l’application ou pas. 

Autre particularité, les utilisateurs n’ont pas le droit d’enregistrer les conversations des salons, au risque d’être exclus de l’application, cependant, Clubhouse enregistre de son côté toutes les conversations. Enfin, la question du transfert et de la vente de données personnelles se pose. Clubhouse est fondé sur un système gratuit et sans publicité, or, on connaît trop bien ce modèle qui, très souvent, repose sur la vente de données personnelles à des sociétés tiers. Quid des données utilisateurs sur Clubhouse? 

En France, la CNIL a reçu une pétition de plus de 10 000 signatures contre Clubhouse pour atteinte à la vie privée. L’enquête, tout juste en cours, devra confirmer si la start-up respecte bien les RGPD.

Dans tous les cas, souvenez-vous que vos données personnelles sont toujours convoitées, et qu’il est essentiel de les protéger grâce à des outils de confidentialité : le VPN (si vous ne voyez pas de quoi on parle, piqûre de rappel : qu’est ce qu’un VPN ?), le gestionnaire de mot de passe, ou encore des services d’e-mail privés.

Quel futur pour l’application Clubhouse ?

La grande question concernant le futur de Clubhouse est celle de la modération. En effet, celle-ci reste difficile à opérer sur des contenus audio en direct, et peut poser des problèmes si l’audience est pervertie.

Manque de modération

Récemment, l’application s’est vue critiquée pour défaut de modération des salons de conversations, ainsi que pour harcèlement. De nombreux utilisateurs ont déposé des plaintes suite à l’apparition de salons propageant de fausses rumeurs, ou encourageant des théories du complot liées par exemple au vaccin contre la Covid-19, ou à la 5G. D’autres salons ont été dénoncés pour véhiculer des discours antisémites, ou encore des discours haineux envers la communauté LGBTQ. 

L’application est confrontée à l’un des plus grands défis actuels : la désinformation. Le fait que les discussions ne sont pas enregistrées par les utilisateurs, mais effacées lorsqu’un salon se ferme, complique la tâche lorsqu’il s’agit de signaler que telle ou telle personne a un discours haineux ou répand de fausses informations.

Une concurrence accrue

Le deuxième point noir concernant le futur de Clubhouse est celui de la concurrence. En effet, la plupart des réseaux sociaux ont déjà annoncé la sortie d’une fonctionnalité similaire à celle de Clubhouse : Twitter déploie “Spaces”, Telegram lance “Voice Chat 2.0”, et les GAFA ne sont évidemment pas loin derrière. 

En tout, ce sont plus de 30 acteurs qui se lancent dans l’adoption du modèle de Clubhouse. Certaines entreprises possèdent déjà une longueur d’avance sur Clubhouse, tel que Twitter, puisque sa nouvelle application “Spaces” sera disponible sur iOS et sur Android dès sa sortie, qui est d’ailleurs imminente. À l’inverse, la plateforme Clubhouse est actuellement uniquement disponible sur iOS.

Basée sur un modèle gratuit et sans publicité, la start-up vient de franchir le cap symbolique du milliard de dollars de valorisation après avoir levé 100 millions de dollars d’investissement. Cela sera t’il suffisant pour faire face à la concurrence et l’emprise des GAFA sur le marché des réseaux sociaux ? À l’heure ou la désinformation est un véritable fléau pour nos sociétés, ce modèle peut-il être réellement maîtrisé ?