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Coronavirus : les données de smartphones surveillées par les gouvernements

Les gouvernements du monde entier envisagent d’exploiter les données de géolocalisation des smartphones de leurs citoyens pour enrayer l’épidémie de COVID-19 liée à la propagation du Coronavirus SARS-CoV-2. De telles mesures sont déjà mises en place aux États-Unis, en Israël, en Italie… et bientôt en France ?

Afin de lutter contre la propagation du coronavirus SARS-CoV-2, les gouvernements du monde entier envisagent d’exploiter les données des smartphones. Ainsi, selon le Washington Post, le gouvernement américain négocie actuellement avec les géants de la tech tels que Facebook, Google et Apple.

L’idée serait de collecter les données de géolocalisation des smartphones des citoyens américains, puis de les exploiter sous une forme anonymisée afin de cartographier la propagation de la maladie. De cette manière, il serait par exemple possible de prédire à quel endroit des États-Unis les besoins médicaux risquent d’augmenter.

Coronavirus : les déplacements des citoyens déjà surveillés en Israël et en Italie

En Israël, Benjamin Netanyahu a quant à lui autorisé l’agence de sécurité interne Shin Bet à collecter les données de géolocalisation de smartphones pour retracer les mouvements des individus testés positifs au Covid-19. De cette manière, il sera possible d’identifier les  » cas contacts  » qui doivent être mis en quarantaine de toute urgence.

Les données collectées auprès des opérateurs pourront être utilisées pour les 30 prochains jours. Les personnes étant entrées en contact avec une personne infectée seront averties par SMS. Selon les experts interrogés par le New York Times, le gouvernement israélien est en mesure de suivre la position géographique de chaque citoyen.

En Italie, Le Parisien révélait hier que le gouvernement a passé un accord avec les opérateurs téléphoniques pour surveiller les données de géolocalisation des smartphones de citoyens afin de vérifier qu’ils respectaient les consignes de confinement. Ainsi, le vice-président de la Lombardie, Fabrizio Sala, a déclaré dans le Corriere della sera que  » seuls 40% des habitants sont restés chez eux et ont respecté les consignes « .

Et la France, dans tout cela ? Rien n’a été annoncé pour le moment concernant de telles mesures. Cependant, selon l’AFP, le gouvernement français « veut autoriser la déclaration de l’ « état d’urgence sanitaire » ». Selon 20 Minutes, il s’agit d’un projet de loi qui « permettra notamment de restreindre certaines libertés ». Il sera présenté cet après-midi en conseil des ministres. On peut donc s’attendre de façon réaliste à ce que les déplacements des Français soient suivis par le biais des données de localisation de leurs smartphones…

De toute évidence, de telles mesures représentent une atteinte à la confidentialité et à la vie privée des citoyens. Cependant, comme l’explique Netanyahu,  » il est important de préserver l’équilibre entre les droits individuels et l’intérêt général « 

Mise à jour 20/03/2020 :

L’amendement de collecte des données rejeté dans le projet de loi d’état d’urgence sanitaire

Le 19 mars 2020, les sénateurs français Patrick Chaize et Bruno Retailleau ont déposé un amendement dans le projet de loi concernant la lutte contre le coronavirus, visant à « faciliter les procédures imposées aux opérateurs dans la collecte et le traitement des données de santé et de localisation ».

L’objectif était d’autoriser pendant une durée de six mois la collecte et le traitement des données de santé et de localisation afin de « faire face aux conséquences de l’épidémie de Covid-19 et en particulier d’assurer la continuité du fonctionnement des services et des réseaux ».

Techniquement, cette collecte facilitée aurait aussi pu permettre au gouvernement de surveiller que les Français respectent le confinement. La mesure a d’ailleurs déjà été adoptée en Chine, en Italie, en Corée du Sud, en Allemagne et en Autriche à cet effet.

Selon le président de l’Institut Robert Koch Lothar Wieler, interrogé par Reuters, l’opérateur allemand Deutsche Telekom fournit ses données au gouvernement allemand pour qu’il puisse vérifier si les citoyens se conforment aux exigences de confinement.

En France, cependant, la mesure n’a finalement pas été adoptée dans ce projet de loi lié à la mise en place d’un  » état d’urgence sanitaire « . Suite au rejet de cet amendement, les opérateurs ne seront pas contraints de partager leurs données.

Mise à jour 25/03/2020 : Dans le monde entier, les données de smartphones sont de plus en plus utilisées pour assurer le respect du confinement et des quarantaines. En Pologne, une application intitulée  » Home Quarantine «  contraint les citoyens à se prendre en photo plusieurs fois par jour afin de prouver qu’ils n’ont pas quitté leur domicile.

En Asie, les smartphones font partie intégrante de la lutte contre le coronavirus. A Taïwan, si une personne porteuse du virus ou soupçonnée de l’être s’éloigne de son domicile ou ne répond pas au téléphone, les autorités peuvent intervenir au bout de 15 minutes. La personne peut alors écoper d’une amende de 30 000 euros.

En Chine, les citoyens doivent obligatoirement présenter un code QR lors de leurs déplacements. Ce système permet de suivre l’intégralité des déplacements de habitants.

En France, toujours rien d’officiel. Le député LREM Eric Bothorel affirme  » qu’aucun projet de ce type ne semble être à l’étude  » au sein du gouvernement. Cependant, la Quadrature du Net estime que tous les éléments sont déjà mis en place pour permettre une telle surveillance des données.

L’association rappelle notamment que la Loi renseignement de 2015 autorise la géolocalisation des individus et qu’elle a été étendue en 2016 au suivi en temps réel des données de connexion de personnes susceptibles de représenter une menace. A priori, toutefois, ce dispositif est censé être limité à la lutte anti-terrorisme. La Quadrature déplore cependant une opacité totale et estime qu’il est possible que l’Etat use de ce recours pour surveiller le respect du confinement ou retracer les déplacements de personnes contaminées.

Récemment, dans une interview accordée au Figaro, le PDG d’Orange, Stéphane Richard, a révélé qu’il étudie avec l’Inserm la possibilité d’utiliser les données de smartphones pour  » modéliser la propagation de l’épidémie  » et  » mesurer l’efficacité des mesures de confinement « . Les données seraient certes agrégées, mais  » des ajustements réglementaires et un accord de la CNIL  » seraient nécessaires…

Le commissaire européen au marché intérieur, Thierry Breton, souhaite également que les données soient agrégées et exploitées sous une forme anonymisée dans toute l’UE. La Commission Européenne compte sélectionner un opérateur par pays membre pour récupérer ces données.

L’Elysée vient également d’annoncer le 24 mars 2020 la création d’un second conseil scientifique : le Comité Analyse Recherche et Expertise (CARE). Parmi les points abordés par ce comité, un projet sur  » l’opportunité de la mise en place d’une stratégie numérique d’identification des personnes ayant été au contact de personnes infectées  » est envisagé…

Mise à jour 26/03/2020 :

Huit opérateurs européens, dont Orange, acceptent de fournir leurs données à l’UE

Huit opérateurs européens ont accepté de partager les données de géolocalisation de leurs clients avec la Commission européenne afin de lutter contre la pandémie. C’est ce qu’annonce la GSM Association regroupant les plus grands opérateurs.

Les sociétés ayant accepté de se prêter au jeu sont Orange, Vodafone, Deutsche Telekom, Telefonica, Telecom Italia, Telenor, Telia et A1 Telekom Austria. Elles ont rencontré le commissaire au Marché intérieur et au Numérique, Thierry Breton, lundi 23 mars 2020.

La Commission européenne se charger d’agréger les données de géolocalisation fournies par les opérateurs, dans le but de coordonner des mesures afin de ralentir la propagation du coronavirus.

Face aux inquiétudes concernant la confidentialité, la Commission précise que les données seront détruites après la crise sanitaire. De plus, selon le Contrôleur européen de la protection des données (EDPS), ce projet n’enfreint a priori pas les règles sur la vie privée puisque des mesures ont été prises à cet effet.

Ainsi, dans une lettre adressée à l’exécutif européen, l’EDPS déclare que «La Commission devra clairement définir l’ensemble de données qu’elle souhaite obtenir et assurer la transparence vis-à-vis du public, afin d’éviter tout malentendu».

Le directeur de l’EDPS, Wojciech Wiewiorowski, estime aussi qu’il « serait également préférable de limiter l’accès à ces données à des experts autorisés en épidémiologie spatiale, en protection des données et en données scientifiques »…

Mise à jour 30/03/2020 :

Les Etats-Unis collectent les données de géolocalisation de l’industrie des pubs mobiles

Selon le Wall Street Journal, le CDC et le gouvernement des Etats-Unis ont commencé à analyser les données de géolocalisation issues de l’industrie de la publicité en ligne sur mobile pour surveiller le comportement de la population durant la pandémie.

Les données sont anonymisées, et l’objectif est de déterminer quels lieux continuent à attirer des foules en dépit des mesures de confinement. Pour cause, ces lieux pourraient favoriser la propagation du virus.

En guise d’exemple, les chercheurs ont découvert grâce aux données que les gens continuaient à se rassembler au Prospect Park de Brooklyn. A terme, le gouvernement a pour objectif de mettre en place une plateforme lui permettant de consulter les données de géolocalisation en provenance de 500 villes aux Etats-Unis.

Le WSJ ne dévoile pas les noms de fournisseurs de données, mais il est probable que les données aient été collectées via leurs applications. Une nouvelle fois, les experts en confidentialité s’inquiètent de ces mesures qui pourraient représenter une menace pour la vie privée des citoyens malgré l’anonymisation des données. Ils appellent à la transparence la plus totale.

De l’autre côté de l’Atlantique, au Royaume-Uni, l’autorité de protection des données nationale, l’ICO, vient d’approuver l’utilisation des données mobiles agrégées anonymisées pour lutter contre la propagation du coronavirus. Tant que les individus ne sont pas identifiés, le gendarme considère que la loi de protection des données est respectée. Le Royaume-Uni s’aligne donc avec les pays de l’UE ayant adopté cette pratique pour la plupart.

L’Australie refuse de collecter les données de géolocalisation

En revanche, l’Australie semble l’un des seuls pays décidé à tirer son épingle du jeu. Le Premier ministre, Scott Morrison, a déclaré que  » le gouvernement australien ne fait pas ça. Je veux être clair sur le fait que les mesures que nous mettrons en place pour l’Australie seront justes pour l’Australie. Elles prendront en compte le fonctionnement de l’Australie et la façon dont l’Australie pense et quelles sont nos règles et ce que notre société comprend et accepte. Nos valeurs. C’est ce que nous ferons en Australie. Nous n’allons pas copier-coller des mesures en provenance d’autres pays ayant des sociétés complètement différentes « .

En guise d’exemple, il fait référence aux mesures extrêmes de confinement mises en place par la Chine :  » En Chine, ils condamnaient les portes des gens. C’est peut être OK pour eux, mais… et le Royaume-Uni est une société totalement différente de l’Australie « …

Mise à jour 03/04/2020 :

SFR accepte à son tour de partager les données de ses clients

Il y a quelques jours, Orange acceptait de partager les données de géolocalisation des smartphones ses clients avec l’UE et l’INSERM afin de leur permettre d’analyser les déplacements des Français et de vérifier si le confinement est respecté.

A présent, un deuxième opérateur français vient d’accepter  de contribuer à la lutte contre la propagation du COVID-19 : SFR. Alors que l’opérateur au carré rouge avec déjà annoncé être d’accord pour signaler les regroupements de personnes aux autorités, il vient de fournir plusieurs ensembles de données à l’Assistance Publique des Hôpitaux de Paris (AP-HP) et à l’Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique (INRIA).

Une fois de plus, les données sont agrégées et anonymisées et ne permettent pas – en théorie – d’identifier ou de localiser des individus. Il s’agit d’informations collectées tout au long du mois de mars 2020. Elles mettent notamment en lumière les déplacements entre l’Île-de-France et les autres régions françaises.

Pour permettre cette analyse, SFR utilise sa solution lancée en 2016 : Géostatistics. Celle-ci permet de réaliser  » des analyses statistiques sur les déplacements et la fréquentation sur des zones géographiques multiples, jour par jour et sur des périodes étendues « .

En l’occurrence, le but affiché est d’offrir  » une représentation plus précise à l’échelle du territoire et étendre les périodes d’observation « . Des corrélations entre les mouvements des Français et les risques d’épidémie sur l’ensemble du pays pourront ainsi être établies….

3 Commentaires

  1. poujol-rost mathias

    Je n’en ai par (encore ?) trouvé de trace dans les projet de loi :

    Projet de loi d’urgence pour faire face à l’épidémie de Covid-19
    http://www.senat.fr/leg/pjl19-376.html

    Projet de loi de finances rectificative pour 2020, n° 2758
    http://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/textes/l15b2758_projet-loi

    Quoique…
    https://twitter.com/oliviertesquet/status/1240318080980586501

    • Bonjour, merci pour le partage de ce tweet.
      Comme vous le constatez, pour l’instant l’heure semble à la discrétion.
      20 Minutes explique simplement que les libertés pourraient être restreintes sans toutefois préciser à quel niveau pour le moment.
      La surveillance des données de localisation de smartphones, en France tout du moins, n’est pour l’instant qu’une supposition de notre part.
      Elle n’a été confirmée qu’en Israël, en Italie, et en négociation aux Etats-Unis.
      Précisons aussi qu’à Singapour, les personnes confinées reçoivent des appels téléphoniques et doivent envoyer sur demande des photos de leur domicile…

  2. Nous avons réalisé en Janvier une étude sur les préférences des Francais en matière de géolocalisation, et justement l’inquiétude principale était vis-à-vis de la surveillance… https://herow.io/la-localisation-a-l-ere-de-la-confidientialite