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Covid-19 : pourquoi faut-il se méfier du tracking et du Big Data ?

Pour lutter contre le Covid-19, enrayer la pandémie et gérer le déconfinement, les gouvernements du monde entier se tournent vers la collecte de données et le traçage de la population. Voici pourquoi cette solution représente une menace pour la confidentialité, et pourquoi il faut s’en méfier selon les experts…

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” Nous sommes en guerre “, comme le formulait Emmanuel Macron à plusieurs reprises lors de son allocution du 16 mars 2020. Et dans cette guerre contre le Covid-19, la technologie est l’une des seules armes à disposition de l’humanité.

En attendant la mise au point d’un vaccin, pour lequel il faudra sans doute attendre 18 mois, le Big Data et l’IA comptent parmi nos précieux atouts. En Corée du Sud, pays qui gère le mieux la pandémie jusqu’à présent, les opérateurs sont contraints de fournir les données de smartphones des personnes infectées.

De cette manière, les malades du Covid-19 sont suivis à la trace via la géolocalisation. Un système de notification a pu être mis en place, et les Sud-Coréens sont immédiatement avertis si une personne contagieuse est située dans leur quartier ou même dans leur immeuble.

La Chine et Israël utilisent également les données mobiles pour localiser les patients et identifier les cas contacts. En Europe, les données de smartphones sont déjà collectées auprès des opérateurs en Italie, en Espagne, en Norvège, en Belgique, en France et bientôt au Royaume-Uni, au Portugal et en Grèce.

Cependant, la liberté individuelle est une valeur forte de l’Union européenne. Pour cette raison, sur le vieux continent, les données sont agrégées et anonymisées avant utilisation. Le RGPD interdit par exemple aux opérateurs télécoms de vérifier si une personne est atteinte du coronavirus ses publications sur les réseaux sociaux ou ses recherches Google.

Inspiré par l’efficacité de la méthode sud-coréenne, le gouvernement français envisage malgré tout de se tourner vers le traçage. Dans une interview accordée au journal Le Monde, le secrétaire d’État au numérique, Cédric O, a révélé le projet d’une application ” StopCovid “. Cette application mobile basée sur le Bluetooth permettrait d’enregistrer toutes ses interactions sociales afin d’être alerté si une personne que l’on a rencontrée est atteinte du Covid-19.

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Il ne fait aucun doute que le tracking et les données peuvent être très utiles pour enrayer l’épidémie. Cependant, ce recours inquiète les défenseurs de la confidentialité. Voici pour quelles raisons.

Des données anonymes… ou presque

Tout d’abord, il convient de souligner que les données ” anonymes ” ne le sont pas complètement. En 2019, une étude menée par les chercheurs de l’Imperial College London et l’Université Catholique de Louvain en Belgique a révélé qu’il est possible de ” réidentifier ” 99,98% des individus avec seulement 15 caractéristiques démographiques en utilisant les données de géolocalisation.

L’argument selon lequel l’anonymisation des données empêche toute atteinte à la confidentialité est donc invalide. En outre, si l’on nous promet une application décentralisée et autonome, Arthur Messaud, juriste à l’association La Quadrature du Net, rappelle que l’Etat a de ” terribles habitudes ” en matière de centralisation et de surveillance. Le Health Data Hub, dédié à la collecte des données de santé, en est un exemple.

Le juriste estime donc qu’une publication sous licence libre du code de l’application est indispensable. Or, alors que Singapour avait promis de publier le code de son application similaire à StopCovid, les citoyens attendent toujours.

Et après le confinement ?

Ce qui inquiète les experts, c’est aussi ” l’après-confinement “. Comme l’explique à Bloomberg l’analyste Jan Stanley de l’American Civil Liberties Union, ” l’urgence justifie beaucoup de choses qui ne seraient normalement pas justifiées, mais nous devons nous assurer que ces pouvoirs temporaires ne deviennent pas permanents “.

De même, l’activiste autrichien Max Schrems s’inquiète ” que nous acceptions une surveillance d’État pendant la crise sanitaire, mais qu’elle prenne plusieurs années aux tribunaux pour s’en débarrasser ensuite “.

Arthur Messaud de la Quadrature du Net redoute aussi ” un basculement culturel en faveur d’une surveillance massive de nos comportements hors ligne “. Selon lui, les personnes qui refuseront d’utiliser l’appli StopCovid à la fin du confinement ou n’auront pas de smartphones risqueront d’être critiquées par le reste de la population et de subir une pression ou même une exclusion sociale.

En effet, la majorité n’en a pas forcément conscience, mais nos données intéressaient les gouvernements et les entreprises bien avant le Covid-19. Arthur Messaud, comme bien d’autres, craint que la crise sanitaire soit instrumentalisée pour enfin instaurer la surveillance généralisée via la collecte de données, la vidéo-surveillance automatisée ou la reconnaissance faciale…

Comment éviter les dérives ?

Pour éviter de telles dérives, il semble indispensable de trouver un juste milieu. Selon Francisco Montalvo, CDO de Telefonica, ” les gouvernements doivent trouver l’équilibre entre la confidentialité et l’intérêt public “.

Selon Adam Schwartz, avocat au sein de l’Electronic Frontier Foundation, trois questions doivent être posées concernant l’utilisation des données contre le Covid-19 : ” est-ce efficace, est-ce excessivement intrusif pour nos libertés, et y a-t-il suffisamment de protections ?

Il faudra notamment s’assurer que ces données ne soient pas réutilisées par la suite à d’autres fins. De même, Vera Jourova de la Commission européenne précise que les données ne doivent pas être utilisées à des fins dissimulées aux citoyens.

Aux yeux de Juan Rio, analyste chez Delta Partners, il y aura toujours à trancher entre l’intérêt public et les libertés civiles en temps de crise. Toutefois, il estime que forcer les citoyens à utiliser des applications pourrait les conduire à la rébellion et au refus d’utiliser leurs téléphones. Le volontariat doit donc rester le maître-mot.

Enfin, Arthur Messaud de la Quadrature du Net estime lui aussi que le gouvernement risque de rompre la confiance du public en choisissant d’imposer les technologies de surveillance. À ses yeux, ” plutôt que de prendre la voie des robots – tracés et gérés comme du bétail “, il est préférable de ” reprendre la voie des humains – solidaires et respectueux “