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Data Center : comment un simple incendie a ravagé le web coréen ?

L’incendie d’un Data Center a causé plusieurs heures de panne pour les deux géants du web de Corée du Sud, Naver et Kakao. Un sinistre qui a plongé de nombreuses entreprises dans le chaos, et sème le doute sur la souveraineté numérique nationale au point d’inquiéter le gouvernement…

Les deux principaux géants d’internet de Corée du Sud, Naver et Kakao, ont subi une importante interruption de service le dimanche 16 octobre 2022. Pour cause, le Data Center hébergeant leur infrastructure a été touché par un incendie.

Ce Data Center est géré par SK C&C, l’un des nombreux tentacules de l’immense conglomérat sud-coréen SK. Cette filiale propose une large gamme de services d’infrastructure tech et cloud, et se présente comme un « partenaire de transformation numérique totale ». La firme gère un total de trois Data Centers au sein desquels elle héberge les systèmes de ses clients.

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Malheureusement, l’un d’eux a pris feu au cours du weekend. Il s’agit du centre situé à Pangyo, au sud de la capitale Séoul. Construit en 2014, ce Data Center couvre près de 67 000 mètres carrés. Selon SK C&C, ce bâtiment offre une technologie de pointe respectueuse de l’environnement. Ça ne l’a pas empêché d’être touché par l’incendie.

Les Google et Facebook de Corée du Sud paralysés par l’incendie

Les deux géants du web sud-coréens, Naver et Kakao, ont été directement impactés. Pour bien comprendre la gravité de l’incident, il est important de resituer le contexte.

À l’échelle de la Corée du Sud, pays comparable à la France avec 58 millions d’habitants, Naver est plus utilisé que Google et la messagerie Kakao est plus populaire que Facebook.

Ces deux entreprises proposent un grand nombre de services dans une large variété de domaines comme la communication vocale, le e-commerce, le transport, le jeu vidéo, ou même les services financiers.

Pour les citoyens et les entreprises de Corée du Sud, il semble acquis que ces nombreux services soient disponibles en permanence, à toute heure du jour et de la nuit.

Or, suite à l’incendie, la plupart des services de Kakao et Naver sont restés indisponibles pendant de longues heures. Cet incident a donc eu un lourd impact dans le pays, un peu comme si Google et Meta tombaient en panne simultanément en France.

De nombreuses entreprises ont été paralysées, notamment celles dont le service client repose sur Kakao. Beaucoup de Sud-Coréens n’ont pas pu accéder à leurs banques en ligne, n’ont pas pu appeler de taxi ou régler leurs achats.

Des millions de personnes ont été incapables de faire les courses, et les travailleurs à l’étranger ne pouvaient plus communiquer avec leurs proches. C’est une véritable douche froide, qui sème le doute sur la souveraineté numérique vantée par la Corée du Sud.

Les géants du web sud-coréen déshonorés

Kakao a reconnu la panne à travers un billet de blog, et présenté ses excuses pour l’interruption du service et la lente restauration. la firme a également admis que les efforts de récupération après désastre ont été retardés.

L’entreprise a créé un Comité de Réponse d’Urgence et trois sous-comités. L’un est chargé d’enquêter sur l’incident, l’autre de développer des contre-mesures, et le troisième d’organiser une compensation pour les parties prenantes.

De son côté, Naver confirme que « certaines fonctions comme la recherche, les actualités, le shopping, le blog, la messagerie et le centre de boutique intelligent ont rencontré des erreurs ». Toutefois, l’entreprise assure que tous les services ont depuis été restaurés.

Parmi les deux entreprises, Kakao est la plus critiquée à cause de son plan de récupération après désastre manifestement fragile. Toutefois, la firme est en train de construire ses propres Data Centers dont l’ouverture est prévue pour 2023.

Elle a investi 460 milliards de wons, l’équivalent de 323 millions de dollars, pour ce nouveau Data Center à Ansan au sud-ouest de Séoul. Un autre Data Center devrait être construit à Siheung en banlieue de Séoul en 2024.

De son côté, Never gère déjà son propre Data Center et en prévoit un pour l’année prochaine. En revanche, SK C&C et sa maison-mère ne sont pas exprimées publiquement sur cet incident…

Le CEO de Kakao Corp démissionne

Face à la colère du public, le co-CEO de Kakao Corp, Whon Namkoong, a préféré démissionner. Il a déclaré mercredi 19 octobre 2022 « nous demandons pardon pour avoir causé de tels inconvénients pendant une si longue durée. Nous sommes au courant qu’il faudra beaucoup d’efforts sur une longue période pour récupérer la confiance perdue ».

Jusqu’à nouvel ordre, Euntaek Hong restera donc seul CEO à la tête de l’entreprise. De son côté, Namkoong annonce qu’il restera au sein de l’entreprise pour aider à superviser l’enquête sur les causes de l’incendie et l’organisation de la compensation.

La firme prévoit de rembourser ses utilisateurs et ses partenaires affectés, et enquête pour comprendre pourquoi les services sont restés hors ligne si longtemps. Il faudra toutefois du temps pour estimer le montant que Kakao doit payer. La plupart des services de l’entreprise, dont la messagerie KakaoTalk, sont restaurés à l’heure actuelle.

Comme l’explique Shin Jin-Ho, co-CEO de Midas International Asset Management qui gère 9 milliards de dollars de fonds, « les Data Centers sont supposés être protégés contre le feu et les autres désastres. C’est basique ». La firme a préféré réduire le pourcentage de fonds de Kakako qu’elle détient, par anticipation des auditions parlementaires à venir.

Le feu a enflammé les batteries de lithium et les lignes électriques requises pour alimenter le Data Center. Or, l’entreprise n’était pas préparée à cette situation inédite.

Il a fallu du temps pour restaurer les services, car il n’y avait pas de système de backup. Lorsque le Data Center sera de nouveau opérationnel, Kakao se donne deux mois pour accroître sa redondance afin d’éliminer le risque d’un incident similaire.

Namkoong avait pris le poste de CEO en mars 2022, en remplacement de Yeo Mini-soo qui avait démissionné suite à un scandale boursier impliquant les dirigeants de l’entreprise.

Ce travailleur humble qui avait gravi les échelons avait promis de travailler pour un SMIC jusqu’à réussir à pousser le cours de l’action de l’entreprise à 150 000 won. Lors de sa démission, il s’est excusé pour ne pas avoir atteint ce but.

Ces fortes perturbations mettent en lumière la dépendance du pays au groupe Kakao, déjà ciblé par une répression anti-monopole à cause de son hégémonie sur le marché…

Peut-on vraiment s’émanciper des GAFAM ?

Cet incident souligne la dépendance de la Corée du Sud à ses champions locaux du web. Selon certaines rumeurs, le bureau du président sud-coréen Yoon Suk-yeol a suggéré que cette perturbation constitue une menace pour la sécurité nationale.

Le ministre de sciences et technologies, Lee Jong-ho, s’est vu confié la tâche de superviser la gestion de crise par le président. Il a déclaré que « le gouvernement prend la situation très au sérieux, car cette panne a soulevé des inquiétudes sur la possibilité que notre société et notre économie soient paralysées ».

Les législateurs sud-coréens envisagent maintenant de réviser la loi pour accroître la supervision. Le gouvernement pourrait notamment réguler les Data Centers privés, à la manière des complexes de gestion de catastrophe nationale.

Emmanuel Macron et les autres dirigeants de l’Union européenne veulent s’émanciper des GAFAM et créer une souveraineté numérique. L’UE prévoit notamment de créer son cloud GAIA-X.

En observant les problèmes rencontrés par la Corée du Sud, pays à la pointe de la technologie, la question qui se pose est de savoir si l’Europe peut réellement assumer cette souveraineté

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