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Dominion : qu’est-ce que ce logiciel, et sera-t-il utilisé pour truquer l’élection présidentielle 2022 ?

Les internautes craignent que le logiciel Dominion soit utilisé pour truquer les élections présidentielles françaises de 2022, au même titre que l’élection présidentielle américaine de 2020. Toutefois, le ministère de l’Intérieur affirme que cette technologie n’est pas utilisée en France. Découvrez tout ce que vous devez savoir sur le sujet…

En 2020, dans le cadre de l’élection présidentielle des États-Unis, Donald Trump créait la polémique en dénonçant une vaste fraude. Selon l’ex-président américain, le logiciel de décompte des votes Dominion aurait été utilisé pour supprimer des millions de voix en sa faveur et faire gagner Joe Biden.

Selon des rumeurs circulant sur les réseaux sociaux, ce logiciel Dominion serait également utilisé en France pour le décompte des votes aux élections présidentielles 2022. À l’approche du premier tour, découvrez tout ce que vous devez savoir à ce sujet…

Qu’est-ce que Dominion ?

Basée dans la ville de Denver, au Colorado, Dominion Voting Systems est l’une des plus grandes entreprises de technologie de vote des États-Unis. La firme a été fondée en 2003.

Elle a commencé comme une entreprise canadienne, avant d’être ultérieurement incorporée aux États-Unis. Elle a désormais des bureaux à Denver et Toronto.

Cette entreprise propose des logiciels et du hardware pour les élections. Elle développe notamment des programmes informatiques permettant de gérer des bases de données et des audits d’élection, des machines de vote à écran tactile, des scanners de bulletins et des imprimantes de bulletins.

Elle fournit des machines de vote et des tabulateurs à de nombreux gouvernements locaux. Au total, près de 30 États utilisent ces machines pour scanner les bulletins de vote et comptabiliser les voix des élections américaines. Certains utilisent ces produits depuis de nombreuses années. Selon les chiffres avancés par Dominion, plus de 40% des électeurs américains utilisent ses produits dans 28 États.

Outre Dominion, deux autres entreprises aident à gérer les élections aux États-Unis : Elections Systems & Software basé à Omaha, et Hart InterCivi basé à Austin. Les trois entreprises sont privées.

Selon les conseillers de Donald Trump, le logiciel Dominion aurait été créé pour permettre à Hugo Chavez de gagner les élections du Venezuela. Ce lien a cependant été démenti par les Fact Checkers du Washington Post.

Quels sont les produits et services Dominion ?

Le principal produit de Dominion est un appareil appelé  » ballot-marking device « . Les électeurs indiquent leur choix sur un écran tactile, puis la machine imprime un papier résumant leur sélection. Les votants peuvent ensuite placer le papier dans un scanner, afin que le vote soit enregistré.

La firme produit plusieurs variantes de cette machine, dénommée Image Cast. L’une des variantes est le modèle ImageCast Precinct, combinant un scanner et une machine à écran tactile en un seul appareil.

Les machines ImageCast sont utilisées à différents degrés dans plus d’une demi-douzaine d’états. La Géorgie est l’un des quelques États qui achètent de l’équipement dédié aux élections de façon centralisée, plutôt que de laisser la décision à chaque comté. Elle a dépensé plus de 100 millions de dollars pour déployer les appareils de ballot-marking dans tout l’état en 2019.

En outre, le Colorado utilise aussi les machines ImageCast dans tout l’État. Toutefois, seule une petite fraction d’électeurs enregistrent leurs bulletins de cette manière, car la plupart des Coloradorans votent par courrier.

Dans d’autres États, dont certains comtés de Californie, la majorité des électeurs utilisent des bulletins de papier marqués à la main, mais une machine ImageCast ou équivalent est présente pour les votants handicapés.

Dominion à l’élection présidentielle 2020 des États-Unis

Le système Dominion a été utilisé lors des élections présidentielles américaines de 2020 dans les États ou la marge entre les candidats était très faible, dont l’Arizona, la Géorgie, le Michigan, la Caroline du Nord, le Nevada et la Pennsylvanie. En outre, plusieurs élus ont pointé du doigt des bugs spécifiques en Géorgie et dans le Michigan.

L’entreprise a toutefois rejeté ces accusations en bloc. Elle a publié un communiqué conjoint avec l’agence gouvernementale qui supervise les élections des États-Unis : la Cybersecurity & Infrastructure Agency du Department of Homeland. Ce communiqué rejette fermement toute accusation sur un problème technique au sein du système.

Dominion accusé de fraude

Les allégations portent notamment sur des suppressions et des pertes de votes, mais aussi des changements en faveur du candidat adverse. Sur Twitter, Donald Trump a notamment affirmé qu’une analyse de données révèle que 221 000 votes de Pennsylvanie en faveur de Trump ont été intervertis en faveur de Joe Biden. En outre, 941 000 votes en faveur de Trump auraient été tout simplement supprimés.

Au total, les États utilisant Dominion Voting Systèms auraient inversé 435 000 votes pour Trump en faveur de Biden. Toutefois, Twitter a classé ce tweet comme mensonger. Par la suite, Donald Trump a d’ailleurs été banni définitivement du réseau social.

Le doute a notamment été semé par les résultats d’une région traditionnellement Républicaine : l’Antrim County du Michigan. Lors de l’élection 2020, ce county est passé dans le camp Démocrate.

Toutefois, un recomptage manuel des voix a permis de découvrir que des milliers de votes pour Trump ont été attribués à Joe Biden. Le secrétaire d’État a attribué cette erreur à un décompte humain…

Les sénateurs républicains Lana Thei et Tom Barrett ont appelé la Secrétaire d’État du Michigan, Jocelyn Benson, à lancer un audit à grande échelle avant de certifier les résultats des élections. Leur lettre pointe du doigt de “sérieuses accusations” autour d’un glitch dans le county Antrim et une mauvaise gestion des bulletins de vote.

Les accusations portées contre Dominion manquent de crédibilité

Malgré l’appel de Donald Trump à recompter les voix en Pennsylvanie, dans l’Arizona, le Michigan et la Géorgie, les résultats de l’élection n’ont pas été remis en cause. L’entreprise Dominion a notamment affirmé que les preuves suggérant un problème logiciel manquent de crédibilité. Selon elle, des erreurs humaines sont survenues dans plusieurs counties dont certains utilisant l’équipement Dominion.

En parallèle, la firme a aussi démenti plusieurs théories autour de mises à jour logicielles effectuées pendant la nuit précédente. Elle est aussi soupçonnée d’entretenir des liens politiques, en ayant reçu des dons à hauteur de 25 000 et 50 000 dollars par la Clinton Foundation. Dominion nie tout lien avec un parti politique.

Il convient de préciser que certains comtés utilisant les machines ImageCast et le logiciel Dominion ont voté pour Donald Trump. C’est le cas de la Floride, ou encore du plus large comté de l’Utah. Cela ne signifie pas nécessairement qu’il n’y a pas eu de fraude, mais démontre qu’elle n’a en tous cas pas été généralisée.

De son côté, Dominion déclare que les accusations de Donald Trump sont fausses. Sur Twitter, la firme a déclaré que » les théories du complot autour de Domunion deviennent de plus en plus bizarres chaque jour « et que » les accusations sur la suppression ou la modification des votes sont complètement fausses « . Une déclaration renforcée par un communiqué signé par des officiels de la cybersécurité fédérale, les entreprises de technologies de votes et les administrateurs locaux d’élections.

Dominion et cybersécurité

Compte tenu des graves accusations du gouvernement Trump, il convient de s’interroger sur la sécurité du système Dominion. Selon la firme, son équipement passe par de multiples vérifications de sécurité.

En outre, elle assure que les appareils de ballot-marking sont tout aussi sécurisés que les bulletins de papier marqués à la main. Pour cause, un enregistrement sur papier peut être utilisé pour conduire un audit après l’élection.

En revanche, les experts en cybersécurité ne sont pas aussi convaincus. Selon eux, il est possible qu’un acteur malveillant manipule les machines pour que le papier imprimé ne reflète pas la véritable sélection d’un électeur.

De plus, les enregistrements papier produits par certains appareils de marquage de bulletin, dont ImageCast, convertissent le choix de l’électeur en un code-barre. C’est ce code qui est scanné pour enregistrer le vote dans la database. Or, des hackers pourraient tout à fait manipuler ces codes-barres. Néanmoins, Dominion affirme que ce scénario est improbable et rappelle que ses produits ont passé de nombreux tests menés par des laboratoires indépendants.

Jusqu’à présent, les experts en cybersécurité s’accordent toutefois sur le fait qu’il n’y a aucune preuve qu’une telle manipulation a été effectuée lors des élections américaines de novembre 2020. Ils précisent par ailleurs que les risques de sécurité concernent toutes les technologies de machines de vote tactiles, y compris Election Systems & Software.

Dominion et l’élection présidentielle française 2022

À quelques jours de l’élection présidentielle française, le bruit court que Dominion serait utilisé pour compiler les résultats. Tout a commencé avec un Tweet en date du 9 mars 2022, publié par Patrick Jardin : père d’une victime du Bataclan et soutien de Éric Zemmour.

Selon lui «  Macron a déjà contacté Dominion société spécialisée en truquage d’élections…. Notre Présidentielle sera-t-elle un remake de ce qui s’est passé aux USA ? « .

Le 18 mars 2022, c’est le Docteur Hamelin Md qui s’interroge sur Twitter : «  G. Darmanin a confirmé la société Dominion pour compiler les résultats de l’élection 2020 la même qui est accusée aux USA d’avoir manipulé les votes lors de la dernière élection en faveur de Biden. V. Poutine va-t-il lâcher avant avril les infos qu’il a sur l’élection 2017 ? « .

Le même jour, l’internaute ChardonixPatriotix dénonce «  Le fait que le sinistre Darmanin fasse appel au logiciel américain Dominion pour comptabiliser les votes de la Présidentielle 2022, et demande de suite à Twitter d’invisibiliser les Tweets qui en contesteront le résultat, en dit long sur la méga-fraude qui se trame… #Dictature « .

Un autre tweet fait référence à une citation qu’aurait prononcée le porte-parole russe Dmitry Peskov en date du 17 mars :  » Les officiels français ont confié à Dominion le soin de truquer l’élection, ce sera massif, nous le savons, tout le monde le sait (…) nous ne reconnaitrons aucun gagnant « . Toutefois, il n’existe aucune trace de cette déclaration sur le web hormis ce tweet.

En remontant plus loin dans le passé, on s’aperçoit que la rumeur a commencé à émerger il y a plusieurs mois sur des sites francophones liés au mouvement Qanon. Par exemple, le site Qactus affirmait dès janvier 2022 que  » Dominion Voting Systems Corporation s’occupera de votre vote électronique « .

Selon cette source, le président du Conseil constitutionnel Laurent Fabius se serait entretenu avec Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, le 11 janvier 2022 pour discuter des modalités du vote. Le communiqué officiel au sujet de cette rencontre explique que  » le Ministre a évoqué la possibilité que, après concertations, le Gouvernement élabore de nouvelles mesures d’organisation qui apparaîtraient rendues nécessaires par la crise sanitaire, afin de garantir le bon déroulement de l’élection présidentielle « .

Toutefois, l’option du vote électronique n’est pas mentionnée. En France, d’après le ministère de l’Intérieur, le vote sur des machines est uniquement possible dans les communes qui avaient choisi cette option avant 2008. Aucune extension n’est prévue à ce jour.

Contacté par la presse, le ministère de l’Intérieur déclare qu’il  » ne fait pas et n’a jamais fait appel aux services de la société Dominion dans le cadre de l’organisation des élections « . Et d’ajouter que  » les fausses rumeurs concernant le recours à la société Dominion feraient croire à un risque de manipulation du vote dans les communes dotées de machines à voter. En ce qui concerne les machines à voter, il convient de rappeler que seulement 63 communes françaises en sont équipées, représentant 1,3 million d’électeurs. Un seul modèle de machine à voter est utilisé en France, le modèle ESF1 de la société néerlandaise NEDAP commercialisé par la société France Elections qui n’a aucun lien avec la société Dominion « .

Une porte-parole de Dominion, contactée par l’AFP le 25 mars 2022, a quant à elle déclaré que «  Dominion Voting Systems n’opère pas en France « . On ne retrouve aucune trace de contrat signé avec les autorités françaises sur le site web de la firme ou dans les archives du Bulletin officiel des annonces des marchés publics. A priori, Dominion ne sera donc pas utilisé pour truquer les élections présidentielles 2022…

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