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[ENQUETE] Euro numérique : faut-il avoir peur de la cryptomonnaie de l’UE ?

Afin de contrecarrer l’essor des cryptomonnaies, la Banque Centrale Européenne compte lancer un euro numérique. Découvrez tout ce que vous devez savoir sur ce projet, et sur les risques qu’il représente pour la confidentialité et la cybersécurité…

Le cash n’a plus la cote. En Allemagne, où l’argent liquide est traditionnellement préféré, les consommateurs ont dépensé plus d’argent par carte bancaire en 2020 pour la première fois.

En parallèle, les cryptomonnaies rencontrent un succès croissant. De nombreux particuliers choisissent d’investir dans ces nouvelles devises basées sur la blockchain pour dégager des bénéfices massifs, malgré les risques importants.

Face à ce phénomène amplifié par la pandémie de Covid-19, la Banque Centrale Européenne veut réagir. L’institution craint que les consommateurs détournent l’euro pour des monnaies virtuelles privées ou pour des devises étrangères.

Déjà en 2019, le géant des réseaux sociaux Facebook (Meta) annonçait son projet de monnaie virtuelle  » diem « . Plusieurs pays, dont la Chine et les États-Unis préparent également leurs propres cryptomonnaies.

En Chine, le e-yuan est déjà testé sur téléphone portable depuis mars 2021. Il pourrait devenir la monnaie internationale de référence, en concurrence avec le dollar. C’est la raison pour laquelle la BCE compte lancer un euro numérique.

Qu’est-ce que l’Euro numérique ?

L’euro numérique, ou  » e-euro « , sera une version dématérialisée, électronique de l’euro pour remplacer les pièces et les billets de banque. L’argent serait déposé sur un portefeuille numérique, stocké en sécurité à la Banque Centrale Européenne.

C’est une monnaie numérique de banque centrale (central bank digital currency ou CBDC) : une devise numérique produite par une banque centrale pour le public.

Pour comprendre ce projet, il faut revenir à la base : le fonctionnement du système monétaire. La banque centrale est en charge d’imprimer l’argent. Pourtant sur l’argent que vous possédez, seul l’argent liquide est produit par la Banque Centrale Européenne.

Tout l’argent sur votre compte en banque n’est en réalité pas imprimé. De fait, si votre banque fait faillite, vous perdez tout l’argent sur votre compte bancaire. Il existe heureusement des systèmes de garantie et d’assurance, permettant de protéger les citoyens en cas de crise financière.

Toutefois, le  » cash  » est de moins en moins utilisé en Europe face à l’essor des paiements électroniques et des achats en ligne. C’est la raison pour laquelle la Banque Centrale Européenne étudie depuis plusieurs années la possibilité de supprimer l’argent liquide en instaurant un euro numérique.

Un projet pilote lancé en juillet 2021

Le Concseils des gouverneurs de la BCE a lancé le  » Projet Pilote  » de l’euro numérique le 14 juillet 2021. Cette phase d’expérimentation va durer deux ans.

Les gouvernements français et allemands ont salué cette initiative, mais appellent à conditionner la création de cette version numérique de l’euro à une  » décision politique  » des 19 états membres de la zone euro. Ils appellent également à «  une implication étroite des États membres « .

Quels sont les avantages d’un euro numérique ?

Un euro numérique permettrait de compléter voire de remplacer l’argent liquide de façon stable et fiable. Afin que cette idée serve l’intérêt public, les banques souhaitent s’assurer de l’inclusion financière des groupes vulnérables et d’un système de backup en cas de panne technique du système.

Cette devise digitale permettrait de s’assurer que tous les citoyens de la zone euro aient accès à un moyen de paiement public simple, sécurisé, fiable et universel. Il s’agirait d’une manière de protéger la stabilité financière et d’assurer un système de paiement inclusif et efficace.

Pour la première fois, les ménages et les entreprises pourront déposer leur argent sur un compte ouvert à la banque centrale. Il sera donc protégé contre tout risque de perte, et c’est un argument important à l’heure où le projet de garantie européen des dépôts se trouve dans l’impasse.

Cette monnaie digitale permettra de payer aussi bien à la caisse du supermarché que sur une boutique en ligne. À termes, les utilisateurs pourraient aussi effectuer des virements ou des paiements entre Européens avec des frais bancaires moins lourds.

Euro numérique : la BCE propose une alternative aux cryptomonnaies

C’est en constatant le succès phénoménal des cryptomonnaies que la Banque Centrale Européenne a décidé de créer un euro numérique. L’institution souhaite offrir un  » gage de sécurité  » et une alternative plus intéressante que les cryptomonnaies. En effet, la BCE pense avoir compris que c’est l’engouement pour les paiements numériques qui attire les consommateurs vers cette nouvelle technologie.

La monnaie numérique pourrait être déposée directement auprès d’un compte ouvert à la banque centrale, dont l’accès était jusqu’à présent réservé aux banques commerciales. Ce système permettrait de protéger l’argent contre tout risque de perte.

Toujours selon la BCE, l’euro numérique permettrait de régler de manière facile, rapide et sécurisée tout achat par le biais d’une application sur smartphone. Des cartes de paiement permettraient aussi de payer hors-ligne.

Contrairement aux cryptomonnaies, il s’agirait d’un moyen de paiement officiel. L’unité de compte serait par ailleurs définie par l’État. L’émission ne serait pas régulée par un algorithme, mais par un comité de politique monétaire. Ceci garantirait une meilleure stabilité.

Une menace pour les stablecoins ?

Il existe déjà des  » stablecoins  » émis par des entreprises. Ces cryptomonnaies ont la particularité d’avoir un cours adossé à une monnaie réelle comme le dollar. Ceci évite les fluctuations extrêmes comme celles du Bitcoin.

À l’heure où les stablecoins sont déjà dans le viseur de la Commission européenne, beaucoup d’experts craignent que l’euro numérique achève ce type de crypto en Europe. La présidente de l’association Adan, dédiée au développement des actifs numériques, Faustine Fleuret, craint que cette nouvelle devise remplace les initiatives privées.

Le projet de réglementation de la Commission est jugé agressif, avec un volet encadrement  » extrêmement lourd et strict « . Aux yeux de cette spécialiste, les entreprises émettant des stablecoins risquent d’être tuées par l’euro numérique. L’innovation dans ce domaine risque aussi d’être anéantie en Europe, alors qu’elle continuera à se développer aux États-Unis et dans le monde.

Or, ces champions américains pourraient s’imposer en Europe. Les stablecoins adossés au dollar comme Tether connaissent un certain succès, tandis que les cryptomonnaies adossées à l’euro peinent à décoller.

En mars 2021, le distributeur Casino lançait le Lugh ou EUR-L. Toutefois, ce premier actif numérique français adossé à l’euro reste disponible uniquement via le courtier spécialisé en cryptomonnaies Coinhouse et ne peut être utilisé comme moyen de paiement dans les supermarchés du groupe.

Quels sont les risques et les dangers ?

Des travaux de recherche conceptuelle vont être menés, afin de  » déterminer les contours que devrait avoir un euro numérique « . Plusieurs problématiques entrent en ligne de compte, dont la question de l’énergie puisque les monnaies numériques sont très énergivores.

Toutefois, la BCE estime que la consommation d’énergie requise pour l’infrastructure serait négligeable par rapport à la consommation d’énergie et à l’empreinte environnementale de cryptomonnaies telles que le Bitcoin.

Selon une consultation en ligne lancée en novembre 2020, la principale inquiétude des Européens concernant l’euro numérique est un risque pour la protection de leur vie privée. Parmi les participants, 43% ont exprimé des craintes sur la confidentialité et 18% sur la sécurité.

Selon la BCE, les données seront toutefois mieux protégées qu’avec des équivalents proposés par des prestataires privés. Néanmoins, le niveau d’anonymat ne sera évidemment pas le même qu’avec l’argent liquide. Pour la BCE, il s’agit aussi d’une façon de lutter contre la fraude fiscale ou le financement d’activités illicites.

Les épargnants risquent toutefois de fuir vers cette nouvelle forme de monnaie. Pour cause, elle permet d’éviter les frais liés à un compte de dépôt classique. Les banques de la zone euro pourraient s’en trouver fragilisé. Pour pallier ce problème, la BCE envisage de taxer les dépôts au-delà d’un seuil qui pourrait être fixé à 3000€.

Enfin, pour éviter d’aggraver la fracture numérique au sein des sociétés, la BCE promet de continuer à fournir des espèces. Dans le cas contraire, les personnes dépourvues d’accès à la technologie seraient totalement marginalisées.

Les autres inquiétudes exprimées par les Européens sont la compatibilité du paiement dans toute la zone euro (11%), la gratuité du service (9%), et la possibilité de payer sans connexion à internet (8%).

Comment fonctionnera l’euro numérique ?

Pour l’heure, le fonctionnement de l’euro numérique n’est pas encore arrêté. Le but de la phase d’investigation lancée par la BCE le 14 juillet 2021 est notamment de trancher sur cette question.

Il pourrait être basé sur la blockchain, à l’instar des cryptomonnaies. Cette technologie a fait ses preuves en termes de sécurité et de transparence des transactions. De plus, les  » smart contracts  » ou contrats intelligents permettent d’automatiser certains usages comme les prélèvements.

En guise d’alternative, la BCE envisage une imbrication entre différentes technologies. Elle évoque notamment des architectures combinant des éléments centralisés et décentralisés.

Il faudra toutefois déterminer quelle technologie permettra le bon fonctionnement de l’euro numérique, dans le respect du cahier des charges induit par la consultation de l’automne 2020.

Le cours de l’euro numérique sera le même que celui de l’euro. L’objectif de la BCE n’est pas la création d’une cryptomonnaie volatile, mais un instrument stable et contrôlé pour les échanges.

Selon Adeline Bachellerie, spécialiste à la Banque de France,  » la mise en place d’une monnaie numérique ne se fera pas sans les banques  » dans la zone euro. Elle estime que «  la banque centrale n’a pas vocation à être en relation directe avec 340 millions d’utilisateurs potentiels « . Ainsi, les banques commerciales comme BNP Paribas ou le Crédit Mutuel en France se chargeront d’assurer la distribution d’un euro numérique.

Qui pourra utiliser l’euro numérique ?

En règle générale, les projets de monnaies virtuelles émises par des banques centrales comme l’euro numérique peuvent s’appliquer à deux cas d’usage distincts.

L’euro numérique de détail est une devise européenne pour les consommateurs européens qui disposeront d’un compte, parallèlement à la monnaie fiduciaire. L’euro numérique interbancaire sera une devise utilisable entre les banques pour le règlement et la livraison d’actifs financiers.

Un groupe de conseil composé de 30 figures éminentes de la finance

Fin octobre 2021, la Banque Centrale Européenne a annoncé la formation d’un groupe de conseil. Son rôle sera d’explorer le potentiel d’infrastructure et de circulation de l’euro numérique. Il a aussi pour mission de découvrir la fonction optimale de l’euro numérique au sein du vaste écosystème de paiements européen.

Le groupe est composé de 30 professionnels de la finance issus de diverses organisations. Parmi eux, on compte notamment Aleksander Kurtevski, directeur général de Bankart, Antonio Macias Vecino de BBVA, et Axel Schaefer de l’Ingka Group.

Les réunions de consultation auront lieu une fois par mois à partir de novembre 2021. Les 30 membres partageront leurs conseils et leurs découvertes au sein du Euro Retail Payments Board.

Le Conseil national du numérique appelle à presser le pas

Dans une note publiée en novembre 2021, le Conseil national du numérique (CNNum) incite les Européens à ne pas rater le train de l’e-monnaie : «  dans le domaine du numérique, ceux qui démarrent les premiers ont souvent un avantage impossible à rattraper. Il faut bien sûr mesurer les risques. Mais à se hâter trop lentement, nous risquons de louper le coche « 

Elle souligne le danger pour les banques de détail qui risquent de devenir inutiles, et les risques pour la vie privée liés à la traçabilité des transactions.

Toutefois, elle estime que l’euro numérique peut apporter des gains de productivité importants. Notamment pour les transferts de fonds transfrontaliers, qui peuvent aujourd’hui revenir très cher à cause de l’inefficacité réglementaire et technique et du monopole de certains acteurs.

Cette devise numérique pourrait aussi rendre les services financiers plus accessibles et développer de nouveaux modèles économiques. En guise d’exemple, le CNNum cite la récente adoption massive des NFT dans le domaine de l’art.

Cette monnaie numérique pourrait aussi permettre de nouveaux usages de par sa nature programmable. Elle pourrait par exemple aider à s’assurer que les prestations sociales ne soient utilisées que pour l’achat de produits de première nécessité. De même, un particulier pourrait programmer l’achat d’un produit spécifique dès que son prix descend sous un certain seuil.

Euro numérique : la banque centrale européenne liste les conditions de son succès

Dans un document publié début décembre 2021, la Banque Centrale Européenne liste les trois conditions nécessaires au succès du futur euro numérique. Ce document est signé par trois hauts responsables de la BCE : Fabio Panetta, Ulrich Bindseil et Ignacio Terol.

La nouvelle devise devra offrir suffisamment d’intérêt pour convaincre les citoyens européens. De leur côté, les banques nationales doivent s’assurer que l’euro numérique ne se transforme pas en une méthode d’investissement massive, ou qu’il nuise au rôle d’intermédiaire du secteur bancaire.

La première condition du succès de l’euro numérique est son  » acceptation mercantile « . Les utilisateurs doivent être en mesure de payer numériquement n’importe où. La monnaie numérique s’accompagnera sûrement de frais à chaque transaction et requiert des appareils dédiés pour le traitement des paiements.

Le second facteur de succès est la  » distribution efficace « . La BCE cite un rapport d’Eurosystem, selon lequel l’euro numérique devra être distribué par des intermédiaires supervisés tels que des banques ou des fournisseurs de paiement régulés. Il sera donc probablement nécessaire de payer ces intermédiaires pour les inciter à participer au projet.

La troisième condition est la capacité à utiliser le CBDC pour  » payer n’importe où, payer de façon sécurisée, payer de façon confidentielle « . La possibilité d’utiliser l’euro numérique pour les paiements entre particuliers pourrait motiver les citoyens européens. Des techniques permettant de renforcer la confidentialité pourraient aussi être utilisées par les banques centrales.

e-Yuan : la Chine lance sa monnaie numérique dès 2022

L’Union européenne n’est pas la seule puissance mondiale à vouloir lancer sa monnaie numérique. En réalité, les États-Unis et la Chine ont déjà une longueur d’avance dans ce domaine.

Dès 2022, la Chine compte lancer son  » e-Cny  » ou yuan numérique. Il s’agit d’une monnaie numérique centralisée, principalement prévue pour une utilisation par le grand public. Au fil des derniers mois, un programme pilote a été conduit dans plusieurs villes chinoises par la People’s Bank of China (PBOC), la banque centrale et les autres institutions en lien avec ce projet.

Ce yuan digital a deux principaux objectifs. Le premier est de créer une monnaie numérique pouvant rivaliser avec les cryptomonnaies comme le Bitcoin et les différents stablecoins, mais aussi avec les monnaies numériques des autres banques centrales. Les Chinois ont déjà massivement adopté les systèmes de paiements  » cashless  » comme Alipay ou WeChat Pay de Tencent.

Le second but, à plus court terme, est une refonte du système de paiement chinois actuel. Cette méthode de paiement numérique similaire au liquide sera accessible à tous, anonyme dans une certaine mesure, et stimulera la concurrence entre les fournisseurs de services de paiement.

Comme l’euro numérique, le yuan numérique sera totalement dépourvu de risque, car la PBOC sera directement responsable. En revanche, les portefeuilles numériques ne seront pas considérés comme des comptes en banque. Un numéro de téléphone sera suffisant.

Pour ouvrir un compte ou un portefeuille numérique, le consommateur devra se rendre auprès de l’une des six principales banques d’État, ou passer par les banques WeBank et MYBank sur internet.

Il sera ensuite possible de profiter de différents services délivrés par les banques et par les fournisseurs de services de paiement. Les transferts entre particuliers seront très simples, tandis que les commerçants devront mettre en place des infrastructures pour recevoir les paiements.

Même si les données personnelles seront protégées, le e-CNY permettra aussi aux autorités de suivre les activités illégales comme l’évasion fiscale ou le blanchiment d’argent.

La PBOC évoque un  » anonymat contrôlable « . Les utilisateurs pourront masquer leur identité, mais les autorités seront en mesure de tracer les transactions illégales. Le déploiement du e-CNY est prévu pour 2022, après les Jeux olympiques d’hiver au plus tard.

e-Dollar : la monnaie numérique des États-Unis

En mai 2021, les États-Unis ont lancé cinq programmes pilotes dans le cadre du Digital Dollar Project. Là encore, le principal objectif du e-dollar est de combattre la menace des cryptomonnaies comme le Bitcoin pour l’autorité des banques centrales.

Il s’agit aussi d’améliorer les systèmes de paiement traditionnels. Les paiements et monnaies fiduciaires sont déjà enregistrés numériquement, mais ne proviennent pas nativement d’une blockchain. L’objectif d’une CBDC est aussi de combattre l’activité terroriste et la fraude. Enfin, les États-Unis réalisent l’importance de restaurer la compétitivité de leur infrastructure monétaire.

Selon le livre blanc officiel du Digital Dollar Project, le but est d’offrir  » une meilleure flexibilité, optionnalité, stabilité et prospérité  » grâce au dollar. Ce projet mené en collaboration avec Accenture reposera sur un dollar  » tokenisé  » pour améliorer la position du dollar américain dans le monde entier.

L’hégémonie du dollar en tant que monnaie mondiale est en péril, notamment à cause des processus manuels et d’infrastructures vieillissantes. Une mise à niveau est indispensable pour rester compétitif technologiquement. Toutefois, le e-dollar devra respecter le Quatrième Amendement sur les droits à la vie privée et ne pas entamer la force du dollar américain.

Il existe d’importantes différences entre le e-dollar et le e-yuan. Par exemple, en Chine, seuls 10% des citoyens interrogés déclarent se soucier de la confidentialité. Pourtant, c’est une préoccupation pour 22% des Américains et 42% des Allemands.

Le e-yuan est critiqué par l’Occident pour son manque de confidentialité par rapport aux espèces. Il est perçu dans nos contrées comme un outil autoritaire. Le e-dollar devra offrir un meilleur anonymat, et le niveau de traçabilité et de contrôle offert par le e-yuan ne sera pas accepté aux États-Unis. En outre, si la société chinoise est déjà prête à se débarrasser de l’argent liquide, ce n’est pas le cas dans les sociétés occidentales.

L’autre différence majeure est que le e-yuan est centralisé et produit par la banque centrale pour les banques commerciales. De leur côté, les États-Unis comptent  » tokenizer  » le e-dollar qui reposera donc sur un réseau décentralisé à l’instar des cryptomonnaies basées sur la Blockchain.

En réalité, la compétition entre les grandes puissances est l’un des principaux arguments pour le déploiement des monnaies numériques. Les États-Unis et l’Europe craignent que le yuan numérique offre un avantage à la Chine.

Monnaie numérique et liberté : la suite logique du Pass Sanitaire ?

Aux yeux de nombreux experts, le e-Yuan et les autres monnaies numériques représentent une menace pour la liberté. L’introduction de ce système est perçue comme une manière d’accroître le contrôle de l’État sur les systèmes de paiement et de surveiller les transactions ou même les comportements personnels.

Dans son ouvrage  » The Future of Money: How the Digital Revolution Is Transforming Currencies and Finance « , l’économiste Eswar Prasad redoute que  » dans les sociétés autoritaires, l’argent des banques centrales sous forme numérique pourrait devenir un instrument additionnel de contrôle du gouvernement sur les citoyens plutôt qu’un moyen d’échange stable et sécurisé « .

C’est également l’avis d’Alex Gladstein, CSO de l’Human Rights FOundation. Selon lui, la conjonction entre le yuan numérique et le système de crédit social chinois pave la voie vers une « omniscience financière  » du gouvernement.

Au-delà d’un risque de surveillance, la PBOC pourrait faire disparaître l’argent numérique du compte d’un citoyen en un seul clic. Ce danger est particulièrement prononcé dans un état autoritaire comme la Chine, mais reste aussi techniquement possible pour les autres monnaies numériques dont l’euro.

Dans un avenir sombre, on peut notamment imaginer que l’argent numérique soit supprimé du compte d’un citoyen qui refuserait de se vacciner contre le Covid-19 pour mettre à jour son Pass Sanitaire

Quand sera lancé l’euro numérique ?

Initialement, l’euro numérique devait être mis en circulation en 2025. Il faudra toutefois que les résultats de la phase d’investigation de deux ans validée par la BCE s’avèrent concluants.

Par la suite, Fabio Panetta du directoire de la BCE estimait qu’il faudrait environ trois ans pour développer l’euro numérique. Un calendrier présenté comme  » ambitieux « .

Il s’agit d’un projet complexe pour la Banque Centrale Européenne, qui serait le plus important depuis le lancement de l’euro en 1999. Toutefois, certains gouvernements dont l’Allemagne souhaiteraient que le projet avance plus vite.

En novembre 2021, la BCE a finalement annoncé au Parlement européen son intention de lancer un prototype d’euro numérique début 2023. Il s’agit d’une première feuille de route officielle dans ce projet visant à concurrencer les cryptomonnaies.

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