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La police de San Francisco déploie des robots tueurs : bientôt en France ?

saLa police de San Francisco va autoriser ses robots à tuer les criminels en cas de besoin. Une décision qui laisse craindre un risque de dérives et d’abus. Faut-il craindre un phénomène similaire en France et en Europe ?

La ville de San Francisco aux États-Unis est réputée pour sa tolérance et sa diversité. Toutefois, elle pourrait aussi devenir la première ville où les robots sont autorisés à tuer les criminels.

Le San Francisco Police Department vient de proposer une nouvelle loi, donnant aux robots la permission de tuer. À la base, ce projet de loi était censé délimiter la façon dont le SFPD peut utiliser des armes de grade militaire.

Toutefois, il indique aussi que les robots peuvent être « utilisés comme une option de force létale quand le risque de perte de vie de civils ou d’officiers est imminent et l’emporte sur toute autre option de force ».

Les membres du Board of Supervisors Rules Committee de la ville ont passé en revue les nouvelles règles d’équipement pendant plusieurs semaines. La version d’origine du projet de loi n’incluait aucun élément concernant les robots.

C’est Aaron Peskin, le Doyen du Conseil des Superviseurs de San Francisco, qui a tenu à ajouter que « les robots ne devraient pas être utilisés comme usage de force contre une personne ».

Or, en réaction, la SFPD a renvoyé le brouillon avec l’ajout de Peskin rayé en rouge. À la place, une ligne autorisant les robots à tuer les suspects a été ajoutée.

Malgré sa réticence initiale, Peskin a décidé d’accepter ce changement, car « il pouvait y avoir des scénarios où le déploiement de force létale était la seule option ». Le projet de loi a été approuvé à l’unanimité par le comité des règles de San Francisco.

Le 29 novembre 2022, le Conseil des Superviseurs a finalement approuvé la loi. Seuls trois membres ont voté contre le projet.

Un amendement a été ajouté, pour préciser les circonstances dans lesquelles les robots pourront être utilisés. Seuls les officiers de haut rang auront le pouvoir d’autoriser l’usage d’une force létale.

Une flotte de 17 robots pilotés à distance

À l’heure actuelle, conformément aux règles d’équipement, le SFPD contrôle 17 robots pilotés à distance. Toutefois, seuls 12 sont fonctionnels. En plus de donner aux robots la capacité de tuer, la proposition de loi autorise aussi leur usage pour « les entraînements et simulations, les arrestations de criminels, les incidents critiques, les circonstances exigeantes, l’exécution d’un mandat ou pendant la consultation d’un appareil suspect ».

La majorité des robots listés dans l’inventaire du SFDP sont principalement utilisés pour désamorcer des bombes, ou pour manipuler les matériaux dangereux. Toutefois, les modèles Remotec les plus récents ont un système d’armement optionnel.

De même, le F5A déjà existant est doté d’un outil dénommé « PAN disruptor » pouvant charger une chevrotine. On l’utilise principalement pour faire exploser les bombes à distance, mais rien n’empêche théoriquement de faire feu…

Le QinetiQ Talon peut aussi être modifié pour tenir différentes armes. Une version armée de ce robot est d’ailleurs utilisée par l’armée américaine, et peut être équipée de lance-grenades, de mitraillettes ou même d’un fusil anti-matériel.

La décision de laisser les robots tuer a de quoi inquiéter. Toutefois, l’officière Eve Lakokwansathitaya rappelle que « le SFPD a toujours eu la capacité d’user de force létale quand le risque de perte de vie des membres du public ou d’officiers est imminent et dépasse toute autre option de force disponible ».

Elle précise également que « le SFPD n’a aucun plan spécifique en place, puisque les opérations inhabituellement dangereuses ou spontanées pendant lesquelles le SFPD a besoin de délivrer une force mortelle via les robots seraient une circonstance rare et exceptionnelle ».

C’est en 2016 qu’un robot a été utilisé pour tuer pour la première fois, par le Dallas Police Departement du Texas. Un robot démineur a été armé d’un appareil explosif pour tuer un suspect qui avait tiré et tué cinq officiers de police et blessé plusieurs autres. Il s’agit du même modèle de robot Remotec F5A que celui du SFPD.

À l’époque, le chef de la police de Dallas, David Brown, avait déclaré que le département « n’a vu aucune autre option que d’utiliser notre robot bombe et de placer un appareil sur son extension pour le faire exploser où le suspect était ».

En octobre 2022, un rapport de The Intercept a révélé que le Département de Police d’Oakland en Californie envisage aussi de laisser des robots Remotec F5A utiliser de force mortelle. Peu après la publication de ce rapport, face aux critiques du public le Oakland PD a annoncé sur Facebook avoir annulé son projet d’ajouter « des véhicules armés pilotés à distance » à son arsenal.

Malgré les protestations, il semble que les États-Unis soient en bonne voie pour laisser les robots combattre les criminels à la place des policiers humains. Ceci permettra certes de minimiser les pertes lors de fusillades, mais comment éviter le risque de dérives ?

Paradoxalement, plus tôt en 2022, plusieurs fabricants de robots dont Boston Dynamics se sont engagés solennellement à ne pas armer leurs machines. Heureusement, en France, il est peu probable que les robots policiers soient déployés avant de longues années…

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