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Le stockage ADN permet de cacher des données dans n’importe quel objet

Une expérience scientifique réussie démontre qu’il est possible de stocker des données sous forme d’ADN synthétique dans n’importe quel objet du quotidien. Dans un lointain avenir, cette méthode pourrait même permettre aux machines de s’auto-répliquer grâce à l’impression 3D…

Face à l’augmentation massive du volume de données générées par l’humanité, il devient urgent de trouver de nouvelles méthodes de stockage plus durables, moins encombrantes et moins gourmandes en énergie. L’une des alternatives les plus prometteuses est celle du stockage ADN, sur laquelle travaillent de nombreux chercheurs.

Il s’agit là de stocker des données sous forme d’ADN synthétique, en s’inspirant tout simplement de la façon dont les informations sont stockées dans la nature. L’ADN présente l’avantage majeur de permettre de stocker de grandes quantités d’informations de façon très condensée.

Aujourd’hui, un groupe constitué de chercheurs de l’ETH Zurich, en Suisse, et de scientifiques israéliens et américains annonce dans le journal Nature Biotechnology être parvenu à stocker des données ADN dans des objets imprimés en 3D. Dans un premier temps, l’équipe a synthétisé des molécules ADN encodant les plans du ” Stanford Bunny “ : un objet en forme de lapin couramment utilisé pour tester les graphiques informatiques.



Afin de les protéger, les molécules ont été intégrées à de petites particules de silice. Ces particules ont ensuite été mélangées avec un type de plastique appelé polycaprolactone. Ce matériau est souvent utilisé pour l’impression 3D. À partir de ce plastique contenant de l’ADN, les chercheurs ont imprimé le Stanford Bunny.

Par la suite, ils ont voulu vérifier s’ils étaient en mesure de répliquer le lapin à partir de l’ADN stocké. Pour ce faire, ils ont pris un échantillon de l’objet, extrait l’ADN du plastique et de la silice à l’aide de produits chimiques, et séquencé l’ADN. Les informations extraites ont bel et bien permis de fabriquer de nouveaux lapins.

stanford bunny

Stockage ADN : les machines bientôt capables de s’auto-répliquer ?

L’expérience démontre donc que les données ont été préservées sans dégradation. Selon Yaniv Erlich, Professeur Associé à l’Université de Colombia, aux Etats-Unis, l’un des principaux chercheurs du projet, ” les données pourraient être conservées pendant plusieurs décennies voire plus “. Selon les calculs des scientifiques, il serait possible de répliquer les lapins plus d’un quadrillon de fois sans que les données soient endommagées.

Jusqu’à présent, les données ADN étaient stockées dans des éprouvettes. Cependant, cette étude démontre qu’il est possible de stocker l’ADN dans des objets du quotidien. En parallèle, les chercheurs ont d’ailleurs aussi encodé avec succès un fichier vidéo sous forme d’ADN synthétique et l’ont intégré à une paire de lunettes de vue.


Cette réussite ouvre de nombreuses perspectives. Il serait par exemple possible de stocker des informations au sujet d’implants médicaux directement dans ces implants. Erlich imagine aussi la possibilité de stocker des photos dans les boutons de votre chemise, ou encore les plans de votre maison dans la peinture du mur de votre salon…

En outre, les travaux réalisés par ces chercheurs représentent un pas de plus vers un fantasme du domaine de la science-fiction : des machines capables de s’auto-répliquer, sans qu’une intervention humaine soit nécessaire.

Pour l’heure, les scientifiques ont dû répliquer manuellement le Stanford Bunny en extrayant et en décodant l’ADN contenant les instructions. Dans le futur, toutefois, il serait possible d’automatiser ces étapes pour permettre aux machines de se répliquer automatiquement. Selon Erlich, l’automatisation du processus d’extraction est déjà envisageable. En revanche, l’étape du séquençage semble bien plus compliquée à automatiser…