white data center neige japon

Japon : la neige pour refroidir les Data Centers ? L’idée révolutionnaire d’une ville d’Hokkaido

La ville de Bibai au Japon utilise la neige pour refroidir son Data Center. Une solution naturelle et économique, qui pourrait constituer une bonne alternative à l’usage d’eau potable ou de climatisation électrique…

Le nombre de Data Centers tout autour du monde continue de croître, afin d’accompagner l’essor du streaming, de l’intelligence artificielle, du Cloud Gaming ou du minage de cryptomonnaie.

Toutefois, ces fermes de serveurs consomment beaucoup d’énergie et représentent déjà 1% de la consommation mondiale selon l’International Energy Agency.

Et dans un contexte de crise climatique, le refroidissement des Data Centers crée la polémique. En août 2022, un journal local néerlandais a révélé la véritable consommation d’eau des Data Centers cachée par les GAFAM.

Lorsque l’air devient trop chaud pour refroidir les serveurs grâce à la climatisation, comme pendant la canicule, les Data Centers se rafraîchissent à l’eau potable

Ainsi, les Data Centers de Microsoft dans la région de Noordhollands ont consommé 84 millions de litres d’eau en 2021 alors que la firme avait annoncé n’avoir besoin que de 12 à 20 millions de litres d’eau par an…

Alors que l’Europe est confrontée à une sécheresse sans précédent, il devient impératif de chercher des méthodes alternatives pour refroidir les fermes de serveurs.

La ville de Bibai, située sur l’île japonaise d’Hokkaido, a trouvé une solution intéressante pour refroidir son White Data Center : utiliser la neige.

La neige fondue pour refroidir les serveurs

neige data center japon

La neige autour du bâtiment est collectée et amassée en monticule. Par la suite, la chaleur des serveurs fait lentement fondre la neige et l’eau refroidit les tuyaux contenant de l’antigel. Elle se répand ensuite dans le Data Center par le biais d’un système d’air conditionné, maintenant les températures autour de 25 degrés.

Comme l’explique le directeur du WDC, Kota Honma, « la température est contrôlée en combinant le froid de la neige et la chaleur des serveurs pour garder la température au bon niveau tout au long de l’année ». Pendant l’été, la neige accumulée est isolée avec une couverture de copeaux de bois et de boue.

Le Data Center de Bibai mène des expériences avec la neige depuis 2014, avec l’aide de l’Organisation des Nouvelles Technologie Energétiques et Industrielles du Japon (NEDO). Selon Honma, cette approche innovante a permis de réduire les coûts de refroidissement de 55%.

Désormais, White Data Center est une entité commerciale et espère attirer les entreprises des Data Centers basés à Tokyo. Toujours selon Honma, « WDC est toujours climatisé en utilisant 100% d’énergie naturelle, sans refroidissement électrique et sans carburants thermiques ».

Ainsi, selon lui, « en comparaison avec le coût de location d’un rack de serveur à Tokyo, nous pouvons offrir des coûts de maintenance plus bas ».

Tranformer la neige en alliée

white data center

Depuis bien longtemps, l’économie du nord du Japon est étroitement liée à la neige. Chaque année, environ huit à dix mètres de neige tombent sur la ville de Bibai, située à environ 1000 kilomètres du nord de Tokyo. Elle dépense 400 millions de yens (2,9 millions de dollars) pour la ramasser et s’en débarrasser.

Selon Honma, « les résidents la considèrent comme une nuisance, mais elle pourrait être utilisée à bon escient ». La municipalité de Bibai travaille en partenariat avec WDC pour livrer une partie des 200 000 tonnes de neige ramassées chaque année dans les rues de la ville au Data Center. Grâce à cette capacité de refroidissement accrue, WDC espère passer de 20 racks de serveurs à plus de 200.

Le directeur exécutif du département économique de Bibai, Takahisa Tsuchiya, estime qu’il n’y a pas à hésiter à stocker de l’énergie gratuite tombant du ciel : « nous disons toujours que nous devrions changer notre point de vue et faire de la neige notre alliée ».

En parallèle, WDC utilise la chaleur des serveurs pour réchauffer l’air et l’eau d’une serre adjacente où l’entreprise cultive des champignons. Elle a également testé d’autres végétaux comme des épinards, des grains de café, des ormeaux et des oursins. La firme espère aussi devenir le premier élevage d’anguilles commercial d’Hokkaido.

Un marché à 12 milliards de dollars

À l’échelle mondiale, le marché du refroidissement de Data Center pourrait atteindre 12 milliards de dollars d’ici 2027 selon les experts d’Arizton. Les géants de la tech, eux aussi, cherchent à exploiter le froid des pays du nord.

Dans son Data Center situé à Odense, au Danemark, Facebook utilise l’air extérieur pour refroidir le bâtiment et espère utiliser la chaleur dans les hôpitaux locaux. De même, Google utilise l’eau de l’océan par le biais de tuyaux pour rafraîchir un Data Center en Finlande et se fixe pour objectif de réduire ses émissions de carbone à zéro d’ici 2030.

Toutefois, certains experts estiment qu’il est plus urgent de se focaliser sur le type de données prises en charge par les fermes de serveurs pour réduire leur consommation d’énergie. Le minage de cryptomonnaie comme le Bitcoin requiert par exemple de vastes volumes d’électricité

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Pin It on Pinterest