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L’industrie de l’IA chamboulée par la crise d’OpenAI : qui sont les nouveaux leaders ?

Alors qu’OpenAI régnait jusqu’à présent sur l’industrie de l’intelligence artificielle depuis le lancement de ChatGPT, la crise traversée par l’entreprise fin novembre 2023 vient de bouleverser l’ordre établi. Les concurrents de la firme de Sam Altman cherchent à profiter du chaos pour s’asseoir sur le trône…

Au cours de la semaine dernière, le créateur de ChatGPT, OpenAI, a traversé une véritable crise interne. Suite à la création d’une nouvelle IA potentiellement dangereuse pour l’humanité, Projet Q*, le CEO Sam Altman a été temporairement renvoyé.

Après quelques jours de tumulte, sous la menace des employés de démissionner, il a finalement repris son poste tandis que le conseil d’administration de l’entreprise a été dissous.

La crise est désormais terminée, mais ce court épisode a suffi à mettre en doute l’hégémonie jusqu’alors incontestée d’OpenAI sur l’industrie de l’IA depuis le lancement de ChatGPT…

Anthropic Claude surpasse désormais GPT-4 Turbo

Pendant qu’OpenAI était occupée à résoudre ses conflits internes, la startup Anthropic créée par d’anciens ingénieurs de la firme en a profité pour déployer une importante mise à jour de son propre chatbot Claude.

Cette nouvelle version Claude 2.1 peut traiter un maximum de 200 000 tokens en une seule fois. C’est l’équivalent de 500 pages de texte.

Sa capacité a donc été doublée, et survole largement celle de GPT-4 limitée à 32 000 tokens. Selon Anthropic, il s’agit d’une « première à l’échelle de l’industrie ».

De plus, le chabot « hallucinera » deux fois moins souvent des faits qui n’existent pas, et peut effectuer des tâches comme la recherche web ou l’utilisation d’une calculatrice par le biais d’outils personnalisables.

Encore en beta, cette nouvelle fonctionnalité d’utilisation d’outils va permettre aux utilisateurs de connecter des outils API tandis que Claude choisira le meilleur en fonction du contexte.

Il peut également désormais prendre en compte les instructions persistantes et personnalisées, ce qui va permettre de customiser le chatbot pour réagir de façon spécifique ou avec une personnalité.

Enfin, une fenêtre de test va permettre d’essayer de nouveaux prompts. Avec cette nouvelle version, Claude devient théoriquement le LLM le plus avancé de l’industrie !

Selon The Information, le conseil d’administration d’OpenAI aurait d’ailleurs contacté le CEO d’Anthropic, Dario Amodei, afin de proposer une fusion entre les deux entreprises suite au renvoi d’Altman. Cette proposition a toutefois été refusée.

Inflection-2 : un nouveau modèle plus puissant que Google PaLM

La startup Inflection AI, à qui l’on doit déjà le chatbot populaire dénommé Pi, co-fondée par Mustafa Suleyman de DeepMind et le créateur de LinkedIn Reid Hoffman, a également lancé un nouveau modèle : Inflection-2.

Ce dernier surpasserait Google PaLM sur plusieurs benchmarks clés, mais plusieurs étapes doivent encore être franchies avant d’en faire le nouveau moteur du chatbot Pi. Le but est de s’assurer qu’il puisse être « une IA personnelle utile et sûre ».

En réaction à la crise traversée par OpenAI, le CEO d’Inflection Mustafa Suleyman a également pris la parole sur Twitter en invitant les employés qui décideraient de quitter la firme à « venir courir avec nous ! ».

https://twitter.com/mustafasuleyman/status/1727348598965501984

Google Bard prend la tête de la course

Après ses débuts compliqués, Google Bard rattrape désormais son retard sur ChatGPT et pourrait profiter de la crise pour le surpasser.

Suite aux dernières mises à jour, cette IA est désormais capable de citer ses sources sous forme d’URL, de naviguer sur le web pour des réponses récentes, et même de programmer en Python ou d’analyser des données.

Un autre atout est son intégration avec les applications Google comme Docs et Sheets. Ainsi, l’affirmation selon laquelle Bard était loin derrière ChatGPT n’est plus vraie aujourd’hui.

Microsoft en profite pour lancer Orca 2 : son propre LLM

Malgré son statut de partenaire exclusif d’OpenAI, Microsoft vient d’annoncer une mise à jour de ses propres LLM. Le nouveau Orca 2 est proposé dans deux tailles, plus petites que GPT-4 et Meta LLAMA 2.

Selon les chercheurs, le modèle le plus petit offre des capacités jusqu’alors réservées aux plus larges modèles. Dans certains cas, il peut même les surpasser.

En effet, « l’une des découvertes clés derrière Orca 2 est que différentes tâches peuvent bénéficier de différentes stratégies de solution et que la stratégie employée par un large modèle peut ne pas être le meilleur choix pour un plus petit ».

Par exemple, un modèle très large comme GPT-4 peut répondre à des tâches complexes directement, tandis qu’un modèle plus petit aura davantage intérêt à décomposer les tâches en étapes

OpenAI rendu plus fort par la crise ?

Au lieu d’affaiblir OpenAI, cette crise a potentiellement renforcé l’influence de Sam Altman et de ses associés. Désormais, le conseil d’administration n’est plus là pour s’opposer à ses décisions et faire office de contre-pouvoir.

Le nouveau conseil composé du CEO de Quora, de l’ex-président d’Harvard Larry Summers et de l’ex-CEO de Salesforce Bret Taylor va très certainement soutenir sa stratégie.

Or, les experts en éthique IA s’inquiètent que cette puissante technologie ne soit contrôlée que par une poignée de personnes.

Selon Emily M.Bender, professeur de langues à l’Université de Washington, « la concentration accrue de capital, de puissance informatique et de données est un problème, parce que c’est une situation où nous acceptons le narratif que la collecte de données doit être autorisée car il s’agit d’un ingrédient nécessaire pour l’IA ».

Avec Microsoft en guise d’allié proche, OpenAI peut choisir d’exploiter cette puissance d’une façon qui renforcera ou dégradera la confiance.

Aux dires d’Ali Alkhatib, chercheur et éthicien IA, « Microsoft a toujours eu l’anxiété d’être laissée sur le bas-côté de la vague technologique, comme face à Google et la recherche web. Avec Sam et OpenAI, ils ont toutes les personnes nécessaires pour rester à l’avant de cette bulle bourgeonnante ».

Selon Jérôme Malzac, Directeur de l’innovation chez Micropole, cette crise aurait pu avoir un impact bien plus lourd : « l’impact des événements du week-end dernier aurait pu être bien plus conséquent si la crise n’avait pas été rapidement résolue grâce au retour de Sam Altman et Greg Brockman. Si Microsoft avait dû constituer une nouvelle équipe de recherche complète, y compris avec des membres d’OpenAI, les différences en termes d’inertie organisationnelle entre une grande entreprise et une start-up, ainsi que des méthodes de travail probablement différentes, auraient pu aggraver la situation pour les deux entités (OpenAI et Microsoft). Microsoft bénéficie probablement d’une influence accrue et d’une présence plus marquée dans les décisions de Sam Altman, ainsi que d’une orientation économique plus marquée ».

Cependant, « la composition du nouveau conseil d’administration, plus orienté business et création de valeur (Taylor ancien co-PDG de Salesforce & Summers économiste & ancien secrétaire au Trésor américain) suggère une trajectoire avec des objectifs économiques plus prononcés avec la volonté de combiner l’innovation technologique et la vision économique. Il y a par contre probablement de nouveaux défis pour ces 2 structures : faire converger les objectifs commerciaux et la philosophie fondatrice consistant à faire progresser l’IA pour le bien commun.

Trouver cet équilibre sera crucial pour définir la trajectoire future et l’influence d’OpenAI et Microsoft dans l’industrie de l’intelligence artificielle ».

Une aubaine pour l’Open Source ?

Au contraire, la restructuration d’OpenAI a potentiellement pu semer le doute dans l’esprit des clients, des investisseurs et des chercheurs en IA au point de leur passer l’envie de miser l’avenir de la technologie sur une seule entité.

Selon Giada Pistilli, éthicien en chef de Hugging Face, « nous croyions tellement en OpenIA qu’on pensait que s’il lui arrivait quelque chose, toute la communauté IA se disloquerait, mais ce n’est pas vrai. C’est peut-être une chance pour d’autres entreprises open-source de prendre les devants ».

Aux yeux de Vivek Sharman CEO de Movable Ink, cet événement pourrait aussi inciter les entreprises à utiliser différents modèles de langage pour pouvoir se tourner vers un fournisseur en cas de problème chez un autre.

De plus, il estime que l’utilisation de plusieurs LLM différents ayant chacun une fonction pourrait revenir moins chère et s’avérer plus efficace que de s’en remettre à un seul LLM généraliste comme celui d’OpenAI.

Le directeur de l’innovation chez Micropole, Jérome Malzac, confirme cette tendance : « si la crise avait duré plus longtemps, cela aurait pu permettre aux gros concurrents comme Google, Amazon, Meta de rattraper leur retard et de se positionner comme des alternatives aussi performantes.

Même si cette compétition ressemble davantage à un marathon qu’à un sprint, les perturbations n’ont peut-être pas duré suffisamment longtemps pour impacter significativement les portefeuilles clients d’OpenAI et Azure. Mais si des structures comme Open AI adossées à Microsoft peuvent vaciller en si peu de temps, il est indispensable pour leurs clients de prévoir des mécanismes de bascule en temps réel vers d’autres acteurs / modèles LLM (open source ou Gafa restant) pour garantir une continuité du service.

La mise en place de ces alternatives est indispensable pour assurer une résilience face aux potentielles crises à venir permettant ainsi aux concurrents (en particulier open source et modèles privés) de se positionner et profiter ainsi de cette mini crise ».

Vitesse ou sécurité ? L’industrie de l’IA face à un dilemme cornélien

De nombreuses questions se posent également sur la sécurité et l’éthique de l’intelligence artificielle. Les dissensions au sein de l’entreprise sont en grande partie liées à la vitesse effrénée à laquelle Sam Altman souhaite déployer les nouveaux modèles IA auprès du grand public.

Certains craignent en effet que l’IA devienne incontrôlable, et souhaitent que les acteurs de l’industrie prennent le temps de mesurer les conséquences avant de relâcher leurs modèles surpuissants dans la nature.

Toutefois, paradoxalement, le chaos provoqué par l’administration d’OpenAI risque au contraire d’accélérer la course déjà existante entre les entreprises du secteur pour la création de la toute première « IA générale »

De son côté, Max von Thum, directeur du Open Markets Institute pour l’Europe, les turbulences traversées par OpenAI pourraient mener à l’accélération de la régulation du secteur.

Il estime que les entreprises individuelles sont « trop inconstantes et instables pour se réguler elles-mêmes » et que les fournisseurs de modèle IA devraient être tenus au respect de standards comme celui proposé par l’AI Act de l’UE.

En outre, la mésaventure de Sam Altman met en lumière toute l’ironie de la mission des leaders de l’industrie. Comme le souligne le chercheur et philosophe Emile Torres : « Une poignée de personnes tente de développer cette technologie qui impactera tout le futur de l’humanité, et une partie de ce développement est de s’assurer qu’elle soit sûre, ce qui implique d’anticiper les risques potentiellement catastrophiques »…

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