Innodisk : le leader de l’AIoT à la conquête du marché français

Leader mondial de l’AIoT (Artificial Intelligence of Things), l’entreprise Innodisk entre enfin sur le marché français dans un contexte où l’IA et l’IoT sont en plein essor. Pour l’occasion, nous nous sommes entretenus avec Pierre François Casta, French country manager de la firme.

Fondée en 2005 et basée à Taipei, l’entreprise Innodisk est l’un des principaux fabricants mondiaux de mémoire flash et DRAM. Déjà implantée sur les cinq continents, la firme fait enfin son entrée sur le marché français en 2021.

Loin de se cantonner aux simples technologies de stockage, Innodisk innove à travers l’intelligence artificielle, le Edge Computing, l’IoT ou encore la cybersécurité.

Afin de présenter ce fournisseur à nos lecteurs, nous avons échangé avec Pierre François Casta, French country manager. L’occasion de découvrir les points forts d’Innodisk, ses technologies, sa philosophie et sa stratégie pour conquérir l’hexagone…

LeBigData.fr : qu’est-ce que l’AIoT ? Comment est né ce concept ?

L’AIot est la fusion de l’Intelligence Artificielle (AI) et de l’Internet des Objets (IoT). À l’origine, l’idée de l’IoT était d’envoyer les données collectées par les capteurs et périphériques vers un concentrateur ou des réseaux distants.

En 2020, les Objets Connectés sont estimés à près de 50 milliards. Il devient de plus en plus complexe de traiter l’ensemble des données recueillies via des serveurs distants sans entraîner des délais de traitement trop longs qui nuisent aux performances globales du système.

L’AIoT est né de l’impératif à aider le Edge Computing à analyser les données à traiter au plus proche des Objets connectés. Pour répondre à ce défi, les solutions AIoT doivent être équipées de composants qui puissent adresser des environnements spécifiques, nos solutions mémoires et Flash de stockages sont conçues ou adaptées pour satisfaire ces nouvelles applications.

Pouvez-vous me présenter les principaux cas d’usage ? Quels sont les avantages de cette technologie pour les entreprises ? Dans quels secteurs d’activité peut-elle être déployée ?

Les cas d’usages sont nombreux, mais nous pouvons citer la réduction de consommation énergétique, la durabilité environnementale, l’optimisation des déplacements, ou l’amélioration des processus de production (industrie 4.0).

Un des avantages de l’AIoT est de placer l’intelligence au cœur des périphériques connectés ce qui a pour effet une amélioration considérable dans le traitement des données collectées et par conséquent l’adaptation en temps réel des processus d’optimisation.

Grâce à son traitement local des données, l’AIoT permet de gérer des périphériques connectés déployés dans des zones avec une faible couverture réseau voire non couverte.

L’AIoT est de plus en plus présent dans la production qu’elle soit industrielle, énergétique ou même l’agriculture. Il en va de même pour les infrastructures qu’elles soient liées aux déplacements privés (Automobiles autonomes) ou publics (train, bus, avion) et des villes (environnement, consommation énergétique, optimisation des déplacements).

Le secteur des services est également fortement représenté, l’AIoT étant déployé dans le médical (télémédecine, gestion du patient), le commerce (logistique). Le secteur d’activité de la Sécurité est également en pleine mutation grâce à l’AIoT (gestion des flottes de véhicules, sécurisation des personnes et des biens par la reconnaissance faciale et des objets..)

Sur quelles technologies reposent vos solutions ?

Pour répondre aux exigences sévères de l’AIoT nos solutions sont conçues et produites sur la base de nombreuses technologies innovantes. Par exemple, pour les nombreuses applications extérieures et isolées, nous avons développé une technologie de protection contre les coupures d’alimentation (iCell).

L’ensemble de nos produits sont disponibles en version  » températures étendues « (-40°C à +85°C). Nos produits reçoivent un traitement contre la corrosion afin d’en assurer la longévité de fonctionnement dans les milieux industriels.

Nous proposons également les technologies de chiffrements AES et TCG Opal pour la protection des données. Notre solution logicielle iCAP™ est une plateforme de gestion accessible via un navigateur vous permettant de surveiller l’état de nos SSD, de nos mémoires Dram et des composants principaux de nos cartes de communications (Raid, CanBus).

iCAP™ centralise les données de tous les appareils connectés en les stockant sur un serveur central, un cloud ou un intranet. À partir de là, les données sont facilement accessibles depuis votre téléphone portable, tablette ou ordinateur portable connecté à Internet. iCAP intègre également notre outil iCover qui permet la sauvegarde du système et la mise à jour du firmware à distance.

Innodisk s’implante en France. Pourquoi avoir choisi ce marché, et comment comptez-vous le conquérir ? Quels sont les défis à relever et au contraire les opportunités ?

Innodisk est résolument orienté à l’international. Depuis l’ouverture du Bureau Européen en 2012 en Hollande, nos produits sont de plus en plus utilisés en Europe. Notre implantation en France à Montigny-le-Bretonneux (agglomération de Saint-Quentin en Yvelines) a pour but de renforcer notre présence sur le marché français que nous considérons comme très actif dans les secteurs des nouvelles technologies innovantes.

Nous sommes déjà présents dans beaucoup de secteurs d’activités en France tels que l’Industrie, le Médical, les Télécom, le Transport, l’Aéronautique, l’Agriculture, l’Energie, l’Aérospatiale (mission critique) et bien d’autres encore. Notre bureau en France va permettre d’apporter toujours plus de support en local à nos partenaires commerciaux et clients.

Notre connaissance du marché de l’embarqué en France nous permet d’appréhender avec beaucoup d’efficacité les projets complexes de nos clients, notre équipe est présente localement pour accompagner nos clients dans leurs choix de Flash de stockage, mémoire DRAM et cartes de communications (Ethernet, USB, Raid, Can Bus…).

Comme le montre la pénurie actuelle sans précédent, il est très important de disposer du support d’un fabricant en local afin de pouvoir gérer au mieux les urgences des clients (arrêt de production, choix d’alternatives…).

La crise sanitaire actuelle a été un premier défi pour l’ouverture du bureau. Un autre défi a été de renforcer notre présence dans certains secteurs comme le médical, la logistique pour continuer notre développement, car d’ autres secteurs comme le transport ou le commerce ont vu leurs besoins fortement réduire en raison de la crise sanitaire.

La fin de la crise sanitaire sera pour nous une opportunité d’accompagner de nouveau nos clients évoluant dans les domaines du transport et du commerce. Par ailleurs, les nouvelles technologies et produits développés chaque année par nos services de R&D matériels et logiciels sont pour nous de réelles opportunités de développements. Par exemple, notre technologie InnoOSR nous permet de proposer aux clients une solution de récupération d’image en local.

Pouvez-vous m’en dire plus sur vos technologies de stockage de données ? Quelles sont vos forces dans cette industrie très compétitive ?

Nous offrons depuis plusieurs années l’ensemble des formats de solutions de stockage Flash : SSD 1.8’’, 2.5’’,U.2,M.2,mSata,Sata-DOM,Micro-SD,SD en température standard et étendues (-40°C à +85°C).

Les technologies dont nous avons doté nos produits nous permettent de répondre à de très nombreuses applications dans les domaines des systèmes embarqués, de l’industrie, du médical, de l’aéronautique, du spatial, du transport, de la logistique, de la robotisation, de l’énergie, de l’agriculture, de la sécurité, des serveurs d’applications, des télécoms.

Entre-temps, nous continuons de développer l’AIot depuis 2018, Innodisk  accroît le nombre de brevets liés aux développements de nos produits.En 2018, Innodisk a été le premier à annoncer la nouvelle technologie de gestion à double bande sur SSD. Cette année, nous avons également annoncé un SSD qui intègre la nouvelle technologie blockchain, InnoBTS, qui est un réel potentiel pour le marché de l’AIoT.

Nos deux centres de production nous permettent d’assurer la production mensuelle de 1,3 million de produits.

Notre avantage réside dans notre portefeuille de technologies matérielles, logicielles et firmware pour lesquels nous investissons sans compter chaque année afin mettre l’innovation au centre de nos développements produits.

Ces innovations nous permettent de proposer des produits fiables, performants qui s’adressent à des applications de plus en plus exigeantes.

Pouvez-vous m’en dire plus sur le Self-Encrypting SSD ?

En Edge Computing, la donnée recueillie par le capteur est analysée en local. Elle a donc directement une certaine valeur.

Or, elle est ensuite transmise sur requête des opérateurs. Il est donc impératif que cette donnée soit protégée, chiffrée. Nous avons donc conçu la série InnoRobust : un SSD Self-Encrypting intégrant un composant hardware permettant le chiffrement AES ou TCGTGC OPAL.

Lorsque la donnée est transmise par le SSD, elle est donc déjà chiffrée et par conséquent, elle est donc protégée contre le vol de données ou autres menaces. C’est très important, car il peut s’agir par exemple de données critiques d’opérateurs d’énergie pouvant être exploitées par des hackers ou des concurrents.

Il en va de même pour le secteur bancaire, où les données doivent être chiffrées et protégées. C’est également vrai pour le comptage énergétique ou le comptage d’eau. Aujourd’hui, la Data est le nerf de la guerre et les clients ont besoin de s’assurer que la donnée ne soit pas exploitable même si elle est volée.

En fin d’année, nous prévoyons d’ailleurs aussi de lancer la série InnoBTS. Elle s’appuiera sur la technologie Blockchain pour offrir un chiffrement intégré par un composant hardware encore plus évolué.

Cette technologie est très demandée, notamment en Data Center et dans le Cloud Computing où les transferts de données atteignent plusieurs gigabits de volume. En effet, les techniques traditionnelles permettent uniquement un chiffrement bit par bit et ne sont donc plus adaptées. La chaîne de blocs permet le chiffrement de paquets ou de blocs de données.

Le Edge Computing est de plus en plus utilisé. Comment abordez-vous cette technologie, quelles sont vos solutions ?

Le Edge Computing est le calcul au plus proche du capteur dans l’AIoT. Ces capteurs travaillent en temps réel et font l’acquisition de plus en plus de données, elles-mêmes de plus en plus complexes.

Alors que les données étaient jadis remontées vers un serveur qui effectuait tous les calculs, entraînant des temps de latence dans l’analyse de la donnée brute, elles sont désormais traitées en Edge Computing au plus près des capteurs. Ceci permet d’éviter la latence, mais requiert de plus en plus de capacité de mémoire, et de rapidité d’écriture et de lecture.

La technologie de Edge Computing repose sur des PC embarqués toujours plus performants. Ces unités de calcul peuvent être des cartes-mères, ou des PC châssis.

Nous intervenons donc en périphérie, à l’intérieur de ces cartes-mères et de ces PC châssis. On fournit une mémoire flash de plus en plus rapide, tant en termes d’écriture que de lecture.

On fournit aussi des mémoires vives de plus en plus rapides, ayant atteint cette année 3200 MT/s  et même 4800MT/s pour nos nouveaux modules Dram DDR5. C’est ce qu’il y a de plus rapide sur le marché à l’heure actuelle.

La capacité est également toujours plus élevée. Elle atteint aujourd’hui 32Go, sous un format SoDIMM ou DIMM. Le Edge Computing repose en effet souvent sur la mémoire vive, avec des applicatifs en multitâche sous Linux ou autre OS utilisant tous les cœurs des processeurs x86.

Il faut donc une mémoire vive toujours plus performante, pour que chaque cœur de processeur ait suffisamment de mémoire pour faire tourner tous ces applicatifs. C’est la raison pour laquelle nous développons chaque année des produits de plus en plus performants pour répondre à cet accroissement de besoins liés au Edge Computing.

Vous proposez de rendre la reconnaissance faciale plus intelligente. De quelles façons ? Par ailleurs cette technologie est très controversée, à cause des risques pour la confidentialité, mais aussi des biais entraînant un risque de discrimination et d’inégalités. Comment répondez-vous à ces problématiques ?

Nous avons parmi nos produits des Embedded Products, nous avons une gamme de cartes de communication entrée/sortie. Parmi ces produits, nous avons depuis quelques mois des cartes intégrant des puces Intel Movidius.

Ces puces nous permettent de faire de la reconnaissance faciale, de la reconnaissance d’objet ou de couleurs… ce sont des cartes au format M.2.2, facilement intégrables dans des cartes mères de PC industriels ou des mini-PC.

Aujourd’hui, nous ne répondons pas directement aux problématiques liées à la reconnaissance faciale. Nous accompagnons ces produits de briques logicielles sous la forme d’ un SDK (Software Development Kit).

Par contre, les couches supérieures permettant de protéger la confidentialité ou le transfert des données sont à mettre en œuvre par nos clients. C’est à eux de se mettre en conformité. Nous fournissons uniquement les couches basses pour l’analyse faciale, l’analyse d’objets ou de couleurs.

À l’heure actuelle, les principales applications de ce type de produit sont des applications de vision industrielle : contrôle de qualité des pièces en production pour vérifier qu’elles soient conformes au cahier des charges.

C’est une possibilité offerte par nos SDK, mais nous n’avons pas de client français ayant développé ou mis en place d’application de reconnaissance faciale, de reconnaissance de véhicule ou de plaques minéralogiques pouvant poser des problèmes de confidentialité.

Ceci s’explique par l’encadrement mis en place par la CNIL en France qui contraint les clients. Ce n’est pas forcément le cas en Angleterre, aux États-Unis et en Asie où les clients d’Innodisk ont effectivement lancé des projets de reconnaissance faciale.

Quelle est votre philosophie en matière de cybersécurité ?

En matière de cybersécurité, nous considérons que la donnée doit être protégée dès le départ. Cela passe par le traitement que réalise le processeur, mais très souvent les processeurs x86 ne possèdent pas de composant de chiffrement intégré.

Un client qui veut chiffrer doit ajouter entre le processeur et le stockage une carte de chiffrement, au format PCI Express ou autre. Cela ajoute une complexité, puisqu’il faut posséder le slot adapté. Le format ne peut donc plus être aussi compact.

C’est une vraie problématique pour les clients, qui doivent concevoir des systèmes à base de FPGA intégrant eux un composant de chiffrement. C’est économiquement intéressant si le client a plusieurs centaines de milliers ou millions de pièces, par exemple dans le cas d’un terminal bancaire.

Sur des quantités moindres, ce n’est pas rentable. Il faut donc protéger la donnée sur l’unité de stockage, et c’est ce que nous réalisons sur nos SSD.

On parle de plus en plus des nouveaux dangers pour la cybersécurité, comme les malwares basés sur l’IA ou les systèmes quantiques capables de déjouer les chiffrements. Comment abordez-vous cette problématique ?

Les hackers et les cybercriminels évoluent effectivement très vite. Face à l’intelligence artificielle, on atteint la limite des processeurs classiques x86.

Nous n’utilisons aujourd’hui que des composants de chiffrement, mais on réfléchit à intégrer en plus de ces composants des composants d’intelligence artificielle directement dans les SSD.

À l’heure actuelle, l’IA est intégrée entre le processeur de calcul et l’unité de stockage. Il faut là encore passer par le PCI Express, rajouter une carte d’interface, ce n’est pas pratique. Demain, Innodisk ajoutera directement le composant IA à son SSD au même titre que le composant de chiffrement.

Ceci permettra d’apporter encore plus d’analyse, afin de faire face à des attaques de plus en plus difficiles à déjouer. Un malware se fait souvent passer pour un élément inoffensif. Ainsi, avant même de chiffrer la donnée sur le SSD, l’IA doit permettre de l’analyser en local pour détecter les dangers. C’est un projet pour le courant 2022, 2023 au plus tard.

L’intelligence artificielle apporte de nombreux avantages, mais l’automatisation menace aussi de nombreux emplois. Est-ce un phénomène contre lequel vous prenez des mesures, ou est-ce que vous vous concentrez uniquement sur l’aspect technologique en laissant les gouvernements poser des garde-fous ?

Pour nous, l’humain reste au cœur du système, puisque de toute façon les données sont là pour apporter des services à l’humain.

Malheureusement, dans la conception de nos produits, il n’est pas possible d’insuffler des garde-fous. C’est aux autorités de régulation, à l’échelle mondiale, que des mesures doivent être prises en fonction des industries.

Quels sont les projets d’Innodisk pour le futur ?

Courant 2021, nous allons proposer des solutions Flash Nvme PCIe Gen 4 au format M.2 et U.2 offrant de très hautes vitesses de lecture et d’écriture spécialement conçues pour les applications AIoT (Intelligence artificielle pour les objets connectés).

Côté mémoire, nous complétons notre gamme de modules DRAM forte capacité et haute vitesse (DDR4 32Go – 3200MT/s format SO-DIMM) par des modules DRAM DDR5  avec des capacités allant jusqu’à 32GB et des vitesses de 4800 MT/s, ces produits sont orientés pour les applications 5G, AI, Edge Computing, médicales et supercalculateurs.

Pour les cartes de communication, nous proposons cette année notre produit EGPL-T101 qui est le premier module M.2 2280 à proposer une interface 10GbE Base-T Ethernet, il est basé sur le contrôleur Ethernet Marvell AQC FastlinQ 113C. Nous le recommandons pour les applications de Vision industrielles, Serveurs et réseaux hautes vitesses, sécurités, robotiques.

Ces nouveaux produits et technologies nous permettront de consolider notre position de premier fabricant mondial de SSD industriel depuis 2018 selon Gartner, et de continuer notre progression dans le Top 10 des fabricants de modules DRAM selon Trendforce.

 

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