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[Enquête] l’intelligence artificielle va-t-elle tous nous mettre au chômage ?

L’intelligence artificielle va-t-elle provoquer une vague de chômage sans précédent ? Quel sera l’impact réel de l’automatisation sur l’emploi, en France et dans le monde ? Quelles sont les solutions pour éviter la catastrophe ? Découvrez les réponses à ces questions à travers notre enquête complète…

Par le passé, chaque révolution industrielle a bouleversé le monde du travail. À chaque disruption technologique, les entreprises cherchent à exploiter les avancées techniques pour accroître leur productivité et dégager des bénéfices.

Après l’électricité, la roue et la machine à vapeur, l’intelligence artificielle s’apprête à transformer l’emploi. En assistant ou même en remplaçant l’humain sur différentes tâches, la machine permet de gagner en productivité et de faire des économies.

Si l’IA peut déjà remplacer l’humain sur des tâches manuelles et répétitives, elle sera bientôt capable de le surpasser sur les tâches les plus complexes et intellectuelles. Il ne s’agit que d’une question de temps.

Tout a commencé en 1978, avec le premier duel entre l’humain et la machine. C’est à cette époque que le superordinateur IBM Deep Blue a vaincu le champion du monde d’échecs Garry Kasparov. Vingt ans plus tard, Alphago battait le meilleur joueur du jeu de Go, Ke Jie. Si Deep Blue n’a gagné que grâce à sa puissance de calcul et sa base de données, AlphaGo possède en outre une faculté d’auto-apprentissage.

Tôt ou tard, l’IA surpassera l’humain dans tous les domaines. Ce phénomène est inexorable. La question est de savoir quel sera l’impact concret de cette technologie sur le travail, et comment y faire face ?

Retour sur les précédentes révolutions industrielles

Afin de mieux anticiper les bouleversements provoqués par l’IA, il est intéressant de revenir sur les précédentes révolutions industrielles. Cette mise en parallèle permet de comprendre comment se déroule cette transformation.

La première révolution industrielle fut initiée par la machine à vapeur, et s’est déroulée entre 1760 et 1830. La seconde est liée à l’apparition de l’électricité entre 1870 et 1914. La production traditionnelle a été remplacée par l’automatisation des procédés de fabrication moderne, avec pour exemple la chaîne de montage. Suite à ces changements majeurs, la quantité de production a littéralement explosé et des milliers de travailleurs peu qualifiés ont pu accéder au marché de l’emploi.

Par la suite, les nouvelles technologies comme l’informatique ont amorcé la troisième révolution industrielle. Alors que la machine à vapeur et l’électricité ont permis l’accès à l’emploi pour des qualifications minimes, les nouvelles technologies ont au contraire placé des barrières à l’emploi par la qualification.

Néanmoins, l’intelligence artificielle pourrait amener un bouleversement dépassant de loin celui des précédentes révolutions industrielles. Selon PWC, cette technologie va générer 15 700 milliards de dollars dans l’économie mondiale d’ici 2030.

Ceci est lié à la vitesse d’implémentation des solutions, pouvant être répliqué presque gratuitement dès la fin de leur développement. Et ce, sans contrainte d’expédition ou de re-fabrication. En outre, le taux d’investissement dans l’innovation de rupture est massif, car risqué, mais extrêmement lucratif.

Tout comme les technologies informatiques, l’IA risque de priver une main-d’œuvre peu ou moyennement qualifiée de trouver un emploi. Toute une jeunesse de masse risque de se trouver dans la même impasse.

L’intelligence artificielle va-t-elle détruire des emplois ?

L’intelligence se développe à une vitesse effrénée, et s’invite progressivement dans tous les secteurs. Cette technologie se révèle d’un précieux secours pour les entreprises. Elle permet par exemple de prendre de meilleures décisions, notamment grâce à l’analyse de données prédictive.

Toutefois, l’IA permet aussi l’automatisation. Les machines sont désormais suffisamment avancées pour effectuer les tâches les plus simples et rébarbatives. Par conséquent, l’utilité de nombreux rôles et métiers jusqu’alors réservés à l’humain est remise en question. Selon une étude McKinsey, 60% des métiers pourraient être automatisés dans un futur proche.

Au fil des années à venir, l’IA va continuer d’évoluer. Elle deviendra plus performante, et sera capable d’effectuer des tâches toujours plus complexes. À terme, même les métiers les plus complexes et qualifiés pourraient être automatisés.

Dès lors, une question se pose : l’intelligence artificielle va-t-elle détruire des emplois ?

L’IA assiste l’humain dans tous les secteurs

Prenons l’exemple de Watson, l’intelligence artificielle développée par IBM. Cette IA est capable de répondre à des questions en langage naturel. En 2011, elle a même battu les meilleurs candidats de l’émission  » Jeopardy « , équivalent américain de  » Questions pour un champion « .

De nombreuses entreprises ont adopté Watson. En France, c’est notamment le cas du Crédit Mutuel, Orange Bank et Generali. Depuis maintenant cinq ans, cette IA épaule 25 000 conseillers dans plus de 5000 agences Crédit Mutuel et CIC.

L’entreprise a investi 40 millions d’euros sur cinq ans. La machine traite 300 000 demandes de clients par jour, et émet des recommandations de réponse.

En outre, Watson est capable d’aider à chercher des informations dans la base documentaire de la banque via une interface en langage naturel. Chacune de ses propositions est évaluée par le conseiller humain, qui y applique un clic vert ou rouge. Au fil du temps, Watson apprend continuellement pour améliorer sa fiabilité.

Pour l’heure, Watson se contente d’assister les employés humains sans les remplacer. Selon Claude Bailer, président de la section SNB CFE-CGC,  » le programme n’a pas de conséquences sur l’emploi. Et il devrait faire gagner quinze à vingt minutes par jour aux conseillers, ce qui est appréciable « .

Toutefois, le Crédit Mutuel avoue rester  » vigilant à moyen terme « . Au total, Watson permettra de libérer l’équivalent de 200 000 journées de travail humain sur cinq ans. Ceci équivaut à un an de travail de 1000 salariés, et représente une économie de 60 millions d’euros.

Pour l’heure, l’IA est principalement perçue comme une assistante pour l’expert. À l’Institut des Systèmes Intelligents et de Robotique, des agents virtuels sont développés pour coacher et aider des personnes âgées dans leur quotidien. Toutefois, ils ne remplacent par l’humain et se contentent de lui fournir des informations utiles sur l’hygiène de vie ou la nourriture. Ces compagnons aident les personnes âgées, mais doivent intervenir en complément d’un humain.

En laissant les tâches répétitives aux machines, les humains pourraient potentiellement se concentrer sur des activités plus  » valorisantes « . Par exemple, le studio d’animation TeamTO investit dans son département R&D. Il développe des outils IA d’optimisation de production, pour permettre aux animateurs de se concentrer sur les tâches créatives à forte valeur ajoutée. De même, les médecins et avocats peuvent être assistés par des logiciels de recherche bibliographique et se focaliser sur des tâches plus intéressantes.

Un comptable peut utiliser un outil IA pour interpréter automatiquement des factures et les inscrire dans les logiciels informatiques. Un photographe peut se tourner vers des logiciels IA pour corriger automatiquement des clichés capturés lors d’un événement. Dans ces différents cas de figure, l’IA ne remplace pas l’humain. Elle se contente de l’épauler.

Selon McKinsey, l’intelligence artificielle devrait contribuer à faire gagner 1,2% au PIB mondial chaque année jusqu’en 2030. De même, Accenture considère que l’IA permettra une augmentation de la productivité jusqu’à 38% dans certains pays.

Vers l’automatisation du travail

Toutefois, d’autres entreprises en difficulté vont plus loin et choisissent d’utiliser Watson pour supprimer des postes plutôt qu’en guise de simple outil d’aide à l’activité. En guise d’exemple, on peut citer la Royal Bank of Scotland (RBS) ou encore l’assureur japonais Fukoku.

Or, IBM Watson reste une intelligence artificielle relativement  » faible « . Elle est incapable de décoder des savoirs implicites, des sens cachés, figurés. Son champ d’action se limite à des tâches très précises, pour lesquelles elle a été programmée explicitement.

Il ne s’agit pas d’une intelligence artificielle générale, consciente d’elle-même, et capable d’apprendre à effectuer de nouvelles tâches de manière pleinement autonome. Une telle IA n’existe pas encore, et ne devrait pas voir le jour avant plusieurs années malgré les récentes avancées majeures.

Malgré les limites actuelles de l’IA, elle occupe un rôle toujours plus important dans beaucoup de secteurs. Au sein des cabinets de juristes, par exemple, la rédaction d’actes standardisés est automatisée.

L’intelligence artificielle peut aussi passer en revue des milliers de CV par seconde dans le domaine des Ressources Humaines. L’automatisation se fraye aussi une place dans le trading. Autre exemple : un hôpital américain a adopté IBM Watson pour aider des oncologues à établir les diagnostics et les traitements plus rapidement pour leurs patients.

En poursuivant son essor, l’IA pourrait bel et bien mettre en péril de nombreux emplois dans un futur proche. Selon Erwann Tison, économiste du think tank Institut Sapiens,  » un métier est considéré comme menacé dès lors que 70% des tâches associées peuvent être automatisées « . Sans aller jusque là, beaucoup de métiers seront transformés en profondeur.

Certains répondront que ce n’est pas une nouveauté, et que la technologie a toujours impacté le monde de l’emploi. Toutefois, la différence principale avec les précédentes révolutions industrielles est que l’IA n’impactera pas uniquement les emplois les moins qualifiés.

L’intelligence artificielle impacte aussi fortement le processus d’embauche. Déjà à l’heure actuelle, 75% des CV sont rejetés automatiquement par un système d’IA avant même qu’un humain les liste.

Dès 2018, 67% des responsables RH déclaraient que l’IA simplifiait le processus d’embauche. Toutefois, beaucoup craignent que cette technologie amplifie la discrimination. Par exemple, la startup HireVue a cessé d’utiliser la reconnaissance faciale à cause d’un risque de biais. Elle se concentre désormais sur l’analyse audio et le traitement naturel du langage.

Quels métiers seront pris par l’IA ? Les prédictions

En tentant de prédire l’impact global de l’IA sur l’emploi, les économistes émettent des avis divergents. En 2013, une étude d’Oxford prédisait 47% de destructions d’emploi aux États-Unis. En 2019, l’OCDE a prédit 14% d’emplois détruits dans les 15 à 20 ans à venir et 16,4% en France.

De son côté, le Conseil d’orientation de l’emploi (COE) français anticipe 10% d’emplois vulnérables en France. De même, 50% d’emplois pourraient être impactés significativement sans disparaître pour autant.

À court terme, les professions les moins qualifiées comportant des tâches répétitives et facilement automatisables sont les plus menacées par l’IA. Selon le rapport de Cédric Villani, mathématicien et député de l’Essonne, les postes d’ouvriers non qualifiés dans les industries de process, la manutention, le second oeuvre du bâtiment, la mécanique, les agents d’entretien et les caissiers seront les premiers à se voir remplacés par des machines.

Selon le Forbes Technology Council, 13 secteurs sont particulièrement à risque dont les postes en entrepôt et à l’usine, les assurances, les services client, le rôle de chauffeur routier, ou encore  » n’importe quelle tâche pouvant être apprise « …

Il existe également des simulateurs permettant de vérifier si son métier est menacé. On peut citer  » willrobotstakemyjob.com  » et  » révolution-robot.fr « . Cette plateforme française évalue le risque de disparition de 242 métiers. Différents critères sont pris en compte, comme la pénibilité, l’attractivité, la complexité, la nécessité des relations humaines, le salaire moyen et le nombre d’emplois.

En se basant sur ces critères, même les rôles de médecin ou d’avocat ne sont pas à l’abri de l’IA. De même, les comptables ou les auditeurs internes risquent d’être remplacés dans un avenir imminent.

La disparition semble encore plus proche pour les manutentionnaires, secrétaires de bureautique, employés de banque et d’assurance ou les caissiers. Les effectifs de ces métiers baissent déjà depuis 30 ans, et l’IA va enfoncer le couteau dans la plaie.

Dans combien de temps les métiers seront-ils remplacés ?

Afin de savoir à quelle date les métiers deviendront obsolètes, les chercheurs de l’université d’Oxford ont interrogé les plus grands experts mondiaux en intelligence artificielle. Leur objectif est de savoir quand les machines surpasseront les humains dans différentes professions.

Cette étude a été menée par Katja Grace du Future of Humanity Institute d’Oxford. Au total, l’équipe a recueilli les réponses de 352 universitaires et experts industriels de l’apprentissage automatique. Par la suite, la médiane des réponses a été calculée pour obtenir des chiffres concrets.

Selon les résultats de cette enquête, les IA devraient surpasser les humains pour la traduction des langues dès 2024. Elles devraient être capables de rédiger des essais de niveau secondaires à partir de 2026, et même des chansons du top 40 à partir de 2028.

Dès 2027, l’IA serait capable de conduire des camions de manière autonome. Toutefois, la profession de routier pourrait être automatisée encore plus tôt grâce aux innovations rapides et constantes d’entreprises comme Tesla.

L’IA pourrait aussi s’inviter dans nos foyers. Dès 2022, elle pourrait exceller à effectuer des corvées ménagères comme le pli du linge. Plus loin dans le futur, en 2031, l’IA pourrait piloter des machines dans les magasins.

En 2049, l’IA pourrait écrire les best-sellers du New York Times. Elle pourrait même pratiquer des opérations chirurgicales en 2053. De manière générale, l’IA devrait surpasser l’humain dans tous les domaines ou presque dans 45 ans.

Selon le MIT Technology Review, ces prédictions tendent à se réaliser plus tôt que prévu. Par exemple, l’IA n’était pas censée battre l’Homme au jeu de Go avant 2027. Or, ceci s’est produit en 2015. Il n’a fallu que deux ans à Alphabet DeepMind pour développer une technologie capable de triompher à ce jeu de plateau chinois au lieu des 12 ans escomptés.

Toutefois, les prédictions à très long terme sont incertaines, car la technologie va beaucoup évoluer d’ici 40 ans. Notons que les prédictions divergent en fonction des régions du monde. Par exemple, les chercheurs asiatiques s’attendent à ce que l’IA dépasse l’humain dans 30 ans alors que les chercheurs nord-américains prévoient 74 ans. L’automatisation complète du travail devrait néanmoins survenir dans moins de 125 ans.

Les risques de l’automatisation à relativiser

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’automatisation des métiers n’entraînera pas nécessairement un chômage de masse. Malgré l’automatisation croissante dans les pays de l’OCDE, l’emploi toutes professions confondues a augmenté de 12% entre 2012 et 2019.

Les pays les plus exposés au risque d’automatisation global en 2012 ont finalement connu une plus forte croissance de l’emploi entre 2012 et 2019. Pour l’heure, l’automatisation n’a donc pas provoqué de chômage de masse.

Selon les économistes, l’automatisation favorise en fait la productivité dans presque tous les métiers. Elle génère donc une baisse du prix des biens et services, stimulant les marchés et encourageant au final l’emploi.

Selon une étude publiée en 2021 par le MIT, l’IA aura un impact majoritairement positif en stimulant l’innovation et la création d’emplois. Elle ne pourra pas remplacer l’intelligence généraliste de l’humain, notamment la pensée abstraite et l’esprit critique qui resteront importants en entreprise.

L’IA est aussi limitée par les contraintes techniques. Le Machine Learning requiert d’immenses quantités de données, impliquant aussi des questions de confidentialité et de sécurité. L’entraînement d’un seul modèle d’IA à la pointe de la technologie coûte plusieurs millions de dollars en électricité. Il est donc très improbable que l’IA rattrape le cerveau humain dans un futur proche.

Néanmoins, il est vrai que le risque d’automatisation freine le développement de l’emploi. En 2018, l’OCDE estimait que 14% des emplois couraient un haut risque d’automatisation. Cette menace concerne particulièrement les professions de l’industrie manufacturière et de l’agriculture, ou certains services comme la logistique, les transports terrestres et les services alimentaires.

Or, malgré une croissance générale de l’emploi entre 2012 et 2019, l’emploi a progressé à une vitesse moindre de seulement 6% dans les professions à haut risque. En comparaison, les professions à faible risque ont progressé de 18%.

On constate également une différence entre les pays de l’OCDE. Alors que la Norvège ne comporte que 6,5% d’emplois à haut risque d’automatisation, la Slovaquie en totalise 34,6%.

Quoi qu’il en soit, l’OCDE souligne qu’il convient d’observer les répercussions de l’IA sous le prisme de la transformation plutôt que celui de la destruction de l’emploi. Le plus souvent, son adoption en entreprise entraîne un redéploiement des collaborateurs d’une tâche vers une autre.

Plutôt que sur la suppression pure et simple des métiers, les entreprises doivent se concentrer sur la redéfinition des activités associées. Selon l’OCDE, cette question de réorganisation doit être mise au centre des débats.

Quels sont les métiers à l’abri de l’IA ?

Il existe des métiers moins exposés à l’automatisation du travail. Selon Kai-Fu Lee, de nombreux métiers restent à l’abri de l’obsolescence.

C’est le cas des rôles nécessitant la créativité, la conceptualisation, la gestion de planification stratégique complète, une coordination précise entre la main et les yeux, l’interaction avec des espaces inconnus ou non structurés, des sensations ou encore l’empathie et la compassion.

L’expert cite notamment les exemples de la psychiatrie, de la thérapie physique, des soins médicaux, de la recherche et de l’ingénierie en IA, de l’enseignement, de la défense criminelle, de l’informatique, de la science, du management et de l’écriture de fiction.

Selon le Bureau of Labor Statistics des États-Unis, de nombreux métiers impactés par l’IA pourraient croître à une vitesse supérieure à la moyenne sur le court terme. Les comptables, les scientifiques en forensiques, les techniciens géologues, rédacteurs techniques, opérateurs d’IRM, diététiciens, spécialistes de la finance, développeurs web, secrétaires médicaux ou représentant de services clients pourraient connaître un second souffle à travers l’IA.

Destruction créatrice : l’IA va-t-elle créer de l’emploi ?

Il est probable que l’intelligence artificielle sonne le glas de nombreux emplois. Toutefois, en contrepartie, de nouveaux métiers pourraient voir le jour.

Les métiers de l’IA

Déjà à l’heure actuelle, le déploiement de l’IA dans l’économie génère de nouveaux besoins en spécialistes de l’informatique et des mathématiques. En 2018, Airbus a recruté 250 personnes dans les métiers du digital dont des rôles d’ingénieurs en intelligence artificielle ou d’experts en Machine Learning. La digitalisation et l’intelligence artificielle impactent en profondeur la robotique, la maintenance, l’architecture industrielle ou l’automatisation.

Selon le professeur enseignant chercheur en statistique et optimisation Pascal Bianchi de Télécom Paristech, «  l’IA est une lame de fond qui provoque une mutation très profonde des métiers et des compétences « . Tous les secteurs auront besoin de spécialistes de l’intelligence artificielle : transport, santé, énergie, banques, assurances…

Ainsi, cette technologie représente aussi une source d’opportunités avec un spectre plus large de possibilités d’embauches pour les diplômés. Les profils recherchés sont des experts hautement qualifiés, capables de faire de la programmation, et de développer des algorithmes. Les profils de Data Scientists sont recherchés par tous les organismes publics, grandes entreprises et startups afin de réaliser des prédictions.

Parmi les principaux métiers de l’intelligence artificielle, on compte l’ingénieur en intelligence artificielle. Son rôle est de concevoir des programmes informatiques imitant la réflexion humaine. Il est à la fois chercheur et informaticien, et doit analyser le fonctionnement du cerveau humain sur un problème spécifique pour le reproduire au niveau du logiciel.

Ce spécialiste peut travailler dans une grande entreprise, un centre de recherche ou encore une startup. Ses domaines d’activité peuvent aller de l’informatique à l’armement, en passant par la production industrielle et une large variété de secteurs. Sa rémunération tourne en moyenne autour de 30 000 euros par an en début de carrière, mais peut rapidement doubler.

Vers l’émergence de nouveaux métiers

Au-delà des métiers actuels, l’IA va aussi créer de nouvelles professions. Déjà en 2016, un rapport du forum économique de Davos prédisait que 65% des enfants entrant actuellement en école primaire exerceraient un métier qui n’existe pas encore.

De même, Dell et le think tank  » l’Institut du Futur  » ont publié une étude suggérant une transformation du domaine professionnel par la robotisation et l’intelligence artificielle. Parmi les emplois de 2030, 85% n’existeraient pas encore actuellement.

Selon plusieurs études, la destruction d’emplois par l’IA serait compensée par la création massive de nouveaux métiers. C’est notamment ce que prédisent les experts d’Accenture ou McKinsey.

Selon le rapport  » Future of Jobs  » 2020 du World Economic Forum, l’intelligence artificielle remplacera 85 millions d’emplois d’ici 2025. Toutefois, selon la même source, elle va créer 97 millions d’emplois sur la même période.

Il y a une dizaine d’années, le premier iPhone a permis l’apparition de nouveaux métiers comme ceux de développeur d’application mobile ou responsable de la monétisation des jeux en ligne. À son tour, l’IA va permettre l’émergence de professions inédites.

L’intelligence artificielle requiert notamment des professionnels capables de la nourrir de données, de la maintenir, de remédier aux éventuels problèmes techniques. De nouveaux métiers liés à l’IA vont voir le jour et se développer, même si une large part de ces tâches pourrait être à son tour automatisée.

Selon un article publié par le New York Times en 2019, les chercheurs en IA espèrent réussir à créer des systèmes capables d’apprendre à partir de volumes de données moindre. Toutefois, à court terme, le travail humain reste essentiel.

L’avis des salariés sur l’intelligence artificielle

Selon une étude publiée le 18 janvier 2022 par le Boston Consulting Group, les salariés dont les entreprises ont déjà adopté l’intelligence artificielle ont généralement une image positive de cette technologie.

Parmi les salariés interrogés, 54% déclarent que l’IA a eu des conséquences positives sur leur bien-être au travail. Seuls 15% répondent le contraire.

En se projetant dans les cinq années à venir, deux tiers des salariés pensent que l’IA aura des répercussions positives sur le bien-être au travail et l’évolution professionnelle. Elle pourrait permettre de les soulager des tâches fastidieuses et chronophages. Pour trois quarts des salariés, l’IA permettra d’améliorer la qualité de leur travail.

Toutefois, les salariés se méfient et pointent du doigt trois risques liés à l’IA. Plus des trois quarts craignent que l’IA permette de tout surveiller dans l’entreprise. Le second risque dénoncé est une déshumanisation du travail. Enfin, deux tiers des salariés redoutent que l’IA supprime des emplois.

En revanche, les dirigeants d’entreprise ne voient pas les choses sous le même prisme. La moitié d’entre eux pensent que l’utilisation des données pourrait augmenter le chiffre d’affaires de leur entreprise d’au moins 5%.

Près de 60% d’entre eux prévoient des investissements en hausse dans l’intelligence artificielle par rapport à 2021. Sur ce point, tout le monde semble d’accord. Trois quarts des salariés, notamment dans les grands groupes, estiment que leurs entreprises doivent commencer à adopter cette technologie d’urgence.

L’impact de l’IA sur l’emploi aux États-Unis

Aux États-Unis, au début du XXIème siècle, l’essor des ordinateurs personnels, des centres d’appel automatisés et des machines industrielles a engendré plus de 50 millions de nouveaux emplois. Toutefois, cette explosion de production a aussi exacerbé les inégalités.

L’écart de richesse s’est accru, le chômage de masse a frappé les communautés rurales, et l’éducation est devenue presque indispensable pour profiter d’opportunités professionnelles. En particulier, l’avènement des technologies numériques a lourdement affecté les ouvriers. Beaucoup ont été contraints de se reconvertir dans l’industrie du service, pour des salaires largement inférieurs.

Malheureusement, il est probable que l’intelligence artificielle creuse ce fossé social. Selon Gartner, l’usage de l’IA en entreprise a augmenté de 270% entre 2015 et 2019. Cette technologie va mettre un poids supplémentaire sur les habitants des zones rurales, et impacter toutes les différentes industries.

Selon les prédictions des analystes, les secteurs qui devraient connaître une forte croissance au cours des dix prochaines années nécessiteront tous un haut niveau d’éducation. Selon Brookings Metro, les emplois nécessitant un diplôme de niveau bachelor ou supérieur ne connaîtront que 29% de changement à cause de l’automatisation.

Les secteurs comme la santé, la science ou la technologie ne seront automatisés qu’à 34%, et connaîtront une croissance d’offres d’emploi de 3,8%. Les métiers liés à l’IA pourraient quant à eux prendre une part plus importante de l’économie et profiter de hauts salaires. Selon un économiste, les changements liés à l’IA pourraient entraîner une hausse de PNB de 3,7 billions de dollars pour l’Amérique du Nord d’ici 2030. Ces bienfaits économiques ne seront toutefois pas distribués équitablement, et les communautés rurales écoperont surtout des inconvénients.

Si les précédentes révolutions industrielles ont généralement épargné les  » cols blancs  » et l’industrie des services, à l’abri de l’automatisation, l’IA va changer la donne. Les métiers les plus exposés au risque d’automatisation par l’IA sont les rôles de secrétaire et les services alimentaires. Or, ils constituent une part plus large de l’économie en milieu rural.

Comme en Europe, il incombe aux politiques de prendre des mesures adéquates. Les données compilées par l’Economic Modeling Specialists International peuvent être utilisées par les communautés locales pour aiguiller au mieux la reconversion des travailleurs déplacés.

Une robuste politique fédérale pour l’éducation et l’économie pourrait aussi atténuer l’impact de cette transformation du marché de l’emploi. Il est notamment important de redresser le système éducatif américain dans le domaine des sciences et des technologies, classé 36ème sur 79 pays au dernier classement PISA pour les mathématiques. L’introduction du code informatique et des statistiques au programme scolaire pourrait être très bénéfique.

Des économistes comme Laura Tyson suggèrent qu’une hausse du salaire minimal et une baisse des taxes sur le revenu pourraient équilibrer les inégalités de salaires provoquées par l’automatisation et les pertes d’emplois. Il serait aussi nécessaire d’accroître la mobilité économique en milieu rural. D’autres recommandent la mise en place d’un crédit d’impôt visant à inciter les entreprises à investir dans la formation de leurs employés les moins qualifiés.

Une vision occidentale plus pessimiste

Selon un baromètre Ipsos pour le Forum économique mondial de Davos daté de janvier 2022, les pays occidentaux développés ont une vision plus pessimiste sur l’IA que les pays émergents.

D’après ce sondage mené dans 28 pays, les Chinois sont le peuple le plus optimiste à l’égard de l’IA. Parmi les ressortissants interrogés, 78% estiment que cette technologie va apporter  » plus de bénéfices que d’inconvénients « .

Les Saoudiens sont le second peuple le plus enthousiaste, puisque 76% y voient plus de bénéfices. Viennent ensuite les Indiens à 71% et les Péruviens à 70%.

Au contraire, les ressortissants des pays occidentaux sont les plus pessimistes. Parmi les Français, seuls 31% voient plus d’avantages que d’inconvénients à l’IA. Ils ne sont que 32% parmi les Canadiens, 33% parmi les Néerlandais, et 35% aux États-Unis.

La même tendance se dessine concernant l’impact de l’IA sur la famille. Les Péruviens sont optimistes à 81%, contre 41% seulement pour les Belges.

Selon le directeur général délégué d’Ipsos, Henri Wallard, ce phénomène s’explique par une présence de l’IA déjà marquée en Chine. Les citoyens sont déjà familiers avec cette technologie, et ont le sentiment de la comprendre et d’en voir les bénéfices. Au contraire, en France et en Occident, la population s’estime moins familière et exprime moins de confiance.

À l’échelle mondiale, l’éducation et la formation sont le domaine pour lequel le plus grand nombre de sondés s’attendent à ce que l’IA apporte une amélioration. Ce domaine est cité par 77% des participants, devant le divertissement et les transports.

En revanche, seuls 37% des sondés s’attendent à ce que l’IA apporte une amélioration dans le domaine des libertés et des droits. Concernant l’impact sur l’emploi, 47% pensent que l’IA apportera du positif.

Quelles mesures politiques face à la destruction d’emplois par l’IA ?

Selon Erwann Tison du think tank Institut Sapiens, il est nécessaire de définir une politique pour le marché de l’emploi afin d’accompagner la génération qui sera impactée par cette révolution industrielle. Les professions à haute qualification ne sont pas immédiatement menacées, mais les profils moins qualifiés devront être accompagnés.

D’après l’expert taïwanais Kai-Fu Lee, d’un point de vue purement technique, la moitié des emplois pourrait disparaître à cause de l’IA. Toutefois, les batailles sociales et les inerties au changement pourraient ramener cette part à environ 20%.

L’impact final de l’IA sur le travail dépendra des rapports de force sociaux, comme à chaque révolution technologique. Dans le pire des cas, toute la richesse sera captée par une petite poignée d’entreprises high-tech qui développeront des IA utilisées dans tous les secteurs. Au contraire, l’IA pourrait s’avérer complémentaire à l’être humain, accroître la productivité, et une partie des économies serait redistribuée aux salariés.

LaborIA : un laboratoire gouvernemental pour mesurer l’impact de l’IA

laboria

En novembre 2021, le ministère du Travail a lancé un laboratoire de recherche afin d’étudier l’impact de l’IA sur les conditions de travail, le recrutement, la formation et le dialogue social. Son rôle sera aussi d’émettre des recommandations pour les entreprises.

Pour créer ce labo dédié à l’étude des impacts de l’IA sur le travail, une convention a été signée par le ministère du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion avec l’Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique (INRIA).

Ce laboratoire dénommé  » LaborIA  » sera placé sous la responsabilité de l’institut d’innovation technologique et sociale Matrice. Cet institut a été fondé en 2016. Il combine les fonctions d’organisme de formation, d’incubateur, de centre de recherche, de laboratoire d’innovation et de lieu de création artistique.

Selon François-Xavier Petit, directeur général de Matrice, «  l’intelligence artificielle n’est plus seulement un sujet technologique. Sa maturité, son développement, sa présence dans notre quotidien font qu’elle est devenue un enjeu d’organisation du travail : réorganiser sa manière de produire, aller chercher de nouvelles compétences, se doter d’une nouvelle approche entre ce qui relève de l’humain et ce qui relève la machine, automatiser des pans entiers du travail pour ‘désautomatiser’ les humains« 

La mission de LaborIA sera de «  mieux cerner l’intelligence artificielle et ses effets sur le travail, l’emploi, les compétences et le dialogue social afin de faire évoluer les pratiques des entreprises comme l’action publique « . Ce programme est financé pour cinq ans par le ministère du Travail.

Dans un premier temps, des expériences seront menées en 2022. Un baromètre sur l’IA au travail va être construit à partir d’une enquête auprès d’entreprises jusqu’en avril. À partir de septembre, des expériences concrètes seront lancées sur les conditions de travail, le recrutement, la formation et le dialogue social. Le but sera d’établir des recommandations. En parallèle, le rôle du laboratoire sera aussi d’animer des débats avec la société civile, les partenaires sociaux et les pouvoirs publics.

La perspective du revenu universel

Plusieurs pistes sont envisagées. Il serait possible de mettre en place une taxe sur les robots, ou encore un revenu universel. De cette manière, la perte d’emploi provoquée par l’automatisation pourrait être compensée.

Si l’intelligence artificielle crée des emplois, elle crée aussi et surtout des richesses. Il est essentiel de déterminer comment ces richesses doivent être partagées. Tel est le rôle des États.

Si l’intelligence artificielle supprime de nombreux emplois, il est impératif que le chômage de masse soit compensé. L’une des propositions avancées par les chercheurs et les politiciens est la mise en place d’un Revenu Universel de Base.

Le concept est simple. Il s’agit de verser de l’argent aux individus, afin de répondre à leurs besoins de base comme l’alimentation et l’hébergement. Ce revenu modeste ne serait soumis à aucune condition, et pourrait être complété avec d’autres sources de revenus.

Il ne s’agit pas d’une idée nouvelle. Son origine est généralement attribuée à Thomas Paine, qui a défendu le droit au revenu dans son ouvrage La Justice agraire paru en 1795.

Elle a déjà été expérimentée en Angleterre au milieu des années 1800, par le biais du Speenhamland System. Ce projet avait pour but de verser des subventions aux familles pauvres pour compléter leurs revenus et assurer leurs besoins essentiels.

Cette initiative a toutefois été abandonnée, notamment car les taux de naissance dans les milieux pauvres avaient augmenté massivement. Des épidémies de maladies se sont aussi déchainées, et les personnes qui recevaient cet argent ne cherchaient plus de travail. Cet échec a longtemps été utilisé comme argument en défaveur d’un revenu universel.

Nénamoins, il a ensuite été prouvé que ces conclusions étaient fausses. En réalité, le projet Speenhamland a permis de réduire massivement la faim, la misère et d’apaiser la révolte populaire.

La mise en place d’un revenu universel soulève de nombreuses questions. Les détracteurs et les sceptiques y voient une aide sociale de plus, qui coûtera trop cher aux gouvernements.

De nombreux entrepreneurs et chercheurs soutiennent toutefois cette idée. On peut citer Elon Musk, Richard Branson, Mark Zuckerberg ou encore Bill Gates. Ces personnalités éminentes estiment qu’un revenu universel est non seulement possible, mais nécessaire.

Comme l’explique Elon Musk, l’automatisation mène à l’abondance. Selon PwC, elle pourrait injecter environ 15 billions de dollars au PIB mondial. Le revenu universel pourrait donc être financé par l’IA, afin de redistribuer les richesses produites par cette technologie.

En 2021, le CEO d’OpenAI, Sam Altman, a publié un essai appelé  » Moore’s Law for Everything « . Il y explique que d’ici dix ans, l’IA pourrait générer assez de richesse pour verser 13 500 dollars par an à chaque adulte aux États-Unis.

Il propose notamment de taxer le capital, les entreprises et les terrains plutôt que le travail. C’est ce qui permettrait de financer le revenu universel. Chaque année, ce revenu pourrait augmenter à la seule condition que le pays poursuive sa croissance et améliore ses performances économiques. Tous les citoyens auraient donc une part de responsabilité dans l’évolution du pays, même s’ils n’étaient plus contraints de travailler.

Les détracteurs craignent qu’une telle initiative encourage à cesser de travailler. Pourtant, les précédentes expériences ont démontré l’inverse. Lors d’un projet mené dans la ville de Dauphin à Manitoba dans les années 1970, les citoyens n’ont pas été dissuadés de travailler.

Une autre critique concerne le besoin de se sentir utile. De nombreuses personnes trouvent une raison d’être dans le travail, et risqueraient de ne plus trouver de sens à leurs vies. Toutefois, rien ne les empêchera de continuer à travailler bénévolement ou pour accroître leurs revenus.

En France, le revenu universel était une mesure proposée par le candidat socialiste Benoit Hamon aux élections présidentielles de 2017. Plus récemment, la pandémie de Covid-19 a remis ce sujet au centre du débat.

Toutefois, la majorité des citoyens français semblent opposés à cette idée. Il semblerait que le concept de revenu universel ne soit pas dans notre culture.

Pour de nombreux Français, une telle mesure serait trop complexe à mettre en place et nécessiterait une réforme complète du système économique. Elle aurait aussi un coût important, nécessitant d’augmenter les impôts sur le revenu ou sur les sociétés…

Neuralink : vers une fusion entre l’IA et l’humain ?

Le célèbre entrepreneur Elon Musk compte parmi les experts craignant que l’IA rende le cerveau humain obsolète et mène à la disparition de notre espèce. Afin d’éviter cette apocalypse, le business man a créé la startup Neuralink.

Son but est de développer un implant cérébral permettant de connecter, voire de fusionner nos cerveaux avec des ordinateurs. De cette manière, nous pourrions accroître notre intelligence et rester compétitifs face à l’IA.

Une interface cerveau-machine fonctionne en utilisant des appareils électroniques pour envoyer des signaux aux neurones du cerveau. En effet, nos cerveaux  » pensent  » grâce à l’électricité.

L’appareil développé par Neuralink peut lire plus de 1024 canaux de données, soit 10 fois plus que les technologies cerveau-machine déjà approuvées médicalement à l’heure actuelle. Il peut notamment collecter des données sur la pression ou la température du cerveau.

En août 2020, Elon Musk et Neuralink ont fait une première démonstration avec une puce implantée dans le cerveau d’un cochon. Un écran affichait en temps réel les données sur l’activité neuronale de l’animal pendant qu’il vaquait à ses occupations.

Cette démonstration était impressionnante, car le Neuralink était en mesure de prédire les signaux. Dans le futur, cette technologie pourrait notamment permettre de  » prédire  » les mouvements des personnes paralysées ou souffrant de troubles neurologiques et de compenser leur perte de mobilité.

En outre, Neuralink peut aussi  » écrire  » sur les neurones. Chaque électrode peut influencer en 1000 et 10 000 neurones. Avec 1000 électrodes, l’appareil peut donc influencer 10 millions de neurones. Il serait même possible de combiner plusieurs appareils pour influencer des dizaines de millions de neurones.

Ces puces de la taille d’une pièce sont appelées  » Links « , avec un diamètre de 23 mm et une épaisseur de 8 mm. Elles se connectent au cerveau par le biais de petits câbles. L’objectif de Neuralink est de les installer aussi rapidement et facilement que le LASIK, en moins d’une heure à l’aide d’un robot chirurgien et sans anesthésie générale.

Dans un premier temps, le Neuralink pourrait être utilisé pour soigner les maladies neuro-dégénératives comme Alzheimer et Parkinson. Il permettrait de préserver le cerveau plusieurs décennies supplémentaires, au lieu de le laisser s’éroder au fil des ans.

Cet implant pourrait aussi permettre d’améliorer le sommeil, de réduire la sensation de faim, d’atténuer la douleur ou d’accroître la vigilance. Une autre possibilité sera la télépathie entre utilisateurs de puces Neuralink, ou même de naviguer sur le web par la pensée. Une personne dotée d’un implant pourrait même contrôler un robot à distance.

À terme, toutefois, le véritable objectif d’Elon Musk est de permettre à l’humain une symbiose avec la machine. Plutôt que d’être en compétition avec l’IA, notre cerveau pourrait collaborer avec la technologie.

En connectant l’esprit humain au Cloud, à l’internet, l’intégralité du savoir humain deviendrait accessible instantanément. Cette capacité nouvelle nous ouvrirait de nouvelles portes scientifiques, intellectuelles et philosophiques. Cette  » cognition surhumaine  » permettrait d’éviter la supériorité de l’IA, et donc de lutter contre un chômage de masse lié à l’automatisation.

La nécessité de la formation

De son côté, l’OCDE recommande à ses membres de préparer une aide aux reconversions. Elle invite aussi à soutenir les personnes affectées par les suppressions de postes. Il est notamment conseillé d’investir massivement dans la formation continue. Plus que jamais, il est indispensable de se former tout au long de sa vie.

Les dirigeants d’entreprise doivent se concentrer sur la gestion des transitions professionnelles. Ils doivent veiller à ce que les salariés acquièrent de nouvelles compétences. Les études prouvent que le changement technologique améliore les résultats des collaborateurs et leur offre une perspective de développement sur de nouveaux métiers. Ceci concerne tout particulièrement les diplômés.

En 2019, Amazon a annoncé son intention de former un tiers de ses 300 000 employés américains pour la somme de 700 millions de dollars. Ce projet  » Upskilling 2025  » vise à compenser l’automatisation massive des entrepôts de la firme. Le but est d’enseigner aux employés volontaires des compétences qu’ils pourront appliquer pour travailler à des postes techniques chez Amazon ou une autre entreprise.

Les jeunes et les moins jeunes devront être formés pour face aux nouveaux défis. La technologie a pour but de soulager l’humain et de rendre le travail plus efficace, mais les révolutions technologiques doivent être encadrées par le politique.

Néanmoins, les travailleurs peu qualifiés sont particulièrement menacés par le risque d’automatisation amplifié par la crise du Covid-19. Cette main-d’œuvre doit donc être accompagnée vers une transition professionnelle.

Pour l’heure, la plupart des métiers liés à l’intelligence artificielle restent à inventer. Les ingénieurs et les chercheurs sont actuellement les principaux emplois de ce secteur émergent.

Se former à l’intelligence artificielle offre des opportunités majeures. En moyenne, les offres nécessitant des compétences en IA proposent un salaire 11% plus élevé. Toutefois, les nouveaux emplois engendrés par l’IA ne nécessiteront pas forcément de compétences spécifiques.

Il existe plusieurs voies pour se former et travailler dans l’IA. Dans tous les cas, un profil scientifique très qualifié est indispensable.

De nombreuses écoles informatiques intègrent désormais une spécialisation dans l’intelligence artificielle. Il en va de même pour les masters en informatique et en mathématiques à l’université. Certaines écoles d’ingénieurs proposent aussi des parcours dédiés à l’IA, comme l’École polytechnique qui a lancé un Graduate degree en 2018.

Il existe aussi des cursus spécialisés, notamment pour le domaine de la santé. On peut citer le Master of Science Health Management & Data Intelligence de l’École des Mines Saint-Étienne. De même, la faculté de médecine d’Université de Paris a lancé la première chaire d’Intelligence artificielle en santé avec un DU, des masterclass et des séminaires.

Les salariés peuvent quant à eux d’ores et déjà se renseigner sur la façon dont l’IA impactera leur métier. Les travailleurs les plus menacés peuvent s’informer sur les compétences et  » soft skills  » à acquérir pour faire la différence avec les machines, et sur les métiers les moins propices à l’automatisation…

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