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Macron vs Le Pen : quel est le meilleur programme pour le numérique ?

À l’ère des cryptomonnaies, des NFT, du métavers et du Big Data, le numérique représentera un enjeu majeur durant les cinq années à venir. Entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, découvrez quel candidat aux second tour des élections présidentielles 2022 a le meilleur programme en la matière.

Tous deux finalistes de l’élection présidentielle 2022, Emmanuel Macron et Marine LePen ont des visions différentes sur le numérique. Le programme de Macron se focalise sur l’éducation, celui de Marine sur la souveraineté.

Alors que le numérique occupait une place importante du programme d’Emmanuel Macron en 2017, seule une dizaine de propositions ont été mises en avant par le président pour cette nouvelle campagne.

De son côté, Marine Le Pen a publié un livret complet entièrement consacré aux enjeux numérique. La souveraineté y est essentielle.

Les points communs entre Macron et Le Pen

Malgré leurs différences, Emmanuel Macron et Marine Le Pen se rejoignent sur plusieurs points dans le domaine du numérique. À commencer par la lutte contre la fracture qui divise la France.

Côté Emmanuel Macron, on promet la couverture intégrale du territoire en fibre optique pour 2025. Le Président souhaite aussi mettre à disposition plus de 20 000 accompagnateurs pour aider les Français à mieux maîtriser les outils numériques.

En plus de ces propositions, Marine Le Pen compte aussi faire disparaître la totalité des zones blanches dépourvues de connexion à internet. L’objectif affiché est de permettre à tout un chacun d’accéder au numérique.

Les deux candidats affichent aussi leur volonté de renforcer la cybersécurité française. Ils prévoient de débloquer un budget accru pour l’Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information, protégeant les intérêts français contre la menace de cyberattaques.

Tous deux comptent également resserrer la vis sur les GAFAM par une meilleure régulation. Dans un entretien accordé à Le Point le 12 avril 2022, Emmanuel Macron avouait «  ne pas exclure un démantèlement de ces géants de l’internet, si cela se révélait nécessaire « . Le Président envisage aussi la disparition de l’anonymat sur internet.

Sans aller jusque là, Marine Le Pen souhaite que les GAFAM soient soumis à une fiscalité plus en phase avec leurs revenus à l’échelle de toute l’Europe. Toutefois, ces géants américains représentent désormais une puissance capable de faire trembler les gouvernements…

Le programme d’Emmanuel Macron

Le programme d’Emmanuel Macron pour le numérique donne la priorité à l’éducation. Le Président candidat veut généraliser l’enseignement du code informatique et des usages numériques dès la classe de 5e au collège.

Il prévoit aussi la formation de 400 000 ingénieurs informatiques au fil des cinq prochaines années, et d’un million de personnes aux  » métiers d’avenir « . Pendant le débat de l’entre-deux tours, il a aussi réaffirmé sa volonté d’investir dans la recherche.

Le chef de l’État souhaite aussi intensifier la lutte contre le cyber-harcèlement dans le milieu scolaire, qu’il considère comme un réel problème de sécurité nationale. Dans la même logique, les outils de contrôle parental seraient renforcés et activés par défaut pour limiter l’accès des plus jeunes aux réseaux sociaux.

Toujours dans une optique de cybersécurité, il veut développer un filtre anti-arnaques permettant d’avertir les internautes français en temps réel face aux dangers d’un site web. Un autre projet est le recrutement de 1500 cyber-patrouilleurs, et la mise en place d’un numéro joignable en permanence pour recevoir une aide de cybersécurité.

En outre, le numérique est perçu par Emmanuel Macron comme une manière de lutter contre les déserts médicaux. Il souhaite en effet généraliser la téléconsultation, déjà démocratisée pendant la pandémie COVID.

Son ambition est aussi d’investir massivement dans l’innovation agricole. Ceci implique les technologies numériques, mais aussi la robotique et la sélection variétale.

Un autre objectif de Macron est l’autonomie européenne en matière de numérique. Afin de concurrencer les GAFAM, le Président veut permettre à l’Europe de développer son propre Cloud et de créer son métavers. Le but serait de permettre aux créateurs de ne pas « dépendre d’agrégateurs anglo-saxons et chinois qui pourront contourner les règles du droit d’auteur et du droit voisin« . Il veut également une meilleure régulation des GAFAM.

Le programme de Marine Le Pen

Si elle est élue, Marine Le Pen veut faire du numérique  » un secteur prioritaire de l’investissement public « . Son principal objectif est la souveraineté numérique de la France.

Afin d’y parvenir, la candidate veut faire appel exclusivement à des fournisseurs français pour tout ce qui concerne la commande publique dans les domaines militaires et de la sécurité.

Dans la même logique, MLP veut contraindre les entreprises et services publics à héberger les données sur des serveurs français et européens. Sa politique impliquerait donc la construction massive de Data Centers sur le territoire national.

La candidate RN veut aussi lutter contre la censure des réseaux sociaux comme Twitter et Facebook. Elle veut notamment que les tribunaux soient les seuls à pouvoir fermer un compte, afin d’éviter des événements comme l’exclusion définitive de Donald Trump suite aux élections présidentielles américaines de 2020.

En outre, elle souhaite contraindre les entreprises étrangères à collaborer avec les services de police, de justice et de gendarmerie. À l’heure actuelle, de nombreuses requêtes de données sont rejetées par ces plateformes à l’exception des demandes liées à des crimes très graves.

Pendant le débat de l’entre-deux tours, Marine Le Pen a réaffirmé sa volonté de provoquer l’émergence de GAFAM européens. Elle estime que l’influence des géants américains a pris beaucoup trop d’ampleur.

Pour lutter contre l’ubérisation de l’économie, elle veut par ailleurs accorder le statut de salariés à tous les chauffeurs et livreurs des plateformes numériques.

La lutte contre les GAFAM

La souveraineté numérique face aux GAFAM est une priorité pour les deux candidats. Pour atteindre cet objectif, Emmanuel Macron veut poursuivre le développement d’un cloud d’État.

Il veut également obliger les structures publiques à héberger les données sur des structures répondant aux lois européennes comme Orange et Thalès, sans pour autant interdire l’usage de logiciels américains.

De son côté, Marine Le Pen veut éviter la dépendance aux entreprises chinoises et américaines pour ne pas être  » à la merci de ces États « . C’est la raison pour laquelle elle veut réserver les commandes publiques pour les domaines militaires et la sécurité nationale aux fournisseurs français. Concernant les autres domaines, elle souhaite prioriser les fournisseurs européens.

En outre, la concurrente RN veut lutter fermement contre les GAFAM. Pour ce faire, elle veut renforcer le contrôle des rachats d’entreprises françaises. Elle envisage aussi d’imposer une ouverture contrainte de capital à des sociétés européennes.

Les deux candidats ne sont pas fermés à l’idée de démanteler un GAFAM si la situation l’exige. Cette possibilité serait prévue en dernier recours par le futur règlement européen Digital Markets Act (DMA).

La cybersécurité et les réseaux sociaux

Un autre sujet majeur lié au numérique est la cybersécurité. Selon Emmanuel Macron, il s’agit d’une  » grande menace de notre temps « . De même, Marine Le Pen veut renforcer la cybersécurité nationale «  dans toutes ses dimensions  » notamment en conférant plus de moyens et d’infrastructures à l’ANSSI, à la DGSE et à l’armée.

L’ambition de Macron est de recruter 1500 cyberpatrouilleurs et de créer un filtre anti-arnaques pour avertir les internautes en cas de danger sur un site web. De son côté, Marine Le Pen veut mettre en place des commandos dédiés à la sécurité.

Concernant les réseaux sociaux, Macron souhaite accroître les régulations, mais ne précise pas comment. Il affirme aussi sa volonté de mettre fin à l’anonymat sur le web…

Le projet de Marine Le Pen est d’interdire aux réseaux sociaux de modérer les contenus autrement qu’en appliquant la loi française. Seules les publications enfreignant les lois sur l’incitation à la haine ou la protection des mineurs pourraient entraîner le retrait de contenus ou la fermeture de compte. Si les GAFAM refusent de coopérer, elle propose de lancer la création d’un réseau social public, libre et gratuit.

Conclusion

Conscients des enjeux du numérique pour le futur, Emmanuel Macron et Marine Le Pen s’accordent sur l’importance d’investir massivement dans ce secteur, de former une main-d’œuvre, de démocratiser l’accès au numérique, de renforcer les cyber-défenses et de contrer l’essor des GAFAM.

Toutefois, la principale divergence entre les deux candidats concerne la souveraineté. Pour Marine Le Pen, la France se doit de rattraper son retard pour devenir une grande puissance autonome du numérique.

Or, comme il l’a rappelé lors du débat de l’entre-deux tours, Emmanuel Macron estime que le marché français est trop petit pour rivaliser avec la Chine et les États-Unis. À ses yeux, il est nécessaire de libérer le marché européen pour espérer pouvoir jouer dans la même cour.

Comme sur la plupart des thématiques, le principal clivage entre les deux candidats se fait sur ce point. Marine Le Pen fait primer la France sur l’Europe, tandis qu’Emmanuel Macron considère que la France n’est rien sans l’UE.

Toutefois, on constate aussi une distinction dans la conception d’internet. Emmanuel Macron veut littéralement interdire l’anonymat sur internet, tandis que Marine Le Pen veut interdire aux GAFAM de bannir les Français des réseaux sociaux sauf s’ils enfreignent la loi française.

Ainsi, la vision de Marine Le Pen rejoint celle du mouvement Web3 pour un internet libre et décentralisé. Elle se rapproche aussi de celle d’Elon Musk, qui souhaite racheter Twitter et le rendre privé pour sauvegarder la liberté d’expression.

En résumé, le programme pour le numérique de Marine Le Pen prône la souveraineté nationale et la liberté d’expression. Celui d’Emmanuel Macron favorise un marché du numérique européen, et vise à contraindre les internautes à assumer personnellement toute publication…

Pour reprendre la formule souvent employée au cours de cette campagne, l’élection du 24 avril 2022 sera donc aussi un référendum pour le futur d’internet et du numérique en France

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